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Full text of "Vol 13: Bulletin de l'Institut d'Egypte (1930-1931)"

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LE CAIRE 

IMPRIMERIE DE L’INSTITUT FRANÇAIS 
D’ARCHÉOLOGIE ORIENTALE 


1931 



L’Institut n’assume aucune responsabilité 
au sujet des opinions émises par les auteurs 


8310 



INSTITUT D’ÉGYPTE 


COMMUNICATIONS ET PROCÈS-VERBAUX 




{ 


L'instltüt n'assume aucune responsaliilité au sujet îles opinions émises par les auteurs. 




8310 


BULLETIN 

DE LTNSTITÜT D’ÉGY 


TOME XIII 



SESSION 1930-1931 



LE CAIRE 

IMPRIMERIE DE L’INSTITUT FRANÇAIS 
D’ARCHÉOLOGIE ORIENTALE 


1931 


X 

> 


t 


L 


BULLETIN 

DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


LE DÉVELOPPEMENT DU FRUIT 

ET LA 

FORMATION DES RÉSERVES 

CHEZ 

LE COTONNIER ET LES VÉGÉTAUX EN GÉNÉRAL 

(avec 1 planche) 

PAR 

VICTOR MOSSÉRL 


Dans la séance du 2 mai 1927, noire toujours regretté Président, V. Mosseri, nous 
avait entretenus oralement de 1 importante question biologique du cf développement du 
fruit et de la formation des réserves chez le cotonnier et les végétaux en général 17. 

Pour traiter ce sujet, l’auteur avait réuni de courtes notes, avec dessins et graphi- 
ques a 1 appui, quil se proposait de mettre à jour et de compléter dans un mémoire 
qu’il devait soumettre ultérieurement a l’Institut. 

Malheureusement, la mort est venue entraver ce projet. 

Toutefois , notre laborieux confrère ayant laissé dans son fils , Henry Mosseri , un 
digne continuateur de son œuvre et l’ayant associé intimement à ses travaux scientifi- 
ques en cours, auxquels l’avaient doctement préparé de fortes études antérieures, nul 
n’était mieux désigné pour compléter l’œuvre paternelle. 

C’est donc grâce à Henry Mosseri que nous pouvons publier maintenant dans notre 
Bulletin, avec tous les développements et les annexes qu’elle comporte, la savante 
étude de biologie végétale édifiée par son père et qui a conservé tout l’intérêt d’une 
pleine actualité. 

J.-B. PlOT. 

Communication présentée à l’insfitut par Victor Mosseri dans la séance du 2 mai 
1927. 

Bulletin de V Institut d* Egypte, t. XîII. j 


2 


BULLETIN DE LTNSTITÜT D’ÉGYPTE. 


« 

* * 

La croissance, chez les êtres organisés, est une propriété essentiellement 
protoplasmique. Quand on parle de croissance chez les végétaux il faut 
nettement séparer les phénomènes de synthèse ou de désagrégation, qui 
préparent 'produits primaires (sucres, amides, etc.), du phénomène pro- 
prement dit de V assimilation , par lequel la cellule utilise ces produits pri- 
maires, dans des proportions toujours variées, pour les Incorporer aux 
unités hypothétiques fondamentales de la matière vivante, appelées biopho- 
res organisés. 

Tandis que les premiers phénomènes relèvent de la Chimie proprement 
dite, l’assimilation est une synthèse hiologigue, régie par des lots biologiques. 
Normalement, la Croissance d’une plante suit une marche bien définie. Le 
départ est lent, mais bientôt l’assimilation s’installe activement, et, aussi- 
tôt, la capacité de la jeune plante d’ajouter à son poids, c’est-à-dire de 
croître, devient proportionnelle à la niasse de protoplasme actif existante. 
Et comme cette masse croît au fur et à mesure de l’assimilation et du dé- 
veloppement des surfaces assimilatrices, le pouvoir de la plante d ajouter 
de nouvelles substances à sa masse croît de même constamment et parallè- 
lement. 

Aussi V. H. Blackman (1919) a-t-il comparé l’accroissement de la masse 
d’une plante à celui d’un capital placé à intérêts composés, avec cette dif- 
férence que, pour la plante, l’intérêt est ajouté au capital non pas a la fin 
de chaque année, de chaque mois ou de chaque jour, mais à chaque ins- 
tant. Blackman a même proposé, comme équation de croissance, la formule 
ordinaire de l’intérêt composé : 

où W et Wo représentent les masses finale et initiale respectivement (ce 
qui correspond au capital final et initial), r, le taux de croissance (ce qui 
correspond au taux de l’intérêt exprimé en fraction), t, le temps, et e, la 
base des logarithmes naturels ou népériens (2,71828). 

Cette formule n’exprime, toutefois, que le mode de croissance dans les 
premières phases du développement. * 

Si, durant ces phases actives de croissance, on porte en abscisse le 


LE DÉVELOPPEMENT DU FRUIT ET LA FORMATION DES RÉSERVES. 


3 


temps, et en ordonnée la masse correspondante (le poids correspondant), 
on obtient bien une courbe logarithmique. C’est, d’ailleurs , pour cette raison 
que le procédé qui consiste à grandir, à chaque instant, proportionnellement 
à sa valeur instantanée, a été appelé croissance à taux logarithmique 7) y le 
taux logarithmique unitaire de croissance étant le taux qui fait croître, en 
l’unité de temps, l’unité 1 jusqu’à 2,718281, c’est-à-dire jusqu’à e, base 
des logarithmes naturels ou népériens. On l’appelle aussi taux organique 
de croissance. 

Plus tard, cependant, la croissance de la plante se ralentit et sa courbe 
tend à devenir une ligne droite. 

Ce ralentissement s’explique d’abord par le fait qu’une fraction appré- 
ciable des substances élaborées et accumulées qui auraient pu contribuer à 
la croissance sont utilisées dans la formation des tissus mécaniques qui ne 
prennent aucune part au métabolisme général. 

Il y a , ensuite, le phénomène mis en lumière par Kidd, West and Briggs 
(1920) de la diminution de l’activité métabolique du protoplasme avec 
l’âge. Dans le tournesol, étudié par ces savants, cette activité, de 100 0/0 
au début, tombe à 4 o 0/0 chez la plante à demi développée et à 3o 0/0 
chez l’individu complètement formé. La substance métabolique devient donc 
de moins en moins efficiente. 

Durant cette deuxième phase, le rapport de la surface des feuilles à la 
masse (aw poids^ diminue. 

Plus tard encore, vers la fin du développement, le taux de croissance 
diminue davantage et la courbe devient concave par rapport à l’axe des 
abscisses. 

Cette période correspond probablement à la formation des organes de 
reproduction , alors que la désassimilation est plus importante que l’assi- 
milation et que la formation de nouvelles feuilles, organes principaux de 
l’assimilation, est de beaucoup diminuée. 

Ces phases succéssives de la croissance font qu’en réalité la courbe qui 
la représente, au total, a normalement la forme d’un S. 

Si, au lieu d’examiner la croissance de la plante dans son ensemble, on 
étudie celle de ses organes individuels séparément : racines, bourgeons, 
fruits etc., on constate également une allure analogue. Du reste, Sachs 
avait déjà dès 1887 signalé ces faits. Ce qu’il avait appelé ^la grande 


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BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


période de Croissance n’est en somme qu’une autre expression de la courbe 
en forme de S. 

Cette courbe, les biologistes modernes et surtout les physiologistes, au 
premier rang desquels il faut placer Robertson et ses élèves, ont essayé de 
la définir, d’en rechercher l’équation. 

L’allure de la croissance, d’abord lente puis rapide, redevenant lente 
ensuite avant de s’arrêter enfin , a tout naturellement fait penser à une 
analogie avec certaines réactions chimiques, telles que l’inversion du sucre 
par ébullition dans l’eau, la décomposition de l’acétate de méthyle dans 1 eau 
initialement neutre, l’oxydation de bien des métaux etc., etc. 

Toutes ces réactions suivent, en effet, une marche analogue à celle de 
la croissance. Or, dans toutes, un des produits de la reaction possédé la 
propriété d’accélérer, ou, comme on dit, de catalyser la réaction en cours. 

Dans l’inversion du sucre, il se produit une petite quantité d acide mu- 
cique qui accélère l’inversion; dans le cas de Tacétate de méthyle, cest 
l’acide acétique qui accélère l’hydrolyse. Enfin dans 1 oxydation des mé- 
taux, les peroxydes qui se forment servent de véhicules à l’oxygène pour 
atteindre les parties non encore attaquées. En un mot, toutes ces réactions, 
lentes au début, sont bientôt accélérées, auioaccélérées, autocatalysées ; elles 
s’atténuent ensuite pour cesser enfin, tout comme dans le phénomène de 
croissance. De là l’idée d’assimiler ce phénomène a ceux d autocatalyse, 
d’autant plus que l’analogie va plus loin. En effet, dans la croissance, on 
a trouvé que, en général, la relation entre la masse (poids) et le temps est 
quantitativement identique à celle que l’on observe dans les réactions auto- 
catalytiques dont nous venons de citer quelques exemples. 

On sait que, dans les réactions chimiques, cette relation est régie par 
la loi générale dite loi d’action de masse, ou règle de Guldberg et Waage. 
i^Dans les réactions chimiques, la vitesse de réaction est proportionnelle a la masse 
des substances en réaction, "j 

Cette relation entre la masse et le temps conduit à divers types de cour- 
bes, notamment celles des réactions moléculaires ordinaires et celles des 
réactions autocatalypllques. Or la courbe de croissance est semblable à celle 
d’une réaction autocatalylique monomoléculaire. Et le calcul par 1 équation 
de cette réaction donne une concordance extraordinaire entre les chiffres 
observés et les chiffres calculés. 


LE DÉVELOPPEMENT DU FRUIT ET LA FORMATION DES RÉSERVES. 


5 


L’équation établie par Ostwald pour les réactions autocatalytiques mono- 
moléculaires est la suivante : 


^^ = kx{a-x) 

(où ^ = temps 

^ = masse transformée au temps t 
a = masse finale 
k = constante spécifique), 


que l’on peut écrire ; 


ou bien encore : 


k 


dt 


dx x[a-x') 


J dt a 1 1 

— ^ r = - + — ; 

dx x[a-x) X a-rx 


d’où, en intégrant : 


akt = q- dir + C 

d X «/ a-x 

akt = Loge ^ ““ Logj, (a-o;) + G 
akt = Læ7 — L (a-o;) + C 


(0 


{-) 

( 3 ) 

(^) 

(5) 

(6) 


Or K = o,/i3/i3 ak loge ^ 

L’équation (6) s’écrit finalement : 

K<=log — +C ( 7 ) 

Il est évident que la vitesse atteindra son maximum lorsque : 

a 

X = a-z = - 
2 


c’est-à-dire à un moment ti où la réaction est à moitié achevée. 


L’équation ( 7 ) devient alors : 

a 

K^, = log^+C^G 

a — 

2 


( 8 ) 


6 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


D’où l’on voit que : 


c’est-à-dire lorsque : 


^ t quand x - , 


K(K)-log - 


æ 

X 


(9) 


Chodat est le premier, semble-t-il., qui ait assimilé le phénomène de crois- 
sance à une autocatalyse se faisant suivant la loi de l’action des masses. 
Pour lui, le catalyseur est le germe, la cellule vivante, et la masse active 
est le plasma tout entier. 

Mais c’est à Robertson que l’on doit d’avoir précisé la nature de cette 
autocatalyse. 

Remarquons tout d’abord que, quelle que soit la complexité du phéno- 
mène de différenciation intra-cellulaire, nous voyons dans l’assimilation, 
les divers éléments, le carbone, l’azote, l’eau, le phosphore, les sels, venir 
s’incorporer aux biophores organisés, c’est-à-dire s’accumuler dans le vé- 
gétal, en suivant une même allure. Chaque augmentation en masse (en 
poids) se laisse représenter jusqu’à l’optimum par une hyperbole qui est 
renversée dès qu’intervient l’action retardatrice dont nous avons parlé, à 
partir de l’optimum. 

Cette allure est en tout semblable à celle du phénomène chimique d’au- 
tocatalyse, L’analyse mathématique montre que chacune des assimilations 
particulières se comporte, effectivement, comme une autocatalyse se faisant 
selon la loi de \aciion des masses. 

Dans la croissance , chaque élément s’incorpore aux biophores organisés 
selon cette loi, avec un coefficient d’affinité propre. 

Or, la croissance totale d’un végétal étant la somme de ses assimilations 
particulières, il était naturel de penser qu’elle pût être exprimée par la 
même formule. C’est ce qui a amené Chodat à assimiler, ainsi que nous 
l’avons dit, le phénomène de croissance à une autocatalyse se faisant sui- 
vant la loi d’action de masse. Divers travaux de Robertson, de Brody et 
Bagstale, de Reed et Holland, de Monnier, d’Anderson et d’autres ont 
confirmé cette similitude aussi bien chez les végétaux que chez les animaux, 
tout en laissant les opinions partagées quant à la nature eifacte du ou des 
catalyseurs. Ces travaux, nous le répétons, ont précisé l’allure de la courbe 


LE DÉVELOPPEMENT DU FRUIT ET LA FORMATION DES RÉSERVES. 


7 


qui représente la croissance des organismes vivants, en montrant quelle 
ressemble à celle d’une réaction chimique autocatalytique monomoléculaire 
et qu’elle répond bien à l’équation de cette dernière. 

La croissance ne se manifeste pas durant toute la vie de l’individu. Elle 
ne se poursuit pas non plus suivant une vitesse uniformément répartie. 
Elle s’accomplit, au contraire, à certaines phases de l’existence et suivant 
des cycles. Entre les cycles , il y a des périodes de repos qu’on désigne sous 
le nom de plateaux. 

Bien que les phases et les amplitudes d’ondes de ces cycles varient sui- 
vant les espèces organisées , il est intéressant de noter que, chez l’homme 
comme chez tous les animaux étudiés, le rat excepté, on a constaté trois 
cycles de croissance. (Le rat paraît n’en avoir que deux.) 

Pour le genre humain, le premier cycle commence à la conception et se 
termine au douzième mois après la naissance. Les deux autres ont leur 
période d’activité maximum, entre la troisième et la cinquième année poul- 
ie second cycle, et pendant l’adolescence pour le troisième. 

Chez les bovidés, il y a un cycle intra-utérin et deux cycles post-natals, 
l’un allant du 1" au 1 2® mois, l’autre du 1 2® au 2 4 ® mois. Normalement , les 
cycles de croissance ont lieu à la même phase de l’existence pour les mêmes 
èspèces. 

Les courbes représentatives de ces cycles ont toutes la 
forme d’un S, presque toujours symétrique. Tournée à 
180® autour du centre O, la nouvelle courbe est identique 
à la première : 

Il y a deux moitiés : l’une Oa, correspondant à la phase 
de croissance active ou phase autocinétique , l’autre Ob correspondant à la 
phase de croissance ralentie ou phase autostalique. 

Appliquée à l’homme, aux animaux, aux plantes, aux bactéries, etc., aux 
organismes vivants en général, l’équation autocatalytique monomolécuiaire 
a donné de très bons résultats. 

On peut se demander à quoi sont dus les arrêts et les plateaux dont 
nous avons parlé. Evidemment ils sont provoqués par diverses causes inhi- 
bitrices. Il y a, d’abord et surtout, en supposant les conditions externes 
constantes, les phénomènes contraires de condensation et de dislocatron 
ou l’hydrolyse, telle que, par exemple, l’action inhibitrice exercée sur un 



8 


BULLETIN DE LTNSTITÜT D’ÉGYPTE. 


procès enzymatique par l’accumulation des produits de la réaction , dont la 
présence finit par arrêter complètement l’effet du ferment. Il y a ensuite 
les facteurs qui déterminent le repos hivernal ou estival. 

Mais Robertson et les partisans de la théorie autocatalytique donnent de 
ces plateaux une autre explication. Souvenons-nous qu’une réaction chimique 
s’arrête, en général, soit par épuisement de la substance en réaction ou en 
voie de transformation, soit par accumulation des produits de la réaction, 
ce qui détermine l’accélération de la réaction inverse à un degré égal à ce- 
lui de la réaction principale. 

L’équation de la réaction autocatalytique monomoléculaire rend compte 
de l’action du catalyseur sur la substance en réaction. Elle peut très bien 
également inclure l’action inverse, si l’on se souvient que le catalyseur accé- 
lère identiquement et de la même manière l’action inverse. 

On a en effet : 

a;(a-x) — k, x' 

où k, et k, sont les coefficients de vitesse de la 9' et de la 1" réaction, 
la signification des autres lettres restant la même. 

Cette équation peut s’écrire également comme suit ; 

S = {k‘ + k.)^(k7Tk:"'^) 

En intégrant on a : 

où A (grand A , au lieu de petit a) = j-^- = a 
et K, comme précédemment — a — 

On ne peut, en somme, distinguer cette formule de la précédente sans prendre 
en considération l effet retardateur de la réaction inverse. Et la seule dfférence 
entre les deux réside dans la réduction que subit la valeur maximale de A 
en équilibre, par rapport à ce qu’elle aurait pu être dans la réaction non 
retardée. 

Aussi ne pouvons-nous pas dire si l’arrêt est dû à la réaction inverse ou 
bien à un épuisement de substance* 


LE DÉVELOPPEMENT DU FRUIT ET LA FORMATION DES RÉSERVES. 


9 


Nous avons vu que beaucoup de biologistes, et non des moindres, ne 
peuvent se faire à l’idée qu’un phénomène comme celui de la croissance, 
mettant en jeu des processus aussi complexes, puisse être défini par une 
équation aussi simple que celle des réactions autocatalytiques monomolécu- 
laires, et se demandent si la ressemblance entre les deux courbes présente 
une signification réelle. 

Robertson et ses disciples, conscients de la complexité des processus de 
croissances, invoquent, pour justifier leur manière de voir, la théorie de 
la réaction maîtresses. 

Dans une série de réactions où, comme dans la croissance, chacune 
utilise les matériaux résultant de la réaction qui la précède, c’est la réac- 
tion qui s’accomplit le plus lentement, et souvent le plus simplement, 
appelée ^réaction maîtresses, qui règle l’ensemble de toutes les autres, tout 
comme, dans une usine, le poste qui marche le plus lentement règle le 
rendement de toute l’usine. 

Quoi qu’il en soit, si chez les animaux on a constaté trois cycles dans la 
croissance générale, chez les végétaux on pense qu’il n’y en a que deux. 

D’après Robertson, le développement du fruit constitue probablement 
une autocatalyse à part dans la croissance générale de la plante. Cette hy- 
pothèse, Robertson l’a basée sur les données d’une seule série d’observa- 
tions faites sur le développement du Potiron {^Cucurbita Pepo), Elle méritait 
confirmation. Nous nous sommes demandé s’il en était de même du fruit 
du cotonnier ou de chacune de ses parties, de la graine en particulier, et 
comment se comportent à cet égard la formation et l’accumulation des ré- 
serves nutritives. 

Pour étudier ces questions, il nous a semblé préférable d’utiliser la 
méthode pondérale. On mesure en effet la croissance de quatre manières 
différentes : 

d’après l’accroissement de longueur; 

3° d’après l’accroissement en surface; 

3 ° d’après l’accroissement en volume et, enfin; 

4 ® d’après l’accroissement en masse (poids). 

Bien que les trois premières méthodes, d’après la longueur, d’après la 


I 


10 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


surface, et d après le volume, fournissent des résultats intéressants, la 
vraie croissance de la plante, dans son ensemble, la véritable expression 
de son pouvoir de synthétiser et de construire, ne peut être réellement me- 
surée que par l’accroissement de son poids sec (masse sèche). Cette mesure 
est, en effet, le résultat net de toutes les activités métaboliques de la plante; 
c’est la résultante de tous les processus chimiques si complexes, dont 
r assimilation, dans un sens, et la respiration, dans un autre, sont les deux 
les plus manifestes. 

Le phénomène de l’allongement ne peut présenter la simplicité du phé- 
nomène de raugmentalion en poids. En effet, il s’agit ici, non pas d’une 
simple extension, mais d’une augmentation de volume jointe à une diffé- 
rentiation interne, souvent très compliquée. En outre, l’inégal allonge- 
ment, en lumière et dans l’obscurité, complique l’analyse du phénomène. 

Cependant, si l’on suppose que les régions en croissance se maintiennent 
semblables à elles-mêmes, toutes choses égales d’ailleurs, la rapidité de 
l’allongement devrait croître selon une courbe exporenlielle. Il s’en faut 
cependant de beaucoup que l’allongement présente cette régularité. Voilà 
pourquoi nous avons adopté plutôt l’accroissement en poids sec et non en 
longueur. 

Nous avons utilisé trois séries d’observations faites il y a environ bientôt 
dix ans et une quatrième exécutée en 1526. 

Les trois premières remontent à 1917 et 1918. Elles visaient l’étude 
du développement et de la maturation du fruit chez deux variétés de cotons 
égyptiens bruns, longues soies : YAssili et le ^^77 5? de Balls. On a analysé 
les diverses parties du fruit (valves, graines, fibres, bractées) et déterminé 
leur masse sèche (poids sec) de dix en dix jours, depuis la fécondation 
des ovules (épanouissement de la fleur) jusqu’à une semaine environ après 
la maturité (déhiscence de la capsule), soit à sept stades successifs de leur 
développement. On a ainsi obtenu, en 1917 pour YAssili et en 1918 pour 
le ç^77 55 de Balls, des résultats qui ont déjà été communiqués en partie à 
cet Institut. 

Les observations de 1926 ont porté sur le nouveau coton Maarad, de 
la Société Royale d’Agriculture. Elles ont été faites également de dix en dix 
jours, parfois cependant à des intervalles plus rapprochés. Mais au lieu de 
commencer, comme les précédentes, à l’épanouissement de la fleur, on les 


LE DÉVELOPPEMENT DU FRUIT ET LA FORMATION DES RÉSERVES. 11 


a instituées dès qu’on pouvait distinguer les bourgeons floraux à l’œil nu 
(l’on sait actuellement qu’à cet état le bourgeon floral compte déjà en réa- 
lité près de 12 à i 5 jours d’existence). 

Nous n’envisagerons ici que ce qui est relatif à la masse sèche (poids 
sec) et aux réserves grasses et azotées, bien que nos recherches aient indu 
la cellulose, les matières minérales et le phosphore de ces dernières. (Nous 
espérons revenir sur ces substances dans un autre travail.) 

Masse sèche {jpoids sec), — Les données de 1917 et de 1918 nous ayant 
fourni, pour le poids sec, des courbes non satisfaisantes, nous avons pensé 
que le cycle de croissance du fruit devrait commencer A partir de la for- 
mation du bourgeon floral et non pas à partir de l’épanouissement de la 
fleur. C’est ce qu’ont justifié les observations de 1926. 

Si l’on porte, en simples ordonnées rectangulaires, comme abscisse le 
temps compté en jours à partir du moment où le bourgeon floral devient 
visible à l’œil nu, et comme ordonnée la masse sèche (poids sec) corres- 
pondante, les positions des divers points suggèrent déjà qu’ils sont sur une 
courbe sismoïde, semblable à la courbe d’accroissement des organismes 
vivants en général. 

En calculant, à l’aide de l’équation 



qui est la forme intégrée de 

J=Kz(a-^) 

on obtient les positions théoriques desdits points. 

La concordance entre les données du calcul et celles de la balance est 
remarquable, sauf en ce qui concerne le dixième jour après l’épanouisse- 
ment de la fleur (ou le 4 o® jour sur la courbe). Cette anomalie se retrouve 
également sur les courbes construites au moyen des observations de 1917 
et de 1918. Nous pensons qu’elle est due au mode opératoire. Les recher- 
ches que l’on se propose de faire éclaireront, sans doute, ce point. Quoi 
qu’il en soit, chez le cotonnier, le développement du fruit ressemble bien 


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BULLETIN DE LTNSTITÜT D’ÉGYPTE. 


à une autocatalyse. J. A. Prescott a montré, en 1922 , que la courbe accu- 
mulation de floraison chez le cotonnier est aussi une sigmoïde répondant 
à Téquation des réactions aulocatalytiques monomoléculaires. Comme la 
courbe de floraison chez le cotonnier reproduit, à ses débuts tout au moins, 
la courbe de la croissance mesurée par l’allongement du mois précédent, 
on peut en conclure que la croissance générale, mesurée par l’allongement, 
ressemble aussi à une autocatalyse. 

Mais nous avons montré ci-dessus les inconvénients de la mesure de la 
croissance d’après l’allongement. ^ 

Matière azotée. — Nous pouvons répéter pour l’azote ce que nous venons 
de dire pour la masse sèche ou poids sec. Ici, également, la concordance 
est des plus satisfaisantes, sauf pour le quarantième jour et probablement 
pour les mêmes motifs. (Il s’agit ici de l’azote total dans le fruit. L’azote 
total dans la graine fournit aussi des courbes assez satisfaisantes. Il n’en 
est pas de même si l’on considère l’azote protéique et l’azote amidé séparé- 
ment.) 

Matières grasses (Huiles). — La matière grasse soluble dans l’éther ne 
commence à se former que quelque temps après la formation de la graine 
et s’accumule dans cette dernière et aussi — en minime partie — dans la 
cc fibre 55. Le diagramme ci-joint montre que la formation des réserves gras- 
ses et leur accumulation se poursuivent d’après une courbe en tout sem- 
blable à celle des réactions autocatalytiques monomoléculaires. Les données 
de la balance correspondent très bien à celles du calcul. 

En est-il de même des réserves grasses des autres plantes oléagineuses? 

Nous avons à cet effet appliqué la même analyse mathématique aux 
graines de Colza analysées en 1882 par Muntz, à celles du Ricin étudiées 
en 1895 par Leclerc du Sablon, et enfin aux graines du Soya en nous 
basant sur les observations faites en 1912 par Garner. Partout la concor- 
dance entre les chiffres calculés et les chiffres observés est satisfaisante. 
Cette concordance devient encore plus grande si, tenant compte des com- 
bustions qui, nous le savons, se produisent toujours vers la fin de la ma- 
turation, on adopte pour a un chiffre légèrement supérieur au chiffre 
observé. ' 

Aussi la formation et l’accumulation des réserves grasses suivent-elles, 


LE DÉVELOPPEMENT DU FRUIT ET LA FORMATION DES RÉSERVES. 13 


comme la croissance du fruit ou de la plante en général, le cours d’une 
réaction autocatalytique monomoléculaire. 

C’est là, semble-t-il, une loi générale nouvelle qui mettrait fin aux dis- 
cussions soulevées au sujet de l’élaboration des réserves grasses chez les 
végétaux. Des graphiques reproduisant une partie de nos travaux — no- 
tamment de celle relative à l’azote et à l’huile dans la graine munie de sa 
fibre et dans les graines de la capsule entière — figurent depuis novembre 
1926 au Musée du Coton de la Société Royale d’Agriculture. Ils avaient été 
préparés en vue de l’Exposition agricole de février 1926. 

Vers la même époque parut, dans le Journal of Agriculiural Research, un 
travail fort intéressant de Gaines et Stevens sur la croissance du tournesol 
et du maïs. Les conclusions de ce travail en ce qui concerne le poids sec 
de la graine et de l’épi confirment les vues émises par nous quelque temps 
auparavant. 

Il est évident que les résultats obtenus, hautement intéressants au point 
de vue de la cinétique biologique, ne peuvent nous renseigner sur les lois 
de la distribution des éléments organisés à l’intérieur d’une cellule ou d’un 
organisme. C’est là un phénomène complexe dont l’élude est, pour le mo- 
ment, le terrain propre du biologiste. Elle fait partie du domaine des 
Sciences descriptives et échappe actuellement à notre analyse mathémati- 
que (Chodat). 

V. Mosséai. 


BIBLIOGRAPHIE. 

(1) Bayliss, Principles of General Physiology, Edn. (192 A), Longmans, Green. 

(2) Blackman (V. H.), The compound mterest Law and Plant Growth, Ann. Boit., 

vol. 33 (p. 353 ), 1919. 

(3) Brody and Ragsdale, The rate of growih of the dairy-cow; Extra Ulerîne growth 

in weight. Journ. of Gen. Physiology, vol. III, p. 693, 1921. 

(A) Chodat, Principes de Botanique, 3 " Édition (1921), J, Baillières et fils. 

( 5 ) Gaines and Stevens, Growih Equation constants in crop studies, Joum. of Agric. 
Research, vol. XXXI, n® 10, 1925. 


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BULLETIN DÉ L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


(6) Garner (W. W.), Allard and Foubert, OU content of seeds as affected by tJie nu- 

trition of îhe plant, Journ, of Agric, Research, vol. III, n” 3 , 191 4 . 

(7) Briggs, Kidd and West, A quantitative analysis of plant growth , Ann, of Applied 

Btology, vol. 7, p. io 3-193 and p. 202-293, 1990. 

(8) Leclerc du Sablon, Recherches sur la germination des graines oléagineuses, Revue 

Gén, de Bot,, L VII, 1895. 

(9) Leclerc du Sablon, Physiologie végétale et agricole, J. Baillières et Fils, 1911. 

(10) Monnier , Les matières minérales et la loi d'accroissement des végétaux. Publications 

de r Institut Botanique de ^Université de Genève, 6* série, fasc. III, 1905. 

(11) Müntz, Sur la germination des graines oléagineuses , Boüssingault, Agronomie, 

t. V, 1882. 

(19) pREScoTT (J, A.), The Jlowering curve of the Egyptian Cotlon Plant, Ann, of Bot,, 
vol. 36, n” 161, 1929. 

(1 3 ) Reed and Holland, The growth-rale of an annual plant Helianthus, Proc, Nat, 

Acad, Set,, vol. V, p. 1 3 5 - 1 44 , 1919. 

(1 4 ) Robertson, The Chemical Basis of Growlh and Senescence, Lippincott, 1993. 

(15 ) West, Kidd and Brtggs, Melhods and signifeant relations in the quantitative ana- 

lysi of plant growth, New Phytologisl, vol. 19, 1920. 


4 - 


LA FORMATION GÉOLOGIQUE 

DES 

GISEMENTS DE MINERAIS DE MANGANÈSE 

AU SINAÏ 

(avec a planches) 

PAR 

M. ALEXANDRE FENINE^*’. 


INTRODUCTION 

PAR LE D" HASSAN SADEK BEY 

CONTRÔLEUR DU DEPARTEMENT DES MINES, MEMBRE DE L’INSTITUT D’EGYPTE. 

L’existence de minerais de fer manganésifères dans la région centrale de la pres- 
qu’île du Sinaï a été découverte en 1898 par T. Barron, du Service Géologique 
d’Egypte. L’importance de ces minerais manganésifères a été aussitôt reconnue, et des 
travaux ^e prospjection ont été faits en plusieurs endroits. En un point, dans les en- 
virons de Um Bogma, la prospection a été suivie par une exploitation active, et le 
minerai mixte reliré jusqu’à ce jour atteint un million et quart de tonnes, la produc- 
tion de l’année 1929 seule s’étant élevée à 200.000 tonnes. 

Un autre gisement, mais de moindre extension, a tout dernièrement reçu quelque 
attention, et a produit 4 ooo tonnes de minerai riche. 

Ces chiffres montrent la place importante que les minerais de manganèse occupent 
parmi les ressources minérales de l’Égypte et, comme tels, ils méritent qu’on en fasse 
des recherches complètes et méthodiques. 

Quoique la recherche des minéraux s’appuie presque entièrement, dans ses phases 
initiales, sur l’examen effectif du champ minier, il devient cependant impérieux, 
après avoir examiné tous les affleurements visibles, de commencer des recherches 
pour découvrir les dépôts cachés. Pour que cela soit fait efficacement, et sans s’ex- 
poser a des dépenses inutiles dans des aventures malheureuses, il est nécessaire de 


Communication présentée à l’Institut dans sa séance du 10 novembre iqBo. 


16 


BULLETIN DE LTNSTITÜT D’ÉGYPTE. 


réunir touLes les données disponibles, de les appliquer aux principes scientifiques, 
et d’en déduire une hypothèse qui, en la comparant avec des occurrences connues, 
soit susceptible de donner la voie à la découverte d’autres. 

Depuis Tannée 1918, la nécessité d’une étude compréhensive de ces dépôts man- 
ganésifères a été reconnue, et le John Bail, du Survey Department, entreprit l’exa- 
men géologique de ce district et publia en 1916 son ouvrage important intitulé : The 
Geography and Geoiogy of Wesl-Central Sinai. Dans ce mémoire, le D*^ Bail a donné 
une description complète de la région, et l’ouvrage est rempli d’illustrations photo- 
graphiques et de sections, ainsi que de cartes géologiques très précises. 

11 est décrit que ces dépôts miniers consistent en un mélange d’oxydes de fer et de 
manganèse, parmi lesquels ont été identifiés la pyrolusite, le psilomélane et l’hématite. 

Il est décrit que les gisements se trouvent à la base d’une couche de calcaire dolo- 
mitique ayant une épaisseur moyenne de 20 mètres, celle-ci étant intercalée dans une 
puissante série de grès. Par ses contenus fossiles , il a été prouvé que toute cette série 
est de Tâge carbonifère. 

Il fut noté que ces masses, qui sont en général lenticulaires et irrégulières dans 
leur forme et leur distribution, remplacent en totalité ou en partie la couche calcaire 
qui les contient. Il fut , en outre , clairement reconnu que ces masses ne forment pas des 
couches régulières, mais quelles sont plutôt le résultat d’une action chimique subsé- 
quente à la déposition du calcaire. 

Le D' Bail nota aussi un rapport étroit entre les gisements et les lignes de failles ou 
cassures dans les couches qui ont été le résultat de mouvements terrestres produits 
durant la période tertiaire. 

De ce qui précède, et en considération du fait que les calcaires dolomitiques con- 
tiennent toujours une petite proportion d’oxyde de manganèse , même en l’absence de 
dépôts manganésifères , le D"^ Bail est arrivé à conclure que ces gisements se sont for- 
més de la manière suivante : 

ffUne intense production de failles durant la période miocène occasionna l’accès des 
eaux chaudes souterraines à travers les fissures des failles. Agissant sur les calcaires 
dolomitiques, ces eaux ont dissous les carbonates de chaux et de magnésium, laissant 
ainsi en grande partie inattaqués les carbonates moins solubles de fer et de manga- 
nèse ainsi que les impuretés siliceuses. Par la suite, ces carbonates de fer et de man- 
ganèse se sont oxydés et, subissant un mode de ségrétion, ils ont formé des dépôts 
près des failles, tandis que les matières siliceuses ont formé les schistes sablonneux 
qui, presque toujoxms, se rencontrent au-dessus des minerais. « 

Depuis la publication de ce mémoire, l’exploitation de ces gisements a sans doute 
permis d’avoir des données nouvelles qui renforcent ou affaiblissent l’hypothèse ci- 
dessus énoncée. Cependant, rien n’a été publié, à cause de la malheureuse habitude 
qu’ont les compagnies minières de garder pour elles toutes les connaissances d’ordre 
scientifique qu’elles acquièrent durant l’exploitation. * 

La communication du Prof. Fenine est, par conséquent, la bienvenue, surtout 


GISEMENTS DE MINERAIS DE MANGANÈSE AU SINAl. 


17 


parce qu’elle provient d’un savant qui a eu l’expérience pratique de ces minerais dans 
le Sinaï et ailleurs. Les remarques du Prof. Fenine ont aussi une valeur spéciale en ce 
qu’elles ont été faites après un examen complet des dépôts riches qui ont été décou- 
verts après la visite du D' Bail. 

La note du Prof. Fenine, que j’ai le plaisir de présenter à l’Institut, commence 
par une description des formations géologiques dans lesquelles se trouvent les gise- 
ments ainsi que des minéraux que ces dépôts contiennent. Il soutient aussi l’opinion 
qu’il existe une relation entre ces gisements et les lignes de failles, et considère leur 
origine comme étant due à l’action métasomatique des eaux venant d’en bas. 

Il donne ensuite une description des riches dépôts miniers, qu’il eut l’occasion 
d’examiner personnellement, et donne enfin son opinion sur la genèse des minerais 
manganésifères. 


La formation géologique du Sinaï consiste au centre de la presqu’île 
principalement en roches ignées; les roches sédimentaires forment une 
bande étroite ayant une largeur de 20 kilomètres environ et longent les 
bords du golfe de Suez; elles s’étendent aussi parfois dans la partie cen- 
trale; les formations géologiques du bord opposé du golfe et les bords 
ouest de la mer Rouge ont le même caractère. Les formations sédimen- 
taires appartiennent aux époques géologiques crétacée et tertiaire; les 
roches ignées sont représentées ici par des gneiss, granits, diorites et por- 
phyres, c’est-à-dire par des roches anciennes cristallines; elles forment la 
base sur laquelle se sont déposées les formations sédimentaires. 

Dans beaucoup d’endroits, au delà de la bande des formations sédi- 
mentaires les roches ignées sont directement couvertes par des sédimen- 
tations carbonifères; ces sédimentations présentent un intérêt tout à fait 
particulier, puisqu’elles contiennent les gisements des minerais de manga- 
nèse. Les sédimentations carbonifères occupent un espace assez considé- 
rable qui peut présenter approximativement quelque chose comme 200 
kilomètres carrés Les gisements manganésifères sont situés au centre du 
bord ouest du golfe de Suez, entre Suez et l’extrémité méridionale de la 
presqu’île; ils se trouvent environ à 9 0-3o kilomètres de la mer. 


D’après la carte de Bail, mais qui est en réalité beaucoup plus étendu, car la 
carte ne représente qu’une partie du Sinaï. 

Bulletin de l* Institut d’Egypte, t. XIIL a 


18 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


L’orographie de la contrée occupée par les gisements manganésifères est 
présentée par des rochers très escarpés et coupés de nombreuses vallées 
qui sont formées par les procédés d’érosion et de dénudation (wadis). Les 
sommets des rochers sont parfois d’une hauteur de looo mètres au-dessus 
du niveau de la mer, c’est le maximum; ordinairement leur hauteur ne 
dépasse pas loo, 3oo, 5oo mètres au-dessus du niveau des vallées (vva- 
dis); les montagnes sont formées d’anciennes roches cristallines dont les 
sommets sont couverts dans la région métallifère par des sédimenialions 
carbonijeres déposées presque horizontalement; or les gisements métalli- 
fères sont situés à une hauteur de lOo, 3oo, 5oo mètres au-dessus du 
niveau des wadis». 

Toute la presqu’île du Sinaï a été soumise à des mouvements tectoniques 
très forts, qui n’ont eu lieu qu’à l’époque tertiaire. D’importants et nom- 
breux plissements, failles, cassures ont provoqué de grands dérangements 
dans les sédiments carbonifères; ces dérangements ont joué un grand 
rôle dans la genèse des gisements métallifères, comme nous le verrons 
plus bas. 

Les formations carbonifères sont représentées ici par trois roches princi- 
pales : le grès inférieur, ayant une épaisseur d’environ i3o mètres; ce 
grès recouvre directement les roches ignées; le calcaire, d’une épaisseur 
de ko mètres environ; le grès supérieur, d’une épaisseur d’environ i5o 
mètres. 

Les deux grès se ressemblent par leur couleur rougeâtre, souvent rouge, 
mais diffèrent remarquablement par leur densité; le grès inférieur, formé 
par suite de la décomposition des roches ignées, est plus fortement cimen- 
té, ce qui lui donne une densité considérable; il consiste en une série en- 
tière de couches qui diffèrent par des nuances de couleur rouge ou rou- 
geâtre* Le grès supérieur est beaucoup plus tendre, avec des grains plus 
gros; il est plus typique comme grès. Parfois partiellement, parfois entiè- 
rement, les deux grès sont colorés en blanc; presque toujours les grès 
inférieurs sont blancs quand ils recouvrent les granits et rouges quand ils 
recouvrent les diorites; le grès supérieur, étant plus tendre, disparaît 
parfois complètement, détruit par les procédés d’érosion; dans ces cas les 
sommets des collines sont formés par le calcaire carbonifère. 


GISEMENTS DE MINERAIS DE MANGANÈSE AU SINAÏ. 


19 


Le calcaire carbonifère est le plus souvent dur, cristallin et a souvent 
des intercalations de cristaux de cal cite; le calcaire est coloré en rouge ou 
en rose grisâtre; il est plus gris en haut et plus rose en bas; ce calcaire 
carbonifère est très dolomitisé, il contient environ 3o o/o de CaO et 
2 0 o/o de MgO. Il faut noter que le calcaire ressemble souvent au grès 
inférieur; on trouve des formes transitoires. Le géologue Bail cite que, 
dans une certaine direction, le calcaire carbonifère devient plus mince 
(direction sud-ouest); il est enclin à considérer ce fait comme lié avec la 
baisse des eaux de la mer carbonifère dans la même direction. Nous ne 
devons pas perdre de vue cette observation , puisqu’elle pourra nous aider 
à comprendre la genèse des minerais de manganèse pur qui se produit 
aussi dans certaine direction géographique. 

Les formations carbonifères du Sinaï contiennent des gisements de mi- 
nerais ferro-manganésifères et des gisements de minerais de manganèse 
pur; ces gisements se trouvent toujours au même niveau géologique : dans 
la partie inférieure du calcaire carbonifère, presqu’au contact du calcaire 
avec le grès carbonifère inférieur. Le minerai métallifère est pour ainsi 
dire intercalé dans le corps du calcaire et le remplace, plutôt partielle- 
ment, rarement entièrement, sur de grands espaces. On observe clai- 
rement le tableau d’un procédé qui est connu en géologie sous le nom de 
çç procédé métasomatique». Les gisements métallifères ne présentent pas 
de couches véritables, puisque ni leur épaisseur, ni leur étendue ne sont 
maintenues régulières; les gisements sont toujours interrompus; leur forme 
est toujours variable et donne souvent des lentilles ou des sphéroïdes irré- 
guliers (surtout les gisements de minerai de manganèse pur). 

Les minerais se sont déposés comme minerais ferro-manganésifères ou de man- 
ganèse pur, selon les conditions différentes de la formation des dépôts. 

Les dépôts de minerais ferro-manganésifères sont les gisements les plus 
fréquents du Sinaï; ces gisements sont beaucoup plus réguliers que les 
gisements de manganèse pur; dans beaucoup d’endroits ils se rapprochent 
presque des couches véritables; ils sont souvent d’une épaisseur considé- 
rable : 4-8, même lo mètres. La composition chimique du minerai n’est 
pas toujours constante. Le contenu moyen du métal peut être évalué à en- 
viron 5o-6o o/o avec une teneur à peu près égale de fer et de manganèse 


20 


BULLETIN DE LTNSTlTüT D’ÉGYPTE. 


métallique, le manganèse tendant à prédominer. La pureté chimique des 
minerais, comme nous l’avons déjà dit, est très élevée : ainsi dans le mi- 
nerai contenant 6o o/o de métal on irouve en moyenne i ,5 o/o de silice, 
0,0 5 de phosphore, o,oa5 de soufre, de chaux, magnésium, aluminium 
environ 6 o/o. Ce minerai donne un matériel très pur pour le procédé 
métallurgique dans la fabrication des qualités spéciales de fonte; mais 
il ne convient pas pour les autres procédés industriels outre la métal- 
lurgie. Les réserves de ce minerai dans toute la région métallifère du 
Slnaï n’ont pas été évaluées. Il faut supposer tout de même que ces ré- 
serves sont assez considérables; d’après les calculs dun ingénieur, calculs 
basés sur les données des recherches , les réserves de minerais ferro-man- 
ganésifères, se trouvant seulement dans trois concessions où des recher- 
ches ont été faites, peuvent être évaluées à 7.000.000 de tonnes. 

Le minerai est formé presque exclusivement par les oxydes de fer et de 
manganèse; plus souvent on trouve ici des variétés terreuses dliématite 
(Fea O3), souvent en combinaison avec les hydrates du kv 4 imonite (aFe. 
Os 3 H. 0 ). 

Comme minerai de manganèse pur bien prononcé, on trouve la pyrolu- 
site (Mn 0 ^^) — principalement ses variétés dures (polianite); le psilomé- 
lane, l’hydrate de manganèse, et très rarement le vade, minerai de man- 
ganèse contenant relativement beaucoup d’eau. 

La pyrolusite contient de 86 jusqu’à q 5 0/0 de MnOa et jusqu a 65 0/0 
de manganèse métallique : c’est un minerai très riche. On la rencontre sou- 
vent ici sous des formes cristallines claires ou sous des masses compactes 
d’une couleur plomb-noire avec de rares intercalations de cristaux; elle a 
une densité de 5 - 6 , le poids spécifique est environ 5 , le trait est noir. Le 
psilomélane contient 81 0/0 de MnOa et plus, par rapport au contenu de 
l’eau; il est aussi très dur, mais moins dur que le polianite; ils est gris- 
noir, mat, avec un trait brun-noir et contient jusqu’à 55 0/0 de manganèse. 

Il est difficile de fixer dans quelle corrélation physique se trouvent les 
sels de fer et de manganèse dans les minerais ferro-manganésifères ; il est 
sûr que les molécules de ces minerais sont tout à fait séparées, mais 
physiquement, dans la couche elle- même, les minerais de fer et de man- 


Une concession a la surface de 800 x 1600 mètres! 


GISEMENTS DE MINERAIS DE MANGANÈSE AU SINAÏ. 


21 


ganèse sont, dans la plupart des cas, très étroitement mélangés. Il existe 
pourtant des indices que, dans certains cas, les minerais de fer et de man- 
ganèse sont séparés dans le gisement même et forment des espèces de 
couches isolées; dans ces cas la couche du minerai la plus riche en man- 
ganèse se trouve au milieu du gisement. 

11 faut noter comme trait caractéristique des gisements métallifères que, . 
dans leurs formes les plus riches d’après l’épaisseur et l’étendue, ils se 
trouvent toujours dans le voisinage des failles, des cassures et des plisse- 
ments. Ordinairement les plus riches gisements se trouvent des deux côtés 
du dérangement. 

Il faut noter, comme la propriété la plus fréquente, que presque tous 
les gisements ont des affleurements bien visibles à la surface; ces affleu- 
rements d’une teinte noire ou rouge-noire colorent ordinairement le contact 
du grès inférieur avec le calcaire en une bande différente qui correspond 
souvent à l’épaisseur du gisement; souvent ce sont des affleurements du 
minerai lui-même, non changé; pourtant, l’existence de gisements n’ayant 
pas d’affleurements à la surface n’est pas exclue. 

L’étude des propriétés physiques des gisements pourrait avoir un intérêt 
particulier : il serait peut-être possible de séparer, pendant l’exploitation 
même de toute la masse du minerai extrait, le minerai plus riche en man- 
ganèse ou le manganèse pur. Cette séparation sur le lieu d’extraction pour- 
rait faciliter le triage et donner au minerai une valeur beaucoup plus 
élevée sur le marché. 


LES GISEMENTS DE MINERAIS DE MANGANÈSE PUR. 

Il est difficile de juger du caractère de ces gisements, vu que les cas 
d’exploitation et d’exploration de ce minerai sont rares jusqu’à présent. 
Dans son livre, le géologue Bail mentionne ces gisements comme très 
rares; il cite que près du sommet Üm-Rhinna, il a vu un gisement com- 
posé d’intercalations de psilomélane dans le minerai terreux du fer; le 
gisement était très irrégulier en forme de lentilles séparées, avait l’aspect 
de veines, nœuds, etc. Sur quelques collines d’üm-Bogma, il a remarqué 
des gisements très irréguliers du minerai de manganèse intercalé dans des 


22 


BULLETIN DE LTNSTITÜT D’ÉGYPTE. 


couches de grès ferreux et de schistes. Un ingénieur qui a fait des explo- 
rations au Sinaï dit que, dans la concession assez grande qui a été explorée 
par lui, il a trouvé un gisement de minerai de manganèse contenant 65 o/o 
de manganèse métal (Wadi Hallig); il a trouvé de même un gisement 
analogue dans le Wadi Maghara. Ces indications ne donnent pas de détails, 
et il est peu probable que. les recherches de l’ingénieur aient été suffisam- 
ment détaillées. Les emplacements où furent trouvés ces gisements par 
Bail et par l’ingénieur cité se trouvent plutôt au centre de la région 
métallifère, dans les endroits où les sédiments carbonifères sont le plus 
développés. 

J’ai eu l’occasion de faire des recherches dans les gisements du minerai 
de manganèse pur situés dans la partie sud-ouest de la région métallifère, 
à l’extrémité des sédimentations carbonifères. 

Voici quelques données sommaires sur mes recherches : 

1 ° Les recherches ont été faites au sommet des collines situées à une 
hauteur d’environ 3oo mètres au-dessus de Wadi Schellal. Sur toute 
rétendue de la concession (800X1600 mètres) on observe à des endroits 
différents des intercalations de gisements fréquents d’une valeur différente, 
mais contenant du minerai de manganèse très pur; le contenu du fer dans 
le minerai est tout à fait insignifiant et ne dépasse pas 2 ojo en un rare 
maximum. 

2 ® Le minerai se trouve dans la masse du calcaire comme intercalations 
séparées ayant la forme de lentilles ou de sphéroïdes de dimensions diffé- 
rentes, parfois assez grandes, avec une largeur de 10-12 mètres, une 
longueur de 5o-6o mètres et une épaisseur de 2-3 mètres. L’espace entre 
les intercalations du minerai est occupé par le calcaire non décomposé; 
les intercalations du minerai sont entourées par une enveloppe composée 
d’une espèce d’argile schisteux rougeâtre; cette enveloppe sert comme in- 
dice de la présence du minerai. 

3° Les gisements les plus riches sont concentrés près des dérangements, 
tels que failles, cassures et plissements; les failles sont ordinairement 
petites et peu visibles; les cassures et les plissements sont plus distincts, 
surtout les cassures, qui s’étendent parfois depuis l’endroit de l’exploita- 
tion jusqu’à la surface et ont une longueur de 3o à ho mètres. 


GISEMENTS DE MINERAIS DE MANGANÈSE AU SINAl. 


23 


4'’ Les gisements du minerai sont presque exclusivement centralisés 
près du mur du calcaire; les gisements éloignés du mur du calcaire sont 
toujours plus pauvres. 

5° Le minerai est représenté par la pyrolusite dure (le polianite) et le 
psilomélane; on peut observer des formes transitoires, quand un morceau 
du minerai donne les deux espèces à la fois. Près des affleurements et des 
cassures on rencontre plus souvent la pyrolusite pure. Le psilomélane se 
trouve au fond; il est clair que près de la surface et des cassures le psilo- 
mélane perd son eau et se transforme en pyrolusite. 

En vue de sa qualité exceptionnelle, la découverte de riches dépôts de ce 
minerai serait d’une grande importance commerciale. De même, la possi- 
bilité de fixer les limites occupées par ce minerai dans la région métallifère 
est d’un intérêt particulier au point de vue théorique et pratique. 

Nous tâcherons d’éclaircir un peu la dernière question. 

LA GENÈSE DES MINERAIS DE MANGANÈSE. 

La genèse des minerais ferro-manganésifères par le moyen de la décom- 
position métasomatique du calcaire carbonifère est assez simple et peut 
être brièvement formulée ainsi : les eaux thermales, s’élevant des profon- 
deurs, ont porté en solution les différents sels de manganèse et de fer; 
ensuite, par l’action de ces eaux sur le calcaire, ce dernier s’est décomposé; 
les sels de calcium et de magnésium ont passé dans la solution et les sels 
de manganèse et de fer se sont précipités en résidu. L’échange chimique 
a pu se produire molécule par molécule du calcaire décomposé, ou par 
la précipitation du résidu dans lès cavités formées par les eaux dans le 
calcaire dolomitisé facilement soluble. Les solutions ont évidemment péné- 
tré d’en bas dans chaque cassure formée par. n’importe quelle action tec- 
tonique. Ces solutions se sont répandues dans là masse du calcaire en 
s’arrêtant seulement devant les parties du calcaire les plus denses et privées 
de cassures. Les parties du calcaire, ainsi décomposées, ont reçu des 
formes toutes différentes et singulières qui dépendaient des voies éven- 
tuelles par lesquelles avaient pénétré les solutions. Cela explique pour 
quelle raison la minéralisation du calcaire est beaucoup plus intense près 
des failles et cassures et pourquoi elle diminue en s’éloignant du mur de 


I 


24 


BULLETIN DE LINSTITÜT D’ÉGYPTE. 


calcaire. Cerlaines questions, liées avec ce procédé mélasornatique, sont 
cependant difficiles à résoudre, notamment : 

1® Où est l’origine de la présence, dans les solutions, de sels abondants 
de manganèse et de fer? 

2® Sous forme de quelles combinaisons chimiques la précipitation des 
sels de manganèse et de fer a-t-elle eu lieu? 

3® Pour quelle raison, dans une partie de la région métallifère, des 
sels ferro-manganésifères ont-ils été précipités, et, tandis que dans une 
autre partie de la même région , les mêmes solutions ont précipité seule- 
ment des sels de manganèse? 

Nous tâcherons d’éclaircir ces questions. 

Les eaux thermales ont pu enlever en passant les sels de manganèse 
et de fer, soit du calcaire carbonifère lui-même, soit des roches se trouvant 
plus bas que le calcaire. D’après les données de M. Bail, le calcaire car- 
bonifère contient quelques quantités peu considérables de ces métaux — 
environ 2 0/0 de sels de fer et seulement o,3 0/0 de sels de manganèse 
(des oxydes); de même, selon les données de M. Bail, ces quantités de 
métaux ne pourraient pas former les dépôts qu’on observe dans ces gise- 
ments métasomatiques. Il faut supposer que ce sont plutôt les roches 
ignées acides qiii ont servi comme origine des solutions métalliques dans 
les eaux thermales; cette fonction pouvait bien être accomplie par les 
granits, qui forment ici les roches principales de la base; on sait que 
les roches ignées acides contiennent trois fois plus de manganèse que les 
roches ignées alcalines. 

Pour éclaircir la question sous forme de quels sels se sont précipités les 
métaux, 011 peut se baser sur les considérations suivantes : les gisements 
métallifères contiennent seulement des oxydes de fer et de manganèse; 
jusqu’à présent, on n’a pas trouvé dans les gisements du Sinaï de carbo- 
nates de ces métaux, ce qui devrait avoir lieu dans le cas de la précipitation 
primordiale en carbonates et de l’oxydation successive de ces carbonates 
en oxydes. On peut supposer qu’en vue de l’absence complète de carbo- 
nates, la précipitation, dans le cas actuel, s’est effectuée à la fois sous 
forme d’oxydes; ceci a pu avoir lieu quand les résidus sé sont formés, 
pendant les procédés dioxydation. 


GISEMENTS DE MINERAIS DE MANGANÈSE AU SINAÏ. 


25 


Si la réaction avait eu lieu dans les conditions de réduction, le résidu 
serait formé de carbonate de fer et de manganèse; la précipitation des 
carbonates de fer et de manganèse se serait alors effectuée simultanément, 
puisque leur solubilité est presque égale. Au contraire, pendant le procédé 
d’oxydation, la précipitation du résidu se produit pour les sels de manga- 
nèse et de fer en des temps différents : les oxydes du fer étant plus 
solubles restent plus longtemps en solution. Ce fait explique pourquoi, 
dans les eaux profondes, pendant la précipitation de solutions contenant 
les sels de ces deux métaux, la teneur de manganèse diminue avec la pro- 
fondeur. Ce phénomène se produit quand le procédé d’oxydation est ralenti, 
puisque l’accès de l’oxygène de l’atmosphère est gêné par la profondeur 
des précipitations. Au contraire, la teneur de manganèse augmente avec 
la diminution de profondeur de précipitation, puisque le procédé d’oxy- 
dation, vu la proximité de l’oxygène, s’effectue plus énergiquement. Il est 
très difficile d’affirmer qu’un procédé analogue ait été la cause de la pré- 
cipitation plus forte de manganèse dans certains endroits des dépôts car- 
bonifère^ du Sinaï. Comme preuve de la vraisemblance de cette hypothèse 
on peut alléguer le fait que la précipitation des sels de manganèse pur a eu 
lieu justement quand celle-ci s’est effectuée à de petites profondeurs. En 
réalité, les endroits occupés par des gisements possédant des minerais de 
manganèse pur se trouvent près du bord des dépôts carbonifères, quand 
les roches ignées qui servent de base au carbonifère se remplacent géogra- 
phiquement par des formations sédinientaires plus jeunes. Je sais que, 
outre la concession qui se trouve tout à fait au bord des dépôts carbonifères 
où j’ai fait des recherches, il existe dans le voisinage des endroits occupés 
eux aussi par des gisements de minerai de manganèse pur. Cette limitation 
de la région géographique occupée par le minerai de manganèse pur cor- 
respond aussi à la diminution de l’épaisseur du calcaire carbonifère, ce 
qui a été mentionné par Bail. 

En outre, j’ai raison de supposer que, dans la même direction géogra- 
phique, a lieu un procédé d’enrichissement graduel du minerai en man- 
ganèse, car il existe probablement un changement graduel en teneur de 
fer et de manganèse entre les minerais du centre profond du bassin métal- 
lifère riche en fer et les bords de ce bassin qui sont peu profonds, mais 
ont un minerai plus riche en manganèse. Selon des indications reçues, il 


26 


BULLETIN DE UINSTITÜT D’ÉGYPTE. 


existe, non loia des gisements de minerai de manganèse pur, un gisement 
de minerai ferro-manganésifère, contenant environ 45 o/o de mang'anèse 
au lieu de 3 o o/o comme dans le centre du bassin. 

Il est évident que toutes ces données n’expliquent pas définitivement 
quelle connexion existe entre la petite profondeur de la mer carbonifère 
et la précipitation des solutions de manganèse pur effectuée au bord du 
bassin; de même, elles n’expliquent pas définitivement les causes de la 
précipitation directe des oxydes dans le procédé métasomatique do la dé- 
composition du calcaire carbonifère. Mais ces données présentent tout de 
même un grand intérêt théorique et pratique. La présence de quantités con- 
sidérables de minerai de manganèse pur et de minerai ferro-manganésifère avec 
un grand contenu de manganèse peut améliorer sensiblement la valeur commer- 
ciale des gisements du Sindi, 


Al. Fenine. 


UN MANUSCRIT AUTOGRAPHE 


DE DON RAPHAËL 

MEMBRE DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE (1798) 
PAR 

M. GH. BACHATLY^’^ 


Sur la liste des membres du premier Institut d’Égypte, telle qu’on la 
lit dans la Décade Egyplienne^'^\ revue publiée au Caire pendant l’Expédition 
Française, figure le nom de Don Raphaël, qui eut l’honneur de représenter 
l’Orient dans la célèbre société fondée par le Général Bonaparte. 

Les détails biographiques que l’on possède sur ce religieux se réduisent 
à bien peu de chose. On sait qu’il fil ses études à Rome, où il se perfec- 
tionna dans la connaissance de la langue italienne, puis rentra au Caire 
où, après l’arrivée des Français, il fut nommé membre de l’Institut d’É- 
gypte dans la section des Lettres et des Arts^^^ et interprète du Diwan du 
Caire Sa connaissance des langues d’Europe et d’Orient détermina sans 
doute ce choix. Bonaparte lui confia le soin de rédiger, avec ses collègues 
Beauchamps, Monge et Nouet, un almanach à l’usage des Français, des 
Coptes et des Musulmans Plus tard, vers 1828^ il fut chargé par Mé- 
hémet Aly pacha d’enseigner la langue arabe à l’Ecole de Bouiac C’est 


Communication présentée à l’Institut dans sa séance du 19 janvier 1981. 

Décade Egyptienne, Kaire, an VII, p. 10. 

E. DE ViLLiERs DU Terrage , Joumol cl soiwemrs sur l’Eccpédition d Egypte (179S- 
1801), Paris, 1899, p. 359; El-Djabarti, Merveilles biographiques et historiques , Le 
Caire, 1892, t. VII, p. 96; L. Reybaüd, Histoire scientifique et militaire de VEccpédition 
française en Égypte, Paris, i 83 o-i 836 , t. VIII, p. 88. 

Décade Egyptienne, Kaire, an VU, p. 66. 

G. B. Brocchi, Giornale delle osservazioni faite ne' viaggi in Egiilo, nella Siria e 
neïla Nubia, Bassano, i 84 i, t. I, p. 189 et 178. 


28 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


alors qu’il composa son Dictionnaire ilalien-arabe^^"^ et traduisit, sur l’ordre 
de Méhémet Aly, Le Prince de Machiavel 

Nous le retrouvons enfin, quelques années après, attaché à l’Ecole de 
Médecine d’Abou-Zaabal que venait de fonder Clot-bey. Le compte rendu 
des travaux de l’École pendant sa première année (1898), rédigé par le 
célèbre médecin, mentionne que «M. Raphaël, docteur en médecine, versé 
dans la connaissance littérale des langues arabe, française et italienne, 
attaché à l’école, a été chargé de la traduction de la Physiologie 

Le compte rendu de l’année suivante (1829) le nomme parmi les 
membres du jury d’examen et ajoute : Æ, le docteur Raphaël s’acquitte 
avec beaucoup de sagacité de la traduction d’un traité d’Anatomie Patholo- 
gique; il ne fallait rien moins qu’un médecin instruit, possédant à fond 
la langue arabe, pour remplir, avec succès, une tâche aussi difficile 
Enfin un troisième compte rendu, se référant à l’année i 832 , le donne 
comme attaché à l’Ecole et chargé de la Physiologie codent il s’acquitte 
avec autant d’exactitude que de clarté 

En dehors des deux ouvrages mentionnés plus haut, nous devons éga- 
lement à Don Raphaël la traduction arabe de l’opuscule de Desgencttes 
sur la petite vérole et de celui de Macquer sur la teinture de la soie. Enfin 
l’ouvrage publié par Mayeux en 1816, sous le titre Les Bédouins ou Arabes 
du désert, a été rédigé d’après des notes inédites de Don Raphaël. 

Bien que nous n’ayons affaire ici, comme le montre ce rapide aperçu, 
qu’à un personnage de second plan, nous croyons intéresser les membres 
du nouvel Institut d’Egypte» en leur présentant un manuscrit autographe 
de Don Raphaël, qu’un heureux hasard fit tomber entre nos mains vers 
le milieu de janvier 1928. 


G. B. Brocchi, op. cîu, 1. 1, p. 173. 

G. B. Brocchi, op. cil,, t. II, p. 869. 

Clôt, Compte rendu des travaux de V École de Médecine d* Abou-Zabel {Egj/ple), 
pour la première année de sa fondation = 18 p. 7 et 8. 

Clôt, Compte rendu des travaux de VEcole de Médecine d*Abou-Zabel (Egypte), 
pour la deuxième année de sa fondation Marseille, i83o, p. 6 et 11. 

Glot-bey, Compte rendu des travaux de lŒcole de Médecine d^Abou-Zabel (Egypte) 
et de VExamen général des Elèves, Paris, i833, p, 5. 


UN MANUSCRIT AUTOGRAPHE DE DON RAPHAËL. 


29 


C’est un gros cahier de format petit in- 4 ", comprenant 800 pages envi- 
ron, relié en parchemin, où Don Raphaël a transcrit de nombreux docu- 
ments en arabe, italien, français, latin et même grec, ayant rapport tant 
à ses propres travaux qu’aux événements auxquels il se trouva mêlé. Ce 
n’est donc pas un ouvrage tout rédigé, mais un recueil de pièces détachées 
fait pour son usage personnel. 

Le manuscrit est de la main même de Don Raphaël, comme le prouvent 
les affirmations de l’auteur lui-même, corroborées par la comparaison 
avec ses manuscrits déjà connus. La calligraphie en est très bonne; les 
pièces arabes du début sont tout particulièrement soignées et ornées de 
titres à l’encre rouge. 

Très vraisemblablement, Don Raphaël avait tout d’abord consigné ses 
notes sur plusieurs cahiers distincts, qu’il fit plus tard relier ensemble. 
C’est ce qui semble résulter de plusieurs indices : les variations dans la 
couleur et la qualité du papier, les groupes de feuilles blanches intercalés 
dans la masse, et surtout la discordance des diverses séries de pagination. 

Avant d’étudier le contenu du cahier, signalons dès à présent les détails 
inédits qu’il est possible d’y glaner çà et là sur les faits et gestes de l’auteur. 

* 

* -K- 


Ces renseignements ne sont ni très nombreux ni très circonstanciés; ils 
ne sont pourtant pas négligeables. 

Don Raphaël, dont le nom complet est Raphaël Antoun Zakhour, na- 
quit au Caire d’une famille syrienne originaire d’Alep, (Le nom de Zakhour 
est encore bien connu en Syrie et en Egypte.) Il appartenait au rite grec- 
catholique et entra dans l’ordre des Basiliens du Saint-Sauveur; c’est pour- 
quoi il signe volontiers ^Don Raphaël de Monachis». 

Nous savons déjà par ailleurs qu’il fit ses études ihéologiques à Rome; 
l’italien lui devint alors familier et fut pour lui comme une seconde langue, 
notre manuscrit en fait foi. Quelques documents ihéologiques en latin et 
en grec datent vraisemblablement de cette époque. 

Don Raphaël nous apprend aussi qu’il fut curé de sa communauté 
grecque, très probablement au Caire. Il s’intitule également çt secrétaire et 
interprète de l’Administration générale des Finances d’Égypte, membre de 


30 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


l’Institut national d’Égypte et de la Commission des Sciences, et Premier 
Interprète du Diwan du Caire à l’époque de l’Occupation Française en 
Égypte». 

Ceci nous reporte à la période comprise entre 1798 et 1801. 

Il semble avoir entretenu avec le général en chef de bonnes relations, 
si nous en jugeons par les lettres qu’il lui écrivit, où il l’appelle son pa- 
tron, son protecteur et son grand bienfaiteur. Bien qu’exprimée en termes 
d’une exagération outrée, son admiration pour son héros paraît également 
sincère. 

Une lettre arabe, écrite par le fameux Cheikh el-Sadat à l’auteur et 
contenant des documents prouvant la noblesse des Sadat, nous apprend 
que Don Raphaël faisait partie du Comité qui fut chargé par le général 
Kléber de recueillir des informations sur la condition sociale de certaines 
personnes. 

Après le départ des troupes françaises (septembre 1801) Don Raphaël 
demeura encore deux ans au Caire. C’est de là que sont datées deux let- 
tres en italien adressées à Bonaparte. Dans la première (lù mars 1802) 
il lui fait part de sa détermination de consacrer ses dernières années au 
service de la République Française, sous le Gouvernement du Premier 
Consul. Dans la seconde (20 novembre de la même année), après avoir 
exprimé ses remerciements pour un portrait de Bonaparte que lui avait 
remis le colonel Sébastian!, il fait hommage au Premier Consul (qu’il ap- 
pelle «Angelo di Pace», par allusion sans doute à la récente paix d’A- 
miens), d’un petit poème arabe en son honneur. Notre manuscrit en ren- 
ferme le tex^ avec la traduction en italien. 

L’année suivante, mettant son projet à exécution, Don Raphaël s’em- 
barqua pour la France. 

Deux lettres, également en italien, se rapportent à ce voyage. L’une, 
écrite de Grenoble où il s’est arrêté chez Fourier, préfet da département 
de l’Isère et son ancien collègue à l’Institut d’Egypte, peu après son arri- 
vée à Marseille, est adressée à Talleyrand-Périgord , Ministre des Relations 
Extérieures à Paris. II lui annonce qu’il est porteur de lettres importantes 
destinées au gouvernement et lui demande une àudience en se recomman- 
dant à sa protection. La seconde, datée du 19 fructidor an XI (6 sep- 
tembre i 8 o 3 ), quelques jours après son arrivée à Paris, est une demande 


UN MANUSCRIT AUTOGRAPHE DE DON RAPHAËL, 


31 


d’audience au Premier Consul. Nous y apprenons qu’il est logé rue des 
Enfants Rouges, n*’ à. 

Sur les résultats de ces deux audiences nous n’avons aucun renseigne- 
ment, mais nous pouvons supposer que le voyageur trouva bon accueil 
auprès de son ancien protecteur, car dans la préface d’une histoire ina.che- 
vée d’Egypte et du Djebel Druze, dédiée à Napoléon Bonaparte, l’auteur 
s’intitule professeur de langue arabe à Paris, à l’Ecole annexe à la Bi- 
bliothèque Nationale». 

Notre manuscrit est muet sur l’époque où Don Raphaël revit son pays 
d’origine. D’une note relative aux Finances de l’Egypte sous Méhémet Aly 
en 1821 nous pouvons inférer qu’à cette date il était déjà revenu en 
Égypte. 

* 

*■ M 

Nous pouvons maintenant faire un rapide inventaire des pièces que 
renferme le recueil de Don Raphaël. Elles sont nombreuses, d’importance 
fort inégale et se présentent sans ordre bien apparent. Les énumérer une 
à une serait long et fastidieux. Contentons-nous de les grouper sous quel- 
ques titres généraux d’après les sujets quelles traitent, et de signaler tout 
particulièrement les documents inédits qui se rapportent aux événements 
de l’histoire d’Egypte dont l’auteur fut le témoin oculaire, 

I 

Pièces littéraires en arabe. Elles comprennent : 

1° Un petit roman inédit de Don Raphaël intitulé : 

2° Un petit poème ou épigramme à la gloire du Premier Consul. Nous 
savons déjà qu’il fut envoyé par l’auteur en 1802, accompagné d’une tra- 
duction en italien. 

3 ° Un poème, également Inédit, envoyé au Gouvernement français par 
le général Jacob à l’occasion de la .mort de Desaix. Une note de Don Ra- 
phaël nous apprend qu’il fut chargé par ledit générai de composer ce 
poème, qui était jusqu’à ce jour considéré comme perdu. 


32 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. . 


Signalons également, dans cette catégorie de documents : 

1° Trois vers arabes, mis dans la bouche de Bonaparte, où le général 
félicite le peuple égyptien d etre gouverné par lui et lui signale que le Nil 
s’est accru depuis son arrivée. 

9 • Quatre autres vers, où Bonaparte assure les Egyptiens de son respect 
pour leur religion et leur rappelle que son armée les a délivrés des Turcs. 

3° Enfin une copie du Diwan bien connu du Curé Nicolas, intitulé 

et imprimé pour la première fois à Beyrouth en iSBq. 

II 

Ouvrage arabe inachevé de Don Raphaël sur l’Egypte et le Djebel 
Druze, dédié au citoyen Bonaparte. 

Dans la préface, l’auteur nous apprend que l’ouvrage comprendra deux 
parties, la première concernant l’Egypte, la seconde la Syrie. Le premier 
chapitre de la première partie parle de la douceur de l’eau du Nil et de 
son effet sur la digestion; la seconde traite des sources du Nil. 

Puis vient un recueil de notes que l’auteur comptait utiliser pour la 
suite de son ouvrage. Nous signalerons ici parmi les plus importantes : 

Une notice sur la destruction des magasins de Boulac au temps de 
l’occupation française. 

s** Diverses notes intéressant la topographie du Caire à cette même épo- 
que : noms des principales places, des étangs et des portes de la ville, etc. 

3° Une note sur l’état des Finances de l’Égypte au temps des Français 
et au début du règne de Méhémet Aly (1821). 

III 

Notes relatives à l’Expédition Française en Égypte. Elles concernent : 

1° L’arrivée des vaisseaux turcs à Alexandrie. 

2® L’assassinat de Kléber. 

3® Les noms de quelques négociants français vivant en Egypte. 

4® L’emplacement des barricades établies au Caire par les Français. 

5® La nationalité des soldats envoyés contre Kléber. # 

6® Les généraux de l’armée égyptienne. 


UN MANUSCRIT AUTOGRAPHE DE DON RAPHAËL. 


33 


7® Les chefs des partis égyptiens. 

8® Les lieux dévastés à cette époque. 

9® Le tribut imposé par Kléber. 

10® Les présents offerts par Mourad bey à Kléber. 

11® La bataille de la Haute-Egypte. 

1 9® Desaix et Belliard. 

IV 

Diverses notes concernant l’Égypte et l’Orient, par exemple : 

1® Une lettre écrite par les négociants du Hedjaz dans le but de raf- 
fermir leur amitié avec ceux du Caire. 

9® Un décret de Mourad bey expulsant les religieux grecs-catholiques 
d’un couvent appartenant aux Franciscains, etc. 

3® Une lettre écrite par quatre cheikhs de ITsiam d’Égypte, recom- 
mandant à Mohammed pacha Ibn el-Adm, pacha de Syrie, ses sujets 
chrétiens. 

4® Les noms des tribus bédouines d’Égypte et de Syrie. Ces notes, nous 
le savons, ont été utilisées par Mayeux dans son livre intitulé : Les Bé- 
douins ou Arabes du Désert. 

5® Des notes sur la Syrie, les Maronites, etc. 

6® Des notes sur les Coptes, leurs églises et leurs cimetières au Caire. 

7® Des notions sommaires sur les poids, les mesures et les monnaies 
employés en Egypte. 

8® Des notions sommaires sur l’Astronomie. 

V V 

Lettres écrites par Don Raphaël. 

Nous avons déjà signalé, à propos de sa biographie, les trois lettres 
adressées au Premier Consul et celle écrite à Talleyrand. 

VI 

Documents divers; par exemple : 

1® Un calendrier de l’an 181 3, rédigé à Paris. 

Bulletin de V Institut Egypte, t. XIII. 3 


I 


34 BDL LETllN DE L’INSTITUT D'ÉGYPTE. 

a” Un court vocabulaire botanique, donnant les noms arabes des plantes 
d’Ëgypte et de Syrie avec leur traduction en latin, italien, français et grec. 

S" Divers vocabulaires polyglottes. 

4° Quelques notes sans grande importance ; recettes diverses , notices 
sur la mort de Voltaire, prophétie du Pape Innocent XI, etc., etc. 

VII 

Viennent enfin des pièces de caractère philosophique et théologique, 
copiées sans doute par Don- Raphaël à l’époque où il faisait ses études a 
Rome. Elles sont surtout en latin et en italien. Ce sont, par exemple, des 
Brefs pontificaux et autres documents relatifs aux Chrétiens d Orient, un 
panégyrique de saint Jean Chrysostome, des discours d’Isocrate, etc. 

« 

* * 

Nous pensons en avoir assez dit pour montrer aux membres de 1 actuel 
Institut d’Égypte l’intérêt qui s’attache à ce manuscrit, écrit par un membre 
du premier Institut fondé par Bonaparte. 

Mais cette étude sommaire n’est à nos yeux qu’une simple introduction 
à une œuvre de plus grande envergure dont la réalisation nous parait s im- 
poser : la publication, intégrale ou abrégée suivant le cas, des documents 
eux-mêmes et en premier lieu des renseignements inédits que nous ap- 
porte, sur les hommes et les choses de l’Expédition d Egypte, ce curieux 
recueil si inopinément rendu à la lumière. 

BIBLIOGRAPHIE DES OUVRAGES DE DON RAPHAËL. 

1. _ OjjM' 

. Vo ^ ^ ® 

Desgenettes, Avis sur la petite vérole régnante^ adressé au divan du Caire, avec une 
traduction en arabe par Raphaël , le Caire , an VIII. 

2. — Les Bédouins ou Arabes du Désert, ouvrage publié par Mayeux, d'apres les 
notes inédites de Don Raphaël, Paris, i8i6, 3 volumes, in-i6. 


UN MANUSCRIT AUTOGRAPHE DE DON RAPH AËL. 35 

3. ^ YY^A ^AYt J 

Diztonario italiano e aralo, le Caire (Boulaq), 1288 Hégire (1822), in-4*. 

4. — . b ibüük»Vl 4 — âJIt <pL*é> <pU*<? 

• ^AYr — ^YrA jVji — 

5. — Machiavelli, Il Principe, traduit en arabe par Don Raphaël (Manuscrit con- 
serve à la Bibliothèque Royale, Section Arabe, Histoire, û* 435 ). 

Charles Bachatly. 


M. Macquer, Vart de la teinture en soie, Paris, 1808, in-S®. 

Cf. a propos de cet ouvrage : T. X, Bianchi, Catalogue général des livres arabes, persans 
et turcs, imprimes a Boulac en Égypte depuis ^introduction de V imprimerie dans ce pays , dans 
Journal asiatique, Paris, 4“ Série, i843, t. II, p. 3 j. 


1 





h 

j 


COMPTE RENDU 


DE MA MISSION 

AUX DEUX CONGRÈS INTERNATIONAUX 
DU BÉTON ET BÉTON ARMÉ 
ET DE LA CONSTRUCTION MÉTALLIQUE 
TENUS A LIEGE DU 1“" AU 7 SEPTEMBRE 1930 

PAR 

M. FARID BOÜLAD BEY 

A Toccasion de la récente Exposition Internationale de la Grande Indus- 
trie, des Sciences et Applications de Liège, pour commémorer le Centenaire 
de l’Indépendance de la Belgique, divers congrès internationaux industriels , 
scientifiques et techniques se sont réunis dans cette, ville qui est, au point 
de vue industriel, Tun.des fleurons de la Couronne Belge. 

C’est ainsi que se sont tenus à Liège, du i®'’au 7 septembre dernier, les 
deux Congrès du Béton et Béton armé et de la Construction métallique où 
les spécialistes de tous les pays du monde vinrent communiquer leurs re- 
cherches sur les grands problèmes à l’ordre du jour. Ils discutèrent aussi 
les questions vitales pour l’industrie au sujet des matériaux employés dans 
les ouvrages en béton armé et dans les constructions métalliques. 

Les congressistes purent se rendre compte de l’état d’avancement de la 
technique de ces matériaux : appareils et instruments de recherches et de 
mesure, méthodes de travail et documentation nouvelle relative aux ques- 
tions traitées. 

Ces deux congrès ont eu lieu en même temps que le Congrès de Méca- 
nique Générale et ont été tous les trois fusionnés, en quelque sorte, en un 


Communication présentée à riiislitut dans sa séance du 2 3 février i93i. 


38 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


congrès unique sous le Haut Patronage de S. M. le Roi des Belges et avec 
le concours de Son Gouvernement. Ils furent inaugurés par M. Lippens, 
Ministre des Travaux publics. 

Des comités composés de la Science moderne furent constitués comme 
suit : 

i'* Un Comité National d’Honneur et de Patronage, comptant les plus 
hautes autorités politiques, scientifiques, industrielles, administratives et 
intellectuelles de la Belgique, 

3 ** Un Comité exécutif d’organisation de ce premier Congrès du Béton 
et Béton armé, ayant pour Président le vénéré et savant M. le Prof, Keelhoff, 
pour Secrétaire général le distingué et dévoué théoricien M. le Prof. 
Campus et pour Secrétaire M. l’Ingénieur Expert M. Soubre. 

3** Un Comité exécutif d’organisation du Congrès de la Construction 
métallique, ayant pour Président l’éminent Prof. M. François et pour Secré- 
taire général M. le Prof. De Marnelfe. 

Un Comité de Patronage étranger, ayant pour Président pour cha- 
cun de ces deux Congrès les deux plus grands spécialistes et techniciens 
du monde, M. le Prof. Mesnager, Membre de l’Institut de France et Pré- 
sident de l’Association Internationale des Essais des Matériaux, et M. le 
Prof. Rohn, Président de l’Association Internationale des Ponts et Char- 
pentes et du Conseil de l’Ecole Polytechnique fédérale de Zurich , et comme 
Membres les délégués et savants spécialistes de vingt-cinq pays étrangers. 

Notre Institut, ayant reçu en décembre 1929 une invitation officielle à 
ces deux Congrès, a bien voulu me faire le grand honneur de me désigner 
avec mon confrère M. Limongelli pour l’y représenter. 

Je regrette que M. Limongelli ait été empêché par une maladie qui l’a 
mis hors d’état de me rejoindre à ces deux Congrès. J’ai donc rempli seul 
la mission que notre Institut a bien voulu me confier et me permets aujour- 
d’hui de vous rendre compte sommairement des travaux d^ ces deux Con- 
grès et de la part active que j’y ai prise. 

Plus de trente Etats étaient officiellement représentés à' ces deux Con- 
grès. Plus de six cents Membres effectifs et délégués ont participé au 


COMPTE RENDU DE DEUX CONGRÈS INTERNATIONAUX. 


39 


Congrès du Béton armé et trois cents Membres effectifs et délégués ont 
participé au Congrès de la Construction métallique , se répartissent sur les 
diverses Contrées de l’Univers. 

Si Ton devait tenir compte des personnes qui accompagnèrent les Con- 
gressistes et des membres associés et invités officiels, on dépasserait le 
chiffre très élevé de mille participants à ces deux Congrès , qui ont réuni à 
Liège les sommités les plus illustres du monde entier. On y rencontrait 
même des délégués de pays aussi éloignés que le Japon, la Bolivie, la 
Colombie , etc. 

Ces Congrès eurent dans leur ensemble un grand succès et furent féconds 
dans leurs résultats, car la collaboration y fut brillante et effective, et les 
travaux présentés dans les diverses séances ont été considérables et du plus 
haut intérêt. Pour le constater, on n’a qu’à parcourir la liste des mémoires 
présentés, leurs résumés, les mémoires imprimés, les travaux des rap- 
porteurs généraux sur l’examen de ces mémoires et les procès-verbaux 
des séances. 


PROGRAMMES DES TRAVAUX. 

I. Congrès du Béton armé. Ce Congrès était divisé en deux Sections : 

La première traita des questions relatives au calcul, à la règlementation 
et à la conception des ouvrages en béton armé, 

La seconde traita de l’exécution : mise en œuvre des matériaux, outillage, 
surveillance des chantiers, entretien, etc. 

Les questions mises à l’étude furent : 

Première Section : 1 ® le Béton freüé; â" Étude théorique et expérimen- 
tale des dalles, toitures, coupoles de grande portée en béton armé; 3° les 
grands ouvrages en béton et en béton armé; 4° le retrait et les variations 
thermiques dans les ouvrages en béton et en béton armé et dispositions 
adéquates. 

Deuxième Section : 5** L’architecture du béton et béton armé; 6 ^^ La com- 
position, la fabrication et la mise en œuvre du béton et du béton armé sur 


40 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


les chantiers, et leur contrôle; 7° Les pièces en béton moulées en série 
(tuyaux, poteaux, traverses, etc.); 8** Emploi du béton et du béton armé 
dans les Colonies. 

II. Congrès de la Construction Métallique. Ce Congrès était divisé en 
trois sections : 

i*"® Section : Matières et Assemblages. 

3® Section : Les Constructions élevées. 

5" Section : Ponts, Ecluses, Barrages, etc. 

Les questions mises à l’ordre du jour furent : 

Pour la i*"® Section : 1° Matière, (a) Qualité des aciers, coefficient de 
sécurité et limite de fatigue; 2” Profilés de grandes dimensions; 3® Assem- 
blage : (a) Rivure; (ô) Soudures; 4° Lutte contre la rouille; 5° Action 
du vent sur les constructions élevées; 6® Auscultation des constructions 
métalliques. 

Pour la 2® Section, (d) Hangars d’aéronautiques; (e) Halles de grandes 
portées, etc.; (y) Buildings; (g^) Chevalements de mines. 

Pour la 3® Section, (a) Evolution des ponts; (ô) Poutres Vierendeel; (r) 
Ponts mobiles : (a) Théories, Auscultation; (ô) Batardeaux et palplanches; 
(y*) Portes d’écluses; (g) Barrage à vannes. 

TRAVAUX DES CONGRÈS. 

Les travaux de ces deux Congrès comportent les mémoires présentés par 
les auteurs sur les questions ci-dessus, les Analyses des rapporteurs géné- 
raux chargés d’examen des mémoires, et les Procès-verbaux des séances 
techniques donnant les discussions et les échanges de vues qui eurent lieu 
durant les Séances. 

Les communications furent faites en français, en anglais et en alle- 
mand, mais c’est le français qui fut adopté comme langue officielle. 

Le nombre des mémoires présentés au Congrès du* Béto^ armé est de 
cent deux, formant un ensemble de plus de mille pages, et celui des travaux 


COMPTE RENDU DE DEUX CONGRÈS INTERNATIONAUX. 


41 


des rapporteurs est de huit. Le tout constitue une documentation du plus 
haut intérêt. 

Le nombre des communications présentées au Congrès de la Construc- 
tion Métallique est de soixante-douze et celui des travaux des rapporteurs 
généraux est de dix. 


SÉANCES TECHNIQUES. 

Ces deux Congrès ont tenu à l’Université de Liège leurs séances con- 
sacrées aux questions des programmes ci-dessus et aux mémoires présentés. 

Chacun de ces deux Congrès a tenu dix séances techniques du i®"" au 5 
septembre 1980. Chaque séance du Congrès du Béton armé fut dirigée 
par un Bureau de trois présidents et un rapporteur général. 

En général, les travaux des rapporteurs généraux étaient documentés et 
méthodiques et ont soulevé des discussions très intéressantes. 

Les séances du Congrès du Béton armé consacrées notamment aux ques- 
tions : Étude théorique et expérimentale du Béton armé, t architecture du Béton 
armé, Entreprise la veille, les grands ouvrages en béton armé, le Béton armé 
dans les Colonies, la résistance et r élasticité du béton et des piliers, remploi du 
béton dans divers travaux, etc., furent suivies avec attention par un nombreux 
auditoire et les questions traitées furent l’objet de discussions des plus fruc- 
tueuses par de nombreux orateurs. Des films et projections lumineuses 
rehaussaient l’intérêt de ces séances. 

La séance consacrée à la question II de ce Congrès, Entreprise la veille, 
fut la plus animée et la plus intéressante. M. Fressynct, Téminent construc- 
teur français du grand viaduc de Plougastel, le plus grand pont en ciment 
armé du monde dont les arches mesurent 180 mètres de portée, a exposé 
ces conceptions toutes nouvelles et sa démonstration de la possibilité de 
construire des ponts en béton armé atteignant mille mètres d’ouverture au 
moyen d’arches en béton armé, comme cela a été réalisé en Amérique avec 
un pont suspendu pour la traversée de THudson. 

L’exposé de M. Fressynet a suscité un débat très animé entre lui et les 
plus grands savants spécialistes du monde. 

La projection en séance plénière d’un beau film relatif à l’exécution du 


42 


BULLETIN DE LTNSTITUT D’ÉGYPTE. 


grand pont de Plougastel et des clichés montrant ce pont achevé a valu à 
son auteur une ovation prolongée. 

Une séance a été consacrée uniquement à l’étude des divers mémoires 
présentés par la Délégation Italienne sur diverses questions du Béton armé. 
Dans celte réunion le Président a souligné le remarquable intérêt de leur 
contribution. 

Les séances du Congrès de la Construction Métallique, consacrées no- 
tamment aux questions les procédés assemblage ^ la lutte contre la rouille, les 
auscultations des constructions mélalliques, les constructions spéciales, les ponts 
mobiles, théories, etc, ont été suivies avec le plus vif intérêt par de nombreux 
congressistes et ont soulevé les discussions les plus animées et les échanges 
de vues les plus fructueux. 

De savants professeurs étrangers exposèrent des idées personnelles au 
sujet des ponts mobiles. 

Dans la séance consacrée à la construction des grandes dimensions, l’as- 
semblée a été vivement intéressée par les différents films présentés, entre 
autres celui sur les gigantesques gratte-ciel américains. 

Aux séances des deux Congrès ci-dessus, les présidents félicitèrent les 
rapporteurs et savants auteurs belges pour leurs remarquables travaux et 
soulignèrent les succès couronnant les efforts des organisateurs de ces deux 
Congrès et les progrès considérables réalisés par la Belgique en ces der- 
nières années dans les divers domaines du Béton armé et de la Construc- 
tion métallique. 

Pour sa part, votre délégué a eu le grand honneur de participer à la 
présidence de la i"*® séance du Congrès du Béton armé, consacrée à la ques- 
tion II, Etude théorique et expérimentale du Béton armé (voir numéro du Jour- 
nal La Meuse du 2 septembre dernier), séance tenue le 1 ®^ septembre à 
rUniversité de Liège. Il a fait à cette séance une modeste communication 
relative au mémoire présenté par M. le Prof. Rieger sous le titre ^Calcul 
de Constructions hyperstatiques en béton armé par la méthode des moments sta- 
tiques fictifs, etc, 7), Sa communication paraîtra dans les procès-verbaux de 
ce Congrès. 

En outre, votrê délégué a été invité officiellement à diriger comme Pré- 
sident d’honneur la séance de la Section II du Congrès de la^ Construction 
métallique, consacrée aux ponts mobiles et écluses, qui s’est tenue le 2 


COMPTE RENDU DE DEUX CONGRÈS INTERNATIONAUX. 


43 


septembre dernier {^Gazette de Liège du 3 septembre dernier). Il a fait à 
cette séance une conférence «5wr le calcul des poutres principales des ponts 
tournants sur couronne de galets 77 , qui fut publiée par ce Congrès avant ses 
séances. Il a pris également part aux discussions qui ont eu lieu dans cette 
séance. 

L’invitation faite à votre délégué par les Comités de ces deux Congrès à 
participer à la présidence des séances ci-dessus est une marque de la haute 
considération dont jouit notre Institut auprès des savants belges. 

Les travaux de ces deux Congrès furent agrémentés de réceptions offi- 
cielles, de banquets, de bals en l’honneur des Congressistes, auxquels 
prirent une part active l’Association des Ingénieurs A. I. de Liège, les 
Chambres de commerce, les Cercles industriels, la Municipalité, la Com- 
pagnie Internationale des pieux Frankignoul. Les Congressistes visitèrent 
aussi certaines grandes usines, notamment les établissements Cokerill, 
Ougré Manhaye, etc. 

Dans toutes ces réceptions, votre délégué fut l’objet d’un accueil bien- 
veillant et flatteur tant de la part des organisateurs de ces Congrès que des 
délégués étrangers et des personnalités belges. 


SÉANCE DE CLÔTURE. 

Cette séance a eu lieu à l’Université de Liège sous la Présidence de M. le 
Prof. Keelhoff d’abord et celle de M. Mesnager ensuite. 

Dans cette séance l’Assemblée a émis le vœu de fonder une association 
des constructeurs du Béton armé indépendante de celle des constructeurs 
de Charpente métallique et tenant des Congrès distincts , mais il ne fut pas 
donné suite à ce vœu, car il a été décidé, après discussion, que cette ques- 
tion serait renvoyée à l’examen du Comité de la Construction métallique. 

Je suis heureux de remettre à notre Institut le numéro du grand Journal 
belge La Meuse du 8 septembre dernier dans lequel vous trouverez publiée 
l’allocution sur l’œuvre belge en Egypte que votre délégué prononça lors 
d’un dîner offert par les Comités d’Organisation et réception des trois Con- 
grès internationaux (Béton et Béton armé. Construction Métallique et Mé- 
canique générale) en l’honneur des délégués étrangers. Cette allocution 


44 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’EGYPTE. 


fut signalée le 1 1 septembre dernier par l’Agence Havas à la presse égyp- 
tienne. Je me permets de vous lire l’article publié sur cette allocution par 
ce journal. 


ff Beaucoup de discours ont été prononcés lors de ces Congrès dont l’importance au 
point de vue du développement de l’industrie nationale et internationale ne peut 
échapper à personne. Il n’est pas possible de les reproduire tous , encore que tous aient 
leur intérêt. Il en est un cependant qu’il n’est pas possible de passer sous silence parce 
qu’il émane d’un homme de science, grand ami de la Belgique, M. Farid Boulad bey, 
délégué de l’Institut d’Égypte, et qu’il rend nn hommage éclatant à la science, à l’acti- 
vité et aux méthodes belges en ce pays. 

rrll a été prononcé par M. Boulad bey lors d’un dîner offert aux délégués étrangers. 
Le voici in extenso : 

Excellence , 

Mesdames, Messieurs, 

L’Institut d’Égypte, fondé au Caire par Napoléon et Monge il y a i3â ans et que 
S. M. Notre Roi Fouad P" daigne patronner et encourager avec tant de sollicitude, a 
été très honoré d’avoir été invité à participer à vos Congrès, et m’a chargé de vous 
présenter l’expression de sa sympathie la plus cordiale et de vous transmettre ses sen- 
timents de sincère gratitude. 

La participation de l’Institut d’Égypte est la meilleure marque de sa profonde estime 
et de sa grande admiration pour la Belgique ainsi que de sa reconnaissance pour la 
part prépondérante que vos concitoyens établis sur le soi d’Egypte ont prise dans la 
renaissance remarquable de notre pays. 

C’est d’ailleurs cette reconnaissance que l’Égypte tout entière a témoignée avec joie 
à LL. MM. le Roi Albert et la Reine Élisabeth lors de leur récente visite, les remer- 
ciant eu même temps de Paccueil inoubliable fait à notre Souverain à Bruxelles, en 
1907. 

Chose remarquable : la colonie belge en Égypte comprend à peine cinq cents 
membres et son œuvre intellectuelle agricole , industrielle et financière est considérable. 

Vous avez apporté votre pierre juridique, pédagogique et scientifique* à l’édifice 
égyptien moderne. Vous participez à l’exercice des Tribunaux mixtes. Procureurs gé- 
néraux , présidents , conseillers et juges beiges continuent à donner aux Tribunaux de 
la Réforme et aux Tribunaux indigènes, leur prestige et leur éclat. Citons les Adolphe 
de Vos, les Brower, les Timraermans, les de Huits, les Eeman, les Van den Bosch, 
les Wathelet, lés Van Ackere, les Soudan, etc. Et le prétoire voit triompher des avocats 
tels que Carton de Viart et Merzbach bey. 

L’Université Égyptienne, fondée par notre bien-aimé souverain Fouad P' protec- 
teur et rénovateur des Sciences et des Arts, appelle vos professeurs éminents, MM. Gré- 


COMPTE RENDU DE DEUX CONGRÈS INTERNATIONAUX. 


45 


goire, Hostelet, Graindor, pour y donner leur précieux enseignement, tandis que 
parallèlement, en Belgique, se poursuivent des recherches égyptologiques sous les 
auspices de la Reine Élisabeth. 

Au point de vue agricole, toute une partie de la Basse-Égypte doit sa fertilité à 
l’effort de puissantes sociétés belges. La Société Anonyme Agricole et Industrielle , la 
Société Agricole du Nil, la Gharbieh Land C®, etc., qui ont acquis, amendé et loti de 
vastes superficies de terrain, les dotant de routes, de canaux d’irrigation et de drai- 
nage et y introduisant des procédés d’exploitation modernes. 

Au point de vue industriel , l’œuvre de vos concitoyens en Égypte n’est pas moindre. 
Les tramways du Caire et d’Alexandrie sont leur création. De même que les chemins 
de fer de la Basse-Égypte. 

La Société Baume et Marpent construit des ponts sur le Nil, en particulier le beau 
pont d’Embabeh au Caire, le plus important d’Égypte. 

La ffBrugeoise et Nicaisew fournit et pose le grand comble métallique de la nouvelle 
gare d’Alexandrie. 

Et une ville entière , à Héliopolis , en plein désert aux portes du Caire , a été créée 
par le regretté Général Baron Empain avec ses rues larges , ses maisons habitées par 
3o.ooo habitants, ses monuments au style arabesque si original. C’est au grand Baron 
qu’on doit le splendide Palais Hindou, la Basifique et l’immenae Palace Hôtel dont le 
hall rappelle le palais des Califes , et enfin le Métropolitain qui relie cette ville à la 
grande capitale de l’Égypte, 

Sous l’impulsion de M. Rolin et de ses compatriotes, la Société Belge Égyptienne, 
l’Anglo-Belgian Cy. , la Compagnie Immobilière d’Égypte, la Société des Kobbah Gar- 
dens font naître au Caire des quartiers entiers modernes et étendent même leur activité 
sur les banlieues qu’elles transforment en cités-jardins. 

D’autre part, outre toutes les sociétés spécifiquement belges, vos compatriotes parti- 
cipent activement à la vie de plusieurs puissantes sociétés comme les Sucreries et Raf- 
fineries d’Égypte, que dirige avec tant de compétence M. Naus bey. 

Au point de vue financier, citons la Banque Belge Internationale d’Égypte , qui con- 
tribue si utilement au développement de notre pays. 

Gomme vous le voyez, de nombreux liens intellectuels et économiques unissent l’É- 
gypte à votre pays; aussi avons-nous tenu, en cette occasion, à rendre hommage au 
concours précieux que l’active colonie belge apporte à l’Egyple. 

Au nom de l’Institut d’Égypte , je présente les félicitations les plus sincères aux 
organisateurs de vos Congrès et de vos Expositions qui ont obtenu un si grand succès, 
et qui contribueront fortement au progrès de la science et de l’Industrie tout en por- 
tant bien loin , dans le monde entier, le beau renom de la noble Belgique. 

Farid Boulad. 



L’OUVRAGE GÉOPONIQUE 

D’ANATOLIUS DE BÉRYTOS (IV SIÈCLE) 

MANUSCRIT ARABE DECOUVERT PAR 

LE R. P. PAUL SBATH^^^ 

J’ai l’honneur d’annoncer aux honorables membres de l’Institut d’Egypte 
la découverte, en texte arabe, du fameux livre géoponique, composé en 
grec par Anatolius de Bérytos au iv® siècle. 

Les Géoponiques sont les ouvrages qui traitent de l’ensemble des con- 
naissances relatives à la culture des champs et à l’élevage du bétail. On a 
introduit dans ces ouvrages des prédictions météorologiques et des pres- 
criptions plus ou moins superstitieuses contre les maladies des plantes et 
des animaux et contre les intempéries. 

Voici ce que nous connaissons des anciens livres géoponiques, en grec, 
en syriaque , en arménien et en arabe. 

I. En grec. — Les Géoponiques grecques de l’antiquité classique sont, 
sans exception, perdues. Cassius Dionysius (88 après J.-C.) a traduit en 
grec un ouvrage du carthagin^^is Magon en 20 livres. Diophanès et Asinius 
Pollio de Tralles,vers 100 après J. -G., en ont fait des extraits. Ces ouvrages 
sont également perdus. Au iv® siècle il y avait deux compilations, qu’on 
appelait géoponiques : l’une est due à Vindanius Anatolius de Bérytos 
(Beyrouth) précité, en 13 livres et paraît avoir été la meilleure compila- 
tion; l’autre est l’œuvre d’un certain Didymos d’Alexandrie. Aucune des 
deux n’a été conservée en grec. Mais il existe une compilation du vi® siècle 
par Cassianus Bassus le Scolastique, en 20 livres. Dans cette compilation 
on trouve de nombreuses citations d’Anatolius. Au x® siècle on a fait de cette 
dernière compilation une autre pour la collection d’extraits scientifiques de 
l’empereur Constantin Porphyrogénète. 


Communication présentée à Tlustitul dans sa séance du a 3 février 1981. 


48 


BULLETIN DE LTNSTITUT D’ÉGYPTE. 


IL En syriaque, — Il existe dans cette langue un texte des Géoponiques, 
qui a été édité par M. de Lagarde : Geopomcorum m sermonem syriacum 
versorum quae supersuni, Leipzig 1860. Ce texte est mal conservé, en désor- 
dre, et il y manque le I®^ livre. C’est le texte même de Vindanius Anatolius. 


111 . En arménien, — La traduction arménienne des Géoponiques arabes , 
GirE Vastaboç, par le célèbre traducteur et médecin Mekhithar, a été pu- 
bliée en 1877 ^ Venise. 


IV. En arabe, — On connaissait jusqu’à présent dans celte langue deux 
textes, dont l’un est conservé dans une bibliothèque de Constantinople 
et a été traduit en arabe d’après une version persane des Géoponiques 
grecques, tandis que l’autre paraît avoir été directement traduit du grec par 
Sergios ben Hilya , au xi® siècle. Il existe trois manuscrits de ce texte : l’un 
est à Leide ftCod. 4 iA Warn??, Tautre est à la Bibliothèque de l’État à 
Berlin k Ahlwardt N® 6 ao 4 et le troisième est à Oxford, k B ibliothecae 
Bodleianae Cod. ASg». Ce texte a été publié au Caire en 1298 H. (1876) 
sous le titre En plus, d’après Hag Khalifa, 


et Ibn Abi Osseibia 

(\X11 ^ X** ^ Olïi? J existait encore qua- 

tre autres versions arabes qui ne nous étaient pas parvenues : l’une est due 
à un certain Eustalhe, l’autre à Yahya ben Adi (t 97/1 J.-C.), la troisième 
à Honein ben Ishak (t873 J.-C.) et la quatrième à Kosta ben Louka 
(t 998). 11 est très probable que celles de Yahya ben Adi et de Honein 
ben Ishak sont apocryphes, et il est sûr que le nom de Kosta ben Louka 
n’est qu’une mutilation du nom de Cassianus Bassus ^ 

Cette méprise a été commise par d’anciens copistes et a échappé à l’édi- 
teur du susdit ouvrage au Caire. Reste la quatrième, qui est de la plume 
d’Eustathe et dont jusqu’à présent aucun exemplaire n’avait été découvert. 

J’ai eu la chance de trouver en Égypte et d’acquérir un manuscrit inti- 
tulé Kitab filahat el-ard par Abtrolius 


est sans doute une mutilation du nom d’ Anatolius. Ce manuscrit est daté 
du 1 1 Chaabân 889 H, (28 février i 486 ) et conservé dans un parfait 
état. C’est, d’après la préface, t^une compilation faite, par l’auteur, des 


L’OUVRAGE GÉOPQNIQUE D^ANATOLIÜS DE BÉRYTQS (IV* SIÈCLE). 49 


ouvrages d’Hippocrate , d’Aristote, d’Érasistrate , d’Hérodote, de Démocrite, 
de Galien, d’Africanus, de Plutarque, d’Apulée, de Solion et d’Asclépion ». 
Il est dit, eu plus, qu’il se trouve de cet ouvrage que très peu d’exem- 
plaires entre les mains du public et qu’il a été extrait et traduit par le 
Patriarche d’Alexandrie, l’Archevêque de Damas et le moine Eustathe, et 
que la traduction a été faite du grec en arabe pour Yahya ben Khalid ben 
Barmak au mois de Rabi-el-Akhar 179 H. (795), 

Le Patriarche en question est, sans doute, Politianus , qui, d’après 
l’historien Saîd ibn Batrik ^ 

^ OX Cf} Osseibia 

AX' < AX X occupa le siège d’Alexandrie pendant 46 ans. 

C’était un médecin et un savant. Ayant guéri une favorite d’Haroun er- 
Rachid , il obtint de lui une forte somme , et la reprise de toutes les églises 
que les Jacobites avaient arrachées aux Grecs. Il est mort en 186 H. 
(809 de l’ère chrétienne). Quant au nom d’Eustathe, il a été également 
estropié dans le texte. Saîd ibn Batrik raconte que le dit Eustathe exerçait 
le métier de batteur de lin. Ayant découvert un trésor dans son atelier, il 
se fit moine dans le couvent de Kosseir, dont il devint ensuite le supérieur. 
Il y construisit une église dédiée aux Saints Apôtres et une résidence épis- 
copale. Après la mort de Politianus, il lui succéda sur le siège patriarcal 
d’Alexandrie, qu’il n’occupa que quatre ans, et mourut ^ jU^ 

oX Ibn Abi Osseibia (X*l \ ïc classe dans 

la catégorie des traducteurs médiocres. Nous possédons d’Eustathe un 
ouvrage d’apologétique transcrit en 1018 des Martyrs (1801 de J.-C.) 

et intitulé olkwl 5 JL»j Bibliothèque de Manuscrits Paul Sbalh, 

n® 1011, Le Caire, 1998». Pour l’Archevêque ci-dessus indiqué nos re- 
cherches n’ont abouti à aucun résultat. Pour ce qui est de Yahya ben Bar- 
mak, nous savons qu’il a été le fameux grand vizir d’Haroun er-Rachid. 

L’exactitude des dates est frappante dans notre ouvrage. Plusieurs in- 
dices parlent en faveur de l’antiquité de la traduction : la transcription 
des noms grecs, par exemple, est assez exacte (sauf les mutilations ulté- 
rieures des copistes). Le nom d’Hippocrate, entre autres, qui à partir du 
Bulletin de VInstiiut d^Egypte^ t. XllI. 4 


50 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


nf siècle de THégire se trouve toujours rendu par Pokrat , se rencon- 
tre ici sous la forme plus correcte de Pokratis De plus, les sections 

de ce livre ne sont pas désignées par le mot makâla, 4 J\a4 , ou hâh, 

comme cela se fit plus tard, mais par le mot mushaf qui aussi, 

à partir du iii* siècle, est conservé uniquement pour désigner les copies du 
Coran. 

Le traité est, comme nous avons dit, divisé en douze livres ou sections, 
mais malheureusement à partir du 7 ® livre on y rencontre un grand dé- 
sordre. Gela ne nous étonnera pas, puisque Poriginal grec était déjà en 
désordre, comme du reste toutes les Géoponiques grecques de l’époque hel- 
lénistique. 

J’ai comparé le texte arabe avec les extraits grecs qui se trouvent épar- 
pillés dans les Cassiani Bassi Scholastici Geoponica, ed. H. Beckh, Leipzig 
i8q5. J’ai pu constater que notre texte arabe constitue non pas une tra- 
duction, mais un extrait abrégé du texte original d’Analolius. J’ose espérer 
que néanmoins mon texte arabe, qui est le premier trouvé dans cette lan- 
gue, attirera l’attention des savants. 

Je dois à l’amabilité de mon ami le D'' Meyerhof plusieurs de ces ren- 
seignements, en particulier ceux qui sont tirés des livres allemands. 

Voici maintenant le texte arabe des six premières pages de notre livre : 

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L’OUVRAGE GÉOPONIQUE D’ANATOLIUS DE BÉRYTOS (IV SIÈCLE). 


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52 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


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L’OUVRAGE GÉOPONIQÜE D’ANATOLIUS DE BÉRYTOS {IV SIÈCLE). 53 


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BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


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Le manuscrit est composé de 168 pages, dont chacune compte i 5 
lignes. L’écriture est très belle. Hauteur, 2 5 centimètres; largeur, 17 
centimètres. 

Paul Sbath. 


PLANCHER ccDOKOS” 

EN BRIQUES CREUSES ET BÉTON ARMÉ 
SANS COFFRAGE NI BOISAGE^'’ 

(avec 1 planche) 

PAR 

M. SOCRATE APOSTOLIDIS 

INGENIEUR-ARCHITECTE . 

Tous ceux qui s’intéressent à l’art du bâtiment connaissent la place con- 
sidérable que le béton armé occupe dans la construction et aucun d’eux 
n’ignore que la rapidité avec laquelle il a conquis cette place est due aux 
nombreuses qualités de ce matériau. 

Ce mode de construction se modifie et se développe d’une façon très ra- 
pide par les divers perfectionnements journaliers qu’on introduit aussi bien 
aux méthodes de calcul qu’à celles d’exécution. 

Une des principales caractéristiques de ce matériau est la souplesse avec 
laquelle il résout tous les problèmes qui se posent journellement dans la 
pratique de la construction. Il s’adapte aussi bien au bâtiment civil qu’aux 
travaux publics et il donne toujours la solution élégante et sûre, détrônant 
ainsi les matériaux anciennement employés, bois, métal ou maçonnerie. 

Toutefois, un des problèmes qui ont le plus occupé notre attention du- 
rant les dernières années est la répercussion énorme du coût des coffrages 
sur le prix de revient des travaux de construction en béton armé, et les 
inconvénients que ces coffrages présentent. 

Ce facteur prend une très grande importance, surtout dans les pays non 
producteurs de bois, où celui-ci revient à un prix élevé et n’est pas toujours 
disponible en quantités suffisantes. 

En effet, et surtout pour les planchers creux, le coût des coffrages ne 
représente pas moins d’environ 20 0/0 de l’ensemble, ce qui, pour les 


Communication présentée à ITnstitut dans sa séance du 28 février 1981. 


56 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


grandes constructions, entraîne rimmobilisation de capitaux importants I 
pendant de longues périodes et nécessite en outre des frais sérieux pour 
emmagasinage, transport, gardiennage, etc. 

Enfin, l’emploi des ciments usuels demande, avant le décoffrage et 
l’utilisation des ouvrages, un laps de temps qui n’est jamais inférieur à trois 
semaines. 

Avant d’examiner comment ces inconvénients pourront être éliminés, il 
nous paraît utile de dire quelques mots sur les éléments constitutifs du 
béton armé et leur rôle. 

Le béton armé est un matériau de construction constitué par l’associa- 
tion intime de deux corps : le béton et l’acier. Ces deux corps exercent une | 

action commune contre les forces extérieures, et sont naturellement dispo- | 

sés de manière à opposer leur résistance le plus avantageusement possible | 

aux efforts intérieurs développés, le béton résistant surtout aux efforts de f 

compression , et l’acier aux efforts de tension. La liaison des deux corps 
est assurée par la simple adhérence du béton au métal pu par des moyens 
mécaniques très simples. 

Il ne faudrait pourtant pas se contenter de cette conception sommaire, 
car on ne saurait faire deux parts bien nettes, bien tranchées, des efforts et 
dire : ici ce sera de la compression et voici le béton qui s’y oppose; là ce 
sera de la traction et voilà le fer qui y fait face. 

Quand on analyse ce qui se passe dans une pièce fléchie, en béton armé, 
et qu’on examine la répartition des efforts, on constate que les fibres situées 
dans la région supérieure sont comprimées, alors que celles qui sont situées 
dans la région inférieure sont étirées. Les efforts changent ainsi de sens 
quand on passe de la face supérieure à la face inférieure et doivent néces- 
sairement passer par zéro à une certaine hauteur où se trouve une fibre 
qui n’est ni comprimée ni étirée et qu’on appelle la fibre neutre. Les efforts 
de compression partent de la fibre neutre et vont en augmentant au fur et 
à mesure qu’ils s’éloignent de celte fibre pour devenir maximums à la fibre 
la plus éloignée; ces efforts sont généralement équilibrés par la seule ré- 
sistance propre du béton. Les efforts de traction, au-dessous de la fibre 
neutre, ne sont équilibrés que par la seule résistance du fer ou de l’acier, 
la résistance du béton à la traction étant négligeable. En conséquence tous 
ces efforts de traction sont accumulés à l’emplacement du métal. 


PLANCHER «DOKOS» EN BRIQUES CREUSES ET BÉTON ARMÉ. . 


57 


De cela il résulte que la partie du béton située entre la fibre neutre et 
le métal forme une masse inerte, c’est-à-dire une masse qui n’est soumise 
à aucun effort; elle ne sert qu’à maintenir le métal à la distance voulue de 
la fibre neutre. 

Cette masse inerte de béton étant considérable par rapport à la section 
de la poutre, son poids présente des inconvénients sérieux dans la déter- 
mination des différents éléments des pièces en béton armé. 

Pour obvier à cet inconvénient, le remplacement de cette masse inerte de 
béton par des briques creuses en terre cuite a été envisagé dans le système 
dont la description va suivre. 

Avant la description de ce système il est nécessaire de savoir si l’intro- 
duction de la terre cuite dans les ouvrages en béton armé est possible et 
si malgré cette introduction, la pièce en béton armé peut être considérée 
comme homogène, condition essentielle pour l’application des principes 
de résistance des matériaux. 

Les nombreuses expériences faites en laboratoire, ainsi que celles résul- 
tant de la pratique des travaux (voir les notes de M. Athenont et de M. 
Laurenties sur les constructions en briques armées, soumises au Congrès 
technique international de la maçonnerie et du béton armé, mai 1928), 
montrent que l’adhérence de la brique et du fer par l’intermédiaire du ci- 
ment est parfaite, et que ce matériau travaille dans les conditions du bé- 
ton armé, parce que les coefficients de dilatation de ces divers matériaux 
sont presque identiques. 

Des essais, faits sur poutrçs en briques creuses armées, prouvent que le 
mortier s’allonge sans se fissurer, bien au delà de la limite d’élasticité du 
métal, tandis que la brique reste encore intacte au moment de la première 
fissure. 

Les diverses applications des briques en terre cuite pendant ces dernières 
années montrent qu’il y a là des éléments de construction nouveaux, inté- 
ressants et économiques. 

Les briques en terre cuite sont un matériau de premier ordre dont les 
propriétés isolantes sont appréciées depuis des siècles dans l’habitation. 

Avec les briques creuses en terre cuite, en plus de la diminution du 
poids des matériaux employés on évite la sonorité, le froid, la chaleur et 
l’humidité. 


58 


BULLETIN DE LTNSTITUT D’ËGYPTE. 


Les ouvrages revêtus avec des briques en terre cuite résistent mieux à 
l’incendie que ceux en béton armé, et en France, plusieurs Compagnies 
d’Assurances accordent à ces constructions un tarif plus réduit. 

II reste à savoir de quelle façon la terre cuite pourrait être introduite 
dans les constructions des planchers en béton armé, ou, mieux encore, 
comment pourrait se faire le mariage de ce matériau avec le métal et le 
béton. 

Jusqu’à présent, la terre cuite sous forme de briques creuses n’a été 
introduite dans les planchers en béton armé que dans le but d’alléger ces 
planchers, tout en rendant leur face inférieure unie par la disparition des 
poutres, et aussi pour rendre ces planchers insonores et mauvais conduc- 
teurs du froid et de la chaleur par la présence d’un matelas d’air isolant 
dans les briques. Ces planchers sont constitués par des poutres en béton 
armé parallèles ou croisées, reliées à la partie supérieure par une dalle 
également en béton armé, et les travées ou les panneaux formés entre ces 
poutres sont comblés par des briques creuses. De cette façon , la face infé- 
rieure des planchers est débarrassée de toute nervure apparente et devient 
unie. Tout en étant légers, ces planchers ne sont que partiellement inso- 
nores et mauvais conducteurs du froid et de la chaleur, car ces qualités ne 
se rencontrent que dans les travées ou les panneaux et elles font défaut aux 
emplacements des poutres dont la hauteur est égale à l’épaisseur du plan- 
cher. 

Il est à noter qu’avec la face inférieure unie du plancher obtenue par 
l’emploi de la terre cuite dans les travées et les panneaux on arrive à ré- 
duire sensiblement le coût des coffrages. Dans quelques systèmes on n’a 
besoin que d’un boisage horizontal alors que dans d’autres on se contente 
seulement d’un boisage partiel sous les poutres en béton armé. Le boisage 
horizontal est souvent préféré au boisage partiel sous les poutres. 

Dans le système dont la description va suivre, la suppression totale des 
coffrages et des boisages est obtenue. Ce système, dont je suis l’inventeur, 
a été exposé à l’Exposition Internationale de la Grande Industrie, Sciences 
et Applications de Liège iqBo et a été honoré d’un diplôme de médaille 
d’or décerné par le Jury International du Groupe XIX du Génie Civil, 
composé par des professeurs en béton armé à diverses ünfiversités et de 
réputation mondiale, des Ingénieurs en Chef et des Inspecteurs géné- 


PLANGHER «DOKOS» EN BRIQUES CREUSES ET BÉTON ARMÉ. 


59 


raux des diverses administrations et Sociétés , des présidents et des directeurs 
de diverses fédérations, chambres syndicales, groupements professionnels, 
services techniques divers, etc., etc. 

Dans ce système, la terre cuite ne remplit pas seulement les travées et 
les panneaux formés par les poutres, comme il est dit précédemment, mais 
elle forme l’élément intermédiaire entre la partie du béton travaillant à la 
compression et le métal; la terre cuite remplace ainsi la masse du béton 
située entre la fibre neutre et le fer ou l’acier. 

De cette façon, le plancher devient une simple dalle continue formée de 
trois éléments, béton de ciment, terre cuite et fer ou acier, parfaitement 
liés et formant un tout solidaire. 

En outre, la forme et les dimensions des briques en terre cuite emplo- 
yées dans ce système permettent de fabriquer directement sur le sol des 
éléments en forme de poutre, constitués par des briques armées. Ces élé- 
ments montés et assemblés sur place forment le plancher. 

Ce système de planchers en béton armé exécutés sans coffrages ni boi- 
sages est dénommé Planchers Dokos et la brique en terre cuite nécessaire 
à la construction de ces planchers porte le nom de brique Dokos (fig. 1). 

Dokos est un mot grec qui signifie poutre. Cette dénomination est due 
aux éléments en forme de poutre préparés sur le sol, comme il est dit plus 
haut. 

Les briques Dokos permettent la préparation sur le sol des poutres Dokos 
constituées par une série de briques liées entre elles au moyen de barres 
en acier logées dans les rainures et scellées au béton de ciment et gravier 
fin, le tout formant une pièce solidaire (fig. II). 

La légèreté, la forme et la présence des armatures dans ces poutres 
rendent celles-ci aptes au transport et au montage, et suffisamment résis- 
tantes pour supporter les charges accidentelles et momentanées jusqu’à 
l’achèvement complet des planchers. 

Ces poutres, placées l’une à côté de l’autre et recouvertes d’une chape en 
béton de ciment de l’épaisseur voulue, ne dépassant pas les 3 centimètres, 
forment les planchers Dokos (fig. III). 

La mônolithicité de ces planchers dans le sens transversal des poutres 
Dokos est assurée par des barres en acier placées sur la face supérieure des 
poutres avant le coulage de la chape en béton. 


60 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


Le système est aussi bien applicable aux murs en maçonnerie qu’aux 
ossatures en béton armé ou métalliques. 

La brique Dokos porte quatre rainures, deux en haut et deux en bas. 
Elle a 25 centimètres de largeur, 26 centimètres de longueur, et son 
épaisseur est variable. Sa largeur de 26 centimètres et ses deux rainures 
fixent le nombre des barres, formant l’armature du plancher, à 8 par mètre 
linéaire de section. La longueur de 26 centimètres rend l’emploi de la 
brique Dokos très pratique, car elle permet la construction des éléments 
dont la longueur est un multiple d’un quart de mètre. L’épàisseur de la 
brique Dokos est choisie suivant la portée du plancher à obtenir et les 
charges qu’on veut faire supporter. Plus la portée du plancher et les charges 
à faire supporter sont grandes, plus la brique Dokos doit être épaisse (fig. I). 

Le calcul des planchers Dokos est celui qui est suivi pour les planchers en 
béton armé formés d’une seule dalle, et l’essai, qui est au-dessus de toute 
théorie, l’a confirmé. 

Les différents essais ont prouvé également la non-nécessité d’étriers dans 
les planchers Dokos, ce qui est d’ailleurs justifié par l’absence des étriers 
dans les dalles en béton armé. 

A propos des étriers , Espitallier, dans son ouvrage Précis pour le calcul 
des ouvrages en béton armé, dit : est permis dans les dalles minces de 

supprimer complètement les étriers et dans les dalles épaisses de n’en 
mettre quç pour solidariser les barres d’armature avec les parties les plus 
éloignées de la masse du béton (sans calcul)». 

M. Mesnager, dans son ouvrage Cours de béton armé, faisant la critique 
de la Circulaire ministérielle, dit : 

ç^Nous avons vu que le béton ne se rompt pas par glissement, mais par 
arrachement, c’est un fait d’expérience, maintes fois vérifié. On n’a donc 
pas à envisager des armatures résistant efficacement au glissement longitu- 
dinal. Les armatures transversales, perpendiculaires à l’axe de la poutre, 
n’ont aucune action retardant la production des fentes. Il n’y a pas à tenir 
compte de ces armatures pour résister au glissement, elles ne peuvent inter- 
venir qu’après la production de la fissure. Le paragraphe Glissemmt et l’article 
6 des Instructions sont d’ailleurs visiblement inspirés de l’idée, contredite 
par l’expérience , que le cisaillement peut produire des fentes dans sa direc- 
tion. Ils auraient besoin d’être rédigés à nouveau. » 


PLANCHER «DOKOS» EN BRIQUES CREUSES ET BÉTON ARMÉ. 


61 


M. Magny, dans son ouvrage La construction en béton armé, au chapitre 
Calcul des armatures transversales, dit : «Dans les dalles et les poutres rec- 
tangulaires dont la section de l’armature est moins de 2 0/0 de la section 
du béton, les efforts d’adhérence et de glissement sont en général trop 
faibles pour qu’il y ait lieu de prendre des précautions spéciales contre ces 
efforts et de prévoir des armatures transversales ». 

Quoique le calcul des planchers Dokos soit le même que celui suivi pour 
les planchers en béton armé formés d’une seule dalle, les résultats obtenus 
aux essais prouvent que les planchers Dokos se comportent mieux que les 
planchers entièrement en béton armé, car les déformations sont moindres 
et en conséquence la résistance à la rupture des planchers Dokos est plus 
grande. 

A ce propos, il convient de signaler l’article de M. Fernand Dumas, Le 
béton armé et ses hypothèses, paru dans la Revue du Génie Civil du 6 et du 1 3 
décembre 1980. L’auteur de cet article fait la critique des diverses hypo- 
thèses qui ont servi à l’établissement des diverses circulaires officielles 
sur le béton armé. Il fait remarquer aussi les possibilités d’erreurs de nos 
calculs, suivant que nous adoptons telle ou telle règle, telle ou telle hypo- 
thèse. Entre autres, il dit que certains ingénieurs considèrent les différents 
articles des circulaires officielles, non plus comme une expression appro- 
chée de la vérité, mais comme une série de vérités intangibles. Finalement, 
il estime qu’il est nécessaire de réagir contre les procédés de calcul usuels , 
et il a entrepris dans ce but une série d’expériences destinées à préciser 
les propriétés réelles du béton armé ayant pour base la déformation. 

Les avantages des planchers Dokos sont : 

1. Suppression complète des coffrages et boisages coûteux et nécessitant un soin 

spécial. 

2 . Obtention de planchers creux mauvais conducteurs de la chaleur, du froid et du son. 

3 . Economie résultant de la légèreté du système. Cette économie s’étend aussi aux 

fondations et aux murs. 

li. Rapidité d’exécution. 

5 . Economie de temps dans la marche générale des travaux. 

6. Suppression des poutres apparentes sous plafond. 

7. Facilité de surveillance. 

8. Absence de main-d’œuvre spéciale. 

9. Adhérence parfaite de tous enduits. 


62 


BULLETIN DE LTNSTITUT D’ÉGYPTE. 


Pour mieux se rendre compte de la supériorité des planchers Dokos sur 
les planchers entièrement en béton armé en ce qui concerne la rapidité 
d’exécution et l’économie de temps dans la marche générale des travaux , 
il convient de constater le retard apporté à la construction d’un bâtiment, 
spécialement dans le cas d’un immeuble à plusieurs étages, par les coffrages 
nécessaires aux planchers entièrement en béton armé. Ceux-ci nécessitent 
un boisage important dont la préparation entrave et retarde l’exécution des 
travaux des planchers, et par suite, celle des maçonneries. En outre les 
étais des coffrages, qui doivent rester en place pendant un temps assez long, 
empêchent de livrer immédiatement les étages couverts aux entrepreneurs 
des différents corps de métier. 

Les planchers Dokos suppriment tous ces inconvénients. 

Il est important de noter aussi que l’emploi de la brique Dokos est illi- 
mité. Elle permet la construction de linteaux, piliers, arcs, voûtes, dômes, 
etc. Pour les arcs , voûtes , dômes , les éléments construits sur le sol ne se- 
ront pas des poutres Dokos mais des arcs Dokos, c’est-à-dire des pièces cin- 
trées au lieu de pièces droites. 

Il convient également de remarquer que l’Egypte est un pays non pro- 
ducteur de bois, mais que, par contre, ce pays remplit, de la façon la plus 
satisfaisante, toutes les conditions nécessaires au développement et à la 
prospérité de l’industrie de la terre cuite. Dans ce pays on trouve partout 
en abondance la matière première, qui est l’argile, et les planchers Dokos 
ouvriront à cette industrie un nouveau débouché. 

En ce qui concerne l’économie résultant de l’emploi des planchers Dokos, 
celle-ci est considérable lorsqu’il s’agit de planchers doubles employés pour 
les terrasses et pour la couverture des pièces importantes, telles que halls, 
salles à manger, salles de réception, salles de fêtes, etc. , où les architectes 
évitent les poutres apparentes qui ne répondent plus aux besoins de la 
décoration moderne. 

Un plancher double en béton armé, en plus des difficultés que sa cons- 
truction occasionne et de la surveillance attentive qu’elle nécessite, ne coûte 
pas moins de P. T. 65 au mètre carré, tandis que le prix moyen du plan- 
cher creux système Dokos est de P. T. ko au mètre carré. Ce prix sera 
beaucoup diminué par la fabrication en grande quantité deÿ briques Dokos 
lorsque le système sera plus connu et répandu. 


PLANCHER «DOKOS» EN BRIQUES CREUSES ET BÉTON ARMÉ. 


63 


Pour les planchers simples de portée moyenne, soit de û et 5 mètres, 
le prix du plancher Dokos est presque égal à celui du plancher entièrement 
en béton armé. Dans ce cas les qualités et les avantages des planchers 
Dokos doivent être pris en considération. Pour les planchers simples mais 
de grande portée, où le cube de béton est considérablement augmenté par 
la nécessité d’avoir des poutres en béton armé de grande section, le prix 
du plancher Dokos devient plus avantageux, et ceci en raison de la légèreté 
du système. 

Les briques Dokos sont actuellement fabriquées en Egypte par la maison 
bien connue S. Sornaga, avec de l’argile de premier choix. La fabrication 
excessivement soignée et la cuisson parfaite assurent la garantie d’obtenir 
des planchers idéaux. 

Les briques Dokos sont actuellement fabriquées en trois épaisseurs, de 
12 centimètres, de i6 centimètres et de 20 centimètres. Les briques Dokos 
de 1 2 centimètres d’épaisseur peuvent être employées pour des planchers 
jusqu’à 6 mètres de portée, celles de 16 centimètres pour des planchers 
jusqu’à *7 mètres de portée, et celles de 20 centimètres pour des planchers 
jusqu’à 8 mètres de portée. On pourra dépasser ces portées, mais alors la 
section actuelle des rainures de la brique Z)o/co5 devra être augmentée pour 
pouvoir y faire loger des barres en fer de diamètre plus grand à 1/2 pouce, 
diamètre maximum prévu pour les rainures actuelles, 

S. Apostolïdis. 


ANNEXE 

À LA COMMUNICATION DE M. S. APOSTOLÏDIS'"^ 

PAR 

M. FARID BOÜLAD BEY. 

M. Apostolidis, pour établir l’épaisseur de la chape en béton et les armatures de 
son plancher, applique la méthode usuelle de calcul des planchers entièrement en 
béton armé. 


Séance de l’Institut d’Egypte du q 3 février ig3i. 


64 


BULLETIN DE LTNSTITÜT D’ÉGYPTE. 


Il mcrite d’être signalé que la méthode usuelle de calcul des planchers en hélon 
armé s’applique mieux aux planchers système Dokos qu’aux planchers exécutés entiè- 
rement en béton armé et que le résultat obtenu pour les taux des fatigues des éléments 
des planchers système Bohos est plus exact que celui obtenu dans les planchers entiè- 
rement en béton armé. 

Gela est explicable par le fait que, dans le calcul des planchers entièrement en béton 
armé, on admet la suppression du béton tendu, alors que dans le calcul de leur dé- 
formation (flèche), on tient compte de ce béton tendu, car les expériences ont montré 
que dans les limites normalement admises pour les fatigues dans ces ouvrages , les dé- 
formations dans différentes pièces faisaient intervenir dans une certaine mesure la ré- 
sistance du béton tendu. 

En effet, dans les planchers système Dokos, les efforts intérieurs au droit des joints 
des briques se développent uniquement dans la chape en béton à la compression et 
dans les armatures inférieures à la tension. 

M. Apostolidis, pour s’assurer du degré de sécurité que présente son système, a fait 
des essais de son plancher à la flexion pour des dalles de 6 à 8 mètres de portée. En 
comparant la flèche relevée produite sous l’acliou des charges d’épreuves à celle don- 
née par le calcul, on a constaté une concordance de résultat du calcul avec la réalité. 

On pourrait objecter que la flèche relevée ne montre pas si les sections sont suffi- 
santes pour résister aux efforts de cisaillement ou d’adhérence. Les calculs faits par 
M. Apostolidis, et vérifiés par moi, montrent que ces sections travaillent dans de 
bonnes conditions de résistance à ces efforts. 

On trouvera dans le traité magistral du béton armé par M. Mesnager (mentionné 
dans la communication de M. Apostolidis) que dans les hourdis et les dalles sans ner- 
vures on n’a pas à envisager des étriers pour résister au glissement longitudinal, car 
ces étriers n’empêchent pas la production des fentes dans le béton et elles n’inter- 
viennent qu’après la production des fissures. De sorte qu’il suffit seulement de vérifier 
la brique dans le système de M. Apostolidis poiu* s’assurer qu’elle résiste seule à 
l’effort total de cisaillement longitudinal. 

On pourrait faire remarquer aussi que le système Dokos est un corps plus hétéro- 
gène et complexe que le béton armé , car il est constitué par l’association intime de 
trois corps, le béton, l’acier et la brique, tandis que le béton armé est constitué par 
le béton et l’acier, et qu’on n’a pas fait des expériences permettant d’au toriser à appli- 
quer à ce système de plancher la méthode usuelle de calcul fondée sur l’hypothèse 
bien connue de Navier qui admet rrqu’une section transversale quelconque dans une 
pièce prismatique reste identique à elle-même et normale à l’axe longitudinal pendant 
la déformationiî. 

Pour répondre à cette remarque , je me permets de rappeler ici les conclusions d’une 
étude que vient de publier dans Le Génie Civil de décembre 1980 M. Dumas, Ingé- 
nieur de l’Etat Français, sur Le béton armé et ses hypothèses, II conclut que rr l’hypothèse 
de Navier sur l’invariabilité des sections planes, sur laquelle reposent les méthodes de 


PLANCHER «DOKOS» EN BRIQUES CREUSES ET BÉTON ARMÉ. 


65 


calcul du béton armé, est inexacte pour le béton armé. Les résultats des théories ba- 
sées sur cette hypothèse seront donc en désaccord avec la réalité.» 

Je partage la manière de voir de M. Dumas et je trouve qu’on peut à la rigueur 
appliquer la méthode ci-dessus au calcul des planchers Dokos, 

D’ailleurs, le simple raisonnement suivant permet de montrer que l’application de 
cette méthode est plus indiquée dans le système Dokos que dans le cas des planchers 
ordinaires entièrement en béton armé. 

En effet, la ligne droite joignant les extrémités des déformations linéaires corres- 
pondant aux fatigues concentrées de la chape en béton et dans les armatures inférieures 
est précisément la trace du plan de Navier après déformation, tandis que dans le cas 
des planchers entièrement en béton armé cette ligne est courbe et pour la simplifica- 
tion du calcifl on la remplace pac une droite pour l’application de l’hypothèse de Navier. 

Je termine en disant que l’octroi au système de plancher inventé par M. Apostolidis 
de la médaille d’or à la récente Exposition Internationale de Liège pai’ un Jucy Inter- 
national de grande compétence, suffit à lui seul pour nous convaincre des qualités pra- 
tiques et techniques de ce plancher et de ses avantages sur les planchers ordinaires 
entièrement en béton armé. 

Par ce système une nouvelle idée est émise dont les applications ne tarderont pas 
à suivre. En plus des essais faits, satisfaisants, les calculs montrent que les divers 
matériaux constituant ce plancher travaillent à des taux normaux. 


Farid Boülad. 


Bulletin de Vlmtitut d^Egypte, t. XllI. 


5 


T 




LE DIEU CHED. 


L’ÉVOLUTION DE SON CULTE 

DANS L’ANCIENNE ÉGYPTE 

(avec 3 planches) 

PAR 

M. LE PROF. GRÉGOIRE LOÜKIANOFF 


L’histoire constate que les peuples conquérants adoptent parfois les 
cultes des dieux du pays vaincu en les assimilant aux leurs. 

J’ai consacré ce travail à l’étude de l’adoption du culte d’un dieu étran- 
ger — le dieu Ched — par les anciens Egyptiens. 

En recueillant les matériaux sur le dieu Ched, je me suis heurté à de 
grandes difficultés parce que jusqu’à présent personne n’a spécialement 
étudié cette question. 

Même dans les travaux fondamentaux sur la mythologie égyptienne, 
comme ceux de Brugsch, Lanzone, Budge et autres, nous ne trouvons 
aucune indication de i existence du dieu Ched. Le F. Lexa parle une 
seule fois en passant du dieu Chedeu dans son travail monumental ^La 
magie dans V Egypte antique}), publié en 1925. 


Gommumcation présentée à rinstitut dans sa séance du 9 mars 1931. 
Ce travail est dédié à l’Institut impérial d’archéologie à Moscou. 


5 . 


68 


BULLETIN DE L’INSTITÜT D’ÉGYPTE. 


Le prof. Ad. Erman fut le premier qui aborda celte question dans sa 
description d’une petite amulette du Musée de Berlin, portant limage du 
dieu Ghed, qu’il a considéré comme une des formes du dieu Ghou-Onouris. 

Plusieurs savants ont accepté celte identification sans songer a la con- 
tester. 

M. A. Moret, dans sa monographie Horus le sauveur, a simplement 
donné la traduction, pu plutôt la critique d’une traduction, du texte de la 
stèle magique du prince Metternich, faite depuis plus d’un demi-siècle par 
M. W. Golénischeff. 

L^absence complète de description critique et comparative de tous les 
matériaux concernant le dieu Ghed a eu pour résultat que MM. de Garis 
Davies, Daressy, Erman, Lange et d’autres savants, en mentionnant les 
monuments nouvellement trouvés qui portent l’image de ce dieu , n en ont 
donné que des descriptions bien incomplètes et correspondant parfois assez 
mal à la réalité. 

Intrigué par ce nouveau dieu non encore étudié, j’ai tout d’abord pensé 
à faire une description de tous les monuments montrant le dieu Ghed, 
connus dans l’égyptologie , ainsi que de ceux trouvés par moi, et ensuite 
à les comparer après les avoir classés par époques. 

Gette étude m’a fait arriver à des conclusions intéressantes sur 1 évolution 
du culte du dieu Ghed en Egypte. 

Les 2 00 0 ans qu’a duré le culte de Ghed en Egypte peuvent se diviser 
en quatre périodes bien distinctes. 

La première période embrasse la période de la XVIII® à la XXIV^ dynas- 
tie. G’est la période de l’apparition de cette nouvelle divinité en Egypte et 
de sa filiation avec différents dieux égyptiens : Ra, Ghou, Horus, etc. 

La deuxième période — de la XXIV® jusqu’à la XXX® dynastie — est 
l’époque de la stabilisation du culte de Ghed en Égypte, l’époque de son 
identification définitive avec le dieu Horus et de l’apparition d une nouvelle 
divinité égyptienne — le dieu Hor-Ghed, fusion d’Horus et de Ghed, Ge 
nouveau dieu Hor-Ghed devient très populaire, ayant occupé une place 
éminente dans la magie égyptienne. 

La troisième période commence à la XXX® dynastie et se prolonge jus- 
qu’à la fin du paganisme. Pendant ce temps le culte du dieu Hor-Ghed 
évolue jusqu’à se fondre complètement dans le culte du dieu Horus sur 


LE DIEU GHED. 


les crocodiles??, comme nous l’appelons. Get Horus prend tous les attributs 
de Ghed qui, lui, disparaît, jusqu’à son emblème — une tête de gazelle, 
placée sur le front du dieu, comme uræus, ou bien une gazelle qui l’ac- 
compagne ou qu’il porte. 

Enfin on peut distinguer encore une quatrième période — à l’époque 
des premiers siècles du christianisme, quand les Égyptiens, ayant déjà 
embrassé les idées et les dogmes chrétiens, étaient encore pénétrés des 
anciennes formes païennes. De cette époque-là nous sont parvenus des 
bas-reliefs, des fresques de saintes images chrétiennes, comme par exemple 
saint Georges et même Notre Seigneur, entourés des accessoires païens. 


PREMIÈRE PÉRIODE. 

Les plus anciens monuments qui portent l’image du dieu Ghed datent 
du Nouvel Empire, époque où certainement le dieu Ghed a fait sa pre- 
mière apparition en Égypte. 

A l’époque du Moyen Empire la 
protection des hommes contre les ser- 
pents et les insectes venimeux était 
encore attribuée à un autre dieu égyp- 
tien — le dieu Dès. 

Nous voyons sur les bâtons magi- 
ques du Moyen Empire le dieu Bès 
charmant les serpents et les scorpions 

Le dieu Ghed remplaça Bès dans 
son rôle de protecteur contre les rep- 
tiles et cette succession explique la liaison mystique entre ces deux divinités. 

Voilà pourquoi Bès accompagne souvent Ghed sur les stèles magiques. 

Nous connaissons neuf monuments appartenant à cette première période 
du culte du dieu Ghed. 

1 , Le plus ancien de ces monuments est une petite stèle, trouvée par 
M, N. de Garis Davies et appartenant maintenant à l’Institut d’Archéologie 
de l’Université de Strasbourg (fig. 2). 




Fig, 1 , — Une partie de bâton magique 
avec image du dieu Bès. N" 9 438 du 
Musée du Caire (XII® dynastie ), 


70 


BULLETIN DE LTNSTITÜT D'ÉGYPTE. 


Cette stèle porte une inscription avec le cartouche Aa-kheper-ka-ra, 
c’est-à-dire le pharaon Thoutmès I®'* de la XVIII® dynastie. 

Vu les nombreuses expéditions en Asie et en Libye de ce pharaon 
guerrier, on peut dire a ^priori d’où était venu en Egypte le culte de cette 

divinité étrangère , le dieu Ghed. 
Son emblème particulier — soit 
une gazelle qui l’accompagne 
— soit une tête de gazelle sur 
le front du dieu — > emblème 
étranger aux dieux égyptiens, 
correspond exactement à celui 
des dieux asiatiques, le dieu 
Rechep et le dieu Makal , comme 
nous le constatons par exemple 
sur la stèle , récemment trouvée 
h Beisan en Palestine. Dans le 
nom composé de la nouvelle 
divinité égyptienne Hor-Ched, 
la première partie Hor [Heru] 
est un mot purement égyp- 
tien, tandis que Ched est un 
élément étranger. Chez les Phé- 
niciens, chez les Israélites dans 
la Bible le mot eUchadai signifie cdes divinités, les tout-puissants??; tandis 
que chez les Préisraélites , qui étaient encore vagabonds, le nom el-chadai 
était le nom du dieu des nomades et des prairies fertiles. 

Ce mot étranger correspond bien au mot égyptien « ched ?? , qui depuis 
le Moyen Empire a pris la signification sauveur, protecteur, ce qui convient 
tout à fait au sens et au caractère du dieu Ched. 

Enfin le vêtement de rubans que nous voyons parfois porté par le dieu 
Ched est aussi d’origine asiatique. 

Sur la stèle de M. Davies le dieu Ghed est représenté debout sous les 
traits d’un garçon nu avec un collier, avec la tresse de jeunesse et avec 
une tête de gazelle, sans doute, sur le front, M. Davies l’a# nommé ^l’u- 
ræus??, mais il a ajouté un point d’interrogation, car ce n’est pas là un 



LE DIEU CHED. 


71 


uræus ordinaire. Dans la main gauche il a, peut-être, une lance, dans la 
droite une espèce de massue. Au-dessus de la tête, il y a une inscription 
hiéroglyphique : Ched, le grand dieu. 

En face de Ghed il y a encore une figure demi-effacée qui n’a pas été 
reconnue par M. Davies. Mais en la comparant avec la stèle de Ched, 
trouvée par moi, on peut constater qu’il s’agit du dieu Horus. 

Et le reste des hiéroglyphes nous le prouve : Horus, le grand dieu. 

Au bas de la scène nous lisons le nom du possesseur de la .stèle ç^Aa- 
kheper-ka-ra-seneb ?? et son titre auprès du pharaon Thoutmès I®"* de la 
XVIIP dynastie. 

2. La stèle de Ched, dont je viens de parier, a été trouvée par moi en 
1929 (voir pi. II, fig. 3). Elle est en calcaire et mesure 9 3,5 xi 8,5 
centimètres. La partie supérieure comporte une corniche sous laquelle est 
gravé un disque solaire ailé. Le milieu de la stèle est enfoncé de 9,5 cen- 
timètres. A droite et à gauche sont gravée deux textes en colonnes verti- 
cales de 9,5 centimètres de largeur. 

Dans la colonne de gauche nous lisons : r^Tout ce qui sort sur la table 
d! offrandes pour le dieu Ched au nom du double du chef de la table (^royale) 
Merira ??. 

Dans la colonne de droite nous lisons : Tout ce qui sort sur la table 

d'offrandes pour le dieu Horus au nom du double ??. La fin de la phrase 

manque, mais on peut croire qu’elle était la même que du côté gauche. 

La stèle avait deux battants, ainsi qu’en témoignent les quatre petits 
trous de gonds en haut et en bas. 

Dans le cadre enfoncé sont représentées deux divinités debout. Leurs 
figures sont gravées en bas-relief. Le dieu Horus hiéracocéphale se trouve 
à droite, vêtu d’un tablier ^chentiv. Il a dans la main droite un long 
bâton muni d’un pommeau à son extrémité, et dans la gauche abaissée un 
serpent levant la tête. La légende gravée au-dessus d’Horus porte : Horus, 
le grand dieu. 

En face de lui se tient debout un garçon nu avec la tresse de jeunesse 
retombant sur l’épaule. Il porte sur la poitrine une amulette en forme de 
double noix, il tient dans la main droite tendue en avant un arc et dans 
la gauche un bâton et une gazelle attachée à une corde. 


72 


BULLETIN DE LTNSTITUT D’ÉGYPTE. 


Ce garçon a le type sémitique comme les Égyptiens ont Thabitude de 
le représenter : le nez long et tombant, les lèvres épaisses et l’œil trop 
allongé. L’inscription au-dessus de la tête porte : Ched, le grand dieu. 
L’aspect de cette stèle, presque semblable à celui de la stèle de l’époque 
d’Akhenaton (XVIII® dynastie), portant l’image du dieu Ched, qui a été 
trouvée dans la maison n° 5 â 5 à Tell-el-Amarna, prouve que la stèle en 
question appartient à cette même époque de la XVIII® dynastie. D’autre 
part sa composition, identique à celle de la stèle de M. Davies, montre 
clairement que le dieu à demi effacé qui n’a pas été déterminé par ce der- 
nier est le dieu Horus. Cette stèle appartient maintenant au Musée de 
Berlin (^Journal d'entrée, n** 22/186). 

3 . Deux stèles du dieu Ched ont été trouvées par VEgypi Exploration 
Fund dans la maison n° 525 à Tell-el-Amarna (voir pl. I, fig. 4 ). 

Sur la plus grande stèle en calcaire il y a deux registres de scènes. En 
haut est représentée la déesse Isis debout, nourrissant du signe de la vie 
{^ankh) le jeune dieu Ched qui se tient aussi debout devant elle. Ched est 
représenté sous les traits d’un garçon avec la tresse de jeunesse dans la- 
quelle est entrelacée une amulette en double noix. Le dieu porte la ^chentij) 
plissée, aux deux extrémités tombantes et sur le dos un carquois plein de 
flèches. Il tient dans la main gauche, qui est pendante, un arc, et il soutient 
de sa droite repliée un bâton posé sur son épaule. Devant le dieu , deux 
lances verticales menacent de transpercer un scorpion. Le dieu et la déesse 
sont séparés par un autel portant un vase ^hesT) et une grande fleur de 
lotus. Au registre inférieur est représenté Ptah-maï le défunt dans la pose 
d’adoration, agenouillé devant deux tables d’offrandes. 

Le texte de la stèle consiste en formules d’adoration adressées au dieu 
Ched et à la déesse Isis. Sur les textes latéraux de celte stèle nous ren- 
controns aussi le nom du dieu Aton. Cela prouve l’existence du culte de 
ces dieux, peut-être secret, à l’époque du monothéisme officiel du dieu 
Aton. Ched figure ici comme fils de la déesse Isis. 

4 . L’autre stèle de la maison n° 525 de Tell-el-Amarna appartient 
■naintenant à YEgypt Exploration Fund (voir pl. II, fig. 5 ). * 

Le dieu Ched y est représenté exactement dans la même pose que sur 


LE DIEU CHED. 


73 


la grande stèle. L’inscription du haut donne le nom du dieu Ched et son 
titre Ched, le grand dieu, maître du ciel, 

5 . Sur la stèle du Musée du Caire Journal d'entrée n® 43569 (voir pl. II, 
fig. 6), trouvée par M. Baraize à Deir el-Médineh, se trouvent en haut 
quatre divinités assises : Ptah, Sebek, Isis et Meril-Seger. En bas deux 
hommes, une femme et un enfant adorent le dieu Ched, représenté debout, 
portant des rubans entre-croisés sur la poitrine. Cet étrange vêtement 
ressemble à celui des dieux asiatiques Rechep et Makal. Ched a dans sa 
main gauche tendue en avant une lance, un petit bouclier et trois serpents 
(non deux comme l’a dit M. Daressy). Dans sa droite, qui est pendante, 
il tient un scorpion. Au-dessus de lui est écrit : Ched, le grand dieu. Le pos- 
sesseur de celte stèle porte le titre de prêtre sedem-ach; il appartient donc 
à une corporation de prêtres, très répandue à l’époque de la XX® dynastie. 

6. Une petite amulette en bois d’acacia au Musée du Caire {Catalogue 
général, n® 9427), trouvée par Mariette à Tanis en 1861 (voir pl. Il, 
fig. 7), montre sur un de ses côtés le dieu Ched debout sur deux croco- 
diles. Le dieu porte le tablier «cAewft» aux deux longues extrémités tom- 
bant jusqu’aux mollets. Sur sa poitrine est suspendue une amulette en 
forme de noix. Il tient dans la main droite munie d’un bracelet une petite 
fourche — peut-être pour attraper les serpents — une gazelle et un ser- 
pent, et dans la main gauche un arc, deux scorpions et un lion. 

Une inscription de 5 colonnes est gravée au-dessus de la tête du dieu : 
R Ched-Ra, que Ptah avait modelé pour animer le monde, eréant celui qui tou- 
jours accorde me, prospérité et santé au nez des humains et des mortels v. De 
l’autre côté de l’amulette sont représentés trois personnages de la magie 
égyptienne : le signe e.oudj'av sur un naos, le dieu Anhour et un faucon 
couronné du ^pschentv montant une antilope. 

Cette amulette appartient à la XIX° dynastie. 

7 . Enfin un petit moule pour amulette du Musée de Berlin (n” 8020) 
nous donne l’image du dieu Ched sur un chariot à deux chevaux chas- 
sant le lion dans les marais (fig. 8). Au-dessus de la tête du dieu on lit 
pour toute inscription le nom Ched. Au bas de la scène est écrit : r Ched, 


74 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 

le grand dieu, maître du ciel 55. Sur le même moule en pierre noire ( 6 6 X 5 2 
mill.) est aussi gravé Rechep, un autre dieu égyptien d’origine asiatique. 

Le Prof. A. Erman, en décrivant celte amulette, a assimilé le dieu Ched 
au dieu Chou-Onouris. 



Ainsi sur tous les monuments décrits nous voyons que le dieu Ched est 
le fils d’Isis et de Ptah, le jeune dieu-chasseur, dompteur des bêtes sau- 
vages et des reptiles venimeux. Il porte aussi le noip 
« Ched-Ra n. Outre cela il se rapproche du dieu Horus , 
fils d’Isis (sur deux stèles, celle de M. Davies et celle 
que j’ai trouvée). Ce qui est le plus important, c’est 
qu’il est toujours accompagné d’une gazelle ou bien 
qu’il porte une tête de gazelle sur le front en guise 
d’uræus. C’est là son emblème propre, qui indique son 
origine asiatique, comme nous l’avons vu chez Rechep 
et Makal (fig. 9 ). A celle caractéristique nous recon- 
naissons le dieu Ched parmi les nombreux personna- 
ges de la magie égyptienne, où il commence à jouer un rôle de plus en 
plus important. 



8 . Par exemple dans les scènes magiques gravées sur le# revers de la 
statuette de la XXIP dynastie n’^ 9 à 3 6 du Musée du Caire (voir pl. 111, 


LE DIEU CHED. 


75 


fig. 10 ), le premier personnage n’est pas, comme l’a dit M. Daressy dans 
le volume du Catalogue général^ le roi monté sur un char, chassant le cro- 
codile, les serpents et les scorpions; le deuxième personnage n’est pas non 
plus Horus foulant aux pieds les crocodiles. 

En regardant plus attentivement leurs fronts, nous voyons que ce n’est 
pas l’uræus qui les couronne mais que c’est une tête de gazelle à deux 
cornes, c’est-à-dire l’emblème du dieu Ched que nous connaissons bien. 
Il s’agit donc du dieu Ched. 

A celte époque et même avant, sous la XIX® dynastie comme par exemple 
sur la stèle magique n'’ qàoS du Musée du Caire, apparaissent les stèles 
aux textes magiques, qui ne sont d’ordinaire que les abréviations du texte 
magique que nous trouvons plus tard, à l’époque de la XXX® dynastie, et 
dont le plus complet est gravé sur la stèle Melternich. 

9. Le papyrus magique Harris n” Soi du British Muséum, qui se 
rapporte à la X1X®-XX® dynastie, indique la place importante qu’avait le 
dieu Ched dans la magie égyptienne, en nous donnant sur la nature exacte 
de ce dieu les renseignements suivants (Q VIII S-q) : 

a Une autre exclamation. 

Tu ne seras pas mon supérieur, parce que je suis Amon. 

Je suis Anhour, bon guerrier, je suis grand maître de puissance. 

Ne fais pas d! agression, parce que je suis Montou, 

Ne menace pas , parce que je suis Soutekh, 

Ne monte pas tes armes contre moi, parce que je suis Sopdou, 

N' approche pas , parce que je suis Ched! 

Alors ceux qui sont immergés ne peuvent pas sortir dehors et ceux qui sont sortis 
ne peuvent pas plonger. 

Ils se lancent ça et là, suivant la marée. 

Leurs bouches sont collées, pareilles à sept grandes serrures fermées, à clef pour 
toujours, V 

Voici encore une autre citation de ce même papyrus Harris (Q VII 12 - 
VIII 1 ) : 

« Une autre exclamation, 

Paparoka, Paparoka, Paparoka 


76 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


Khnoum ne menacera pas , Takamt n ensorcellera pas î 

Qu on dise sur Veau ^Je suis Horusi), proclamer quatre fois, tu 

MM. Moret et Lange traduisent ^Je suis Horckedyi^ mais c’est le signe 
^ qui accompagne cela signifie donc plutôt proclamer et non pas 
sauver, qui demanderait le déterminatif ^ ou J après 


DEUXIÈME PÉRIODE. 

Le culte du dieu étranger Ched s’assimile définitivement à celui d’Ho- 
rus, qui a adopté ses attributs et son aspect extérieur. Le nom de celte 
nouvelle divinité égyptienne est alors Hor-Ched (Heruched), avec le titre 
^le grand dieum i^nuter aa) ou parfois encore ^le maître du désert j)- (^haq 
hastuy C’est la deuxième période du culte de Ched en Egypte, Je puis 
indiquer sept monuments appartenant à cette période, où son influence 
se répand surtout dans la magie égyptienne, 

1. La statuette de la déesse Neith au Musée du Caire (n'’ qiSi bis) 
(voir pl. III, fig. Il) est un monument très important de l’époque saïte 
parce qu’il précise approximativement le temps de la fusion de Ched avec 
Horus pour devenir Hor-Ched. Sur le dos du trône de cette statuette une 
scène représente Ched-Horus. Ce dieu, nu, marche sur le dos de deux 
crocodiles croisés. Au-dessus de lui nous voyons la face barbue du dieu 
Bès tout ridé, la langue tirée. Ched-Horus tient dans la main droite 
baissée deux serpents, un scorpion et une gazelle par les cornes. Dans la 
main gauche, tendue en avant, il porte un arc, deux serpents, un scor- 
pion et un lion par la queue. La tresse de jeunesse pend sur son front, 
une amulette en double noix pend sur sa poitrine. 

Il y a deux inscriptions au-dessus du dieu : 

Ue sms Ched, qui frappa le crocodile dans T eau. 

Je suis Horus, qui est sorti des marais de Khemmis, » 

Sur le socle de la statuette il y a aussi un texte magique semblable à 
celui des lignes i-3 de la stèle Metternich. 


LE DIEU CHED. 


77 


2. La stèle magique n” q4i3 du Musée du Caire est un autre monu- 
ment de la même époque. 

Au-dessus du reste de la scène abîmée avec une tête de Bès et une tète 
d’Horus est gravée en colonnes verticales la légende suivante : 

^Les paroles à Horched : je sms le dieu-enfant , héritier de Râ, grand et puis- 
sant. 

Les paroles à Horus, fils d'isis, défenseur de son père. 

Les paroles à Isis, la grande mère du dieu, maîtresse du del, 

Nous voyons par là que les Egyptiens reconnaissaient à cette époque 
deux divinités différentes : Horus et Hor-Ched. 

3, Une des plus intéressantes découvertes que j’aie faites sur le dieu 
Ched consiste en une petite plaque amulette du Musée de Turin (n'^ i/iys) 
(voir fig. 12 ). 

D’un côté de la plaque le dieu 
Ched (à gauche) foule aux pieds deux 
crocodiles (d’après le Catalogue du 
Musée Royal de Turin c’est un prince 
éthiopien; d’après Lanzone c’est un 
prince asiatique). Le dieu Ched est 
représenté debout sous les traits d’un 
jeune chasseur. Il porte un tablier 
^chentin aux deux longues extrémités 
tombantes, la tresse de jeunesse, et 
un collier à quatre rangs sur la 
poitrine. Sur son front se trouve en 
guise d’uræus une tête de gazelle. Le 
dieu tient de la main droite, qui 
est pendante, une gazelle, et de la 
gauche, qui est tendue en avant, un 
arc et un lion. 

Devant lui se trouve le dieu Horus sous les traits d’un faucon couronné 
du ^pschentyj, assis sur un petit naos, foulant aux pieds trois serpents 
qui lèvent la tête. Le faucon a sur le dos un fouet ^nehehv. Au-dessus des 



78 


BULLETIN DE LTNSTITÜT D’ÉGYPTE. 


dieux est tracée une inscription en colonnes verticales, dont le côté droit 
seul est lisible : 

^Hor-Ched, le grand dieu, maître du désert 

Le côté gauche commence, peut-être, par ^Au double du prince 

De Tautre côté de la plaque sont représentés le dieu Klinoum et la déesse 
Menkhit. Cette plaque date de la XXVP dynastie. ^ 

Par son apparence extérieure le nouveau dieu Hor-Ched reste le même 
que le dieu Ched : c’est un jeune chasseur portant un vêtement si parti- 
culier que les savants, qui n’ont pas reconnu ce dieu, ont cru y reconnaître 
un prince asiatique. 

Hor-Ched devient le protecteur des humains contre les bêtes sauvages et 
les reptiles venimeux, et il est très populaire chez les anciens Egyptiens à 
partir de la XXVP dynastie. 

Une statue remarquable du Musée du Caire [Journal d'entrée, n° 
4630 i) (voir pl. III, fig. i3), représentant le prêtre Djedhorpached, est 
toute couverte de textes magiques. Elle a été trouvée à Alhribis du Delta. 
Elle appartient à l’époque de Philippe Arrhidée. Sur le socle le proprié- 
taire de la statue explique clairement qu’il a pris son nom en honneur 
du dieu Hor-Ched. 

Après le tableau généalogique du propriétaire, on lit la prière sui- 
vante : 

Ligne 1 63. « OA, tout prêtre, tout scribe sacré, tout samni, qui verrez ce gri- 
moire, lirez ses formules, apprendrez ses formules, pénétrez-vous de ses écrits, 
employez ses formules et dites : 

Ligne i64. d'offrandes royales, milliers de toutes choses bonnes et pures 

au double de ce Ched, qui a pris son nom l'accordant au dieu Hor-Ched, 

J ai proclamé [mo«] nom dt après son beau nom en m'appelant Djedhorpached, 
afin qu'un bon nom subsiste à Athribis » 

5. Pour mieux comprendre le dieu Hor-Ched, il faut s’adresser aux 
textes des stèles magiques. ' 

Voici la traduction des lignes i65-i66 de la stèle Meiterriich, appar- 


LE DIEU CHED. 


79 


tenant à la XXX® dynastie, qui contient le texte magique le plus complet : 

^0 , bon dieu, fils du soleil, Nectanebo! 

Ta protection est la protection de Hor-Ched, le grand dieu, » 

Voici encore la traduction de la ligne laS de la même stèle : 

Voilà comment on célèbre ton nom à ce jour. 

Je suis Hor-Ched. » 

6-7. Les stèles magiques gAoa et gAoA du Musée du Caire répètent 
la même phrase (voir pi. III, fig. iZ.). 

Mais il convient encore de citer les lignes loo à 126 de la stèle Met- 
ternicb , parce qu’elles donnent la caractéristique la plus complète et le 
sens de cette divinité Hor-Ched : 

Dit Thot, sauveur de ce dieu : 

Salut à toi, 6 Dieu, fils du dieu. 

Salut à toi, ô héritier, fils de l'héritier. 

Salut à toi, ô taureau, fils du taureau, 
né de la vache divine. 

Salut à toi Horus, descendant d'Osiris, 
né de Flsis [je t'ai nommé par ton nom). 

Je t'ai sauvé de ton enchantement. 

Je t'ai conjuré par ton charme. 

Je t'ai ensorcelé par tes paroles. 

Ton cœur a été créé par les conjurations 
sortant de ta bouche, qui t'ont été données 
par ton grand père Geb, qui t'ont été 
données par ta grande mère Nout, 
et dans lesquelles le dieu de Sekhem 
perfectionna ta Majesté pour faire ta 
protection, pour renouveler ta défense, 
pour coller ta bouche contre chaque serpent 


80 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


qui habite au ciel, qui habite dans l'eau, 
pour vivifier les hommes, pour apaiser 
les dieux, pour célébrer Râ dans tes hymnes. 

Va chez moi vite, vite à ce jour. 

Comme tu navigues sur la barque divine, 
tu pourrais repousser chaque lion sur la 
rive, chaque crocodile dans le jleuve, 
chaque gueule qui pique dans sa crevasse. 
Pourrais-tu donner à moi tant de pierres 
autant que des éclats de pots sur la terre? 
Pourrais-tu écarter de moi le venin qui se 
répand dans tous les membres d'un blessé? 

Il est sauvé de ton fouet par tes paroles à lui 
parce que voilà comment on célèbre ton nom 
à ce jour, quand se manifeste ta puissance 
à cause de tes formules magiques. 

Quand tu te couvriras par ton enchantement 
Tu me vivifieras, moi qui étais sans respiration* 
On te fait T adoration des Rekhitoii , 
les justes t'adorent dans tes incarnations, 
tous les dieux te proclament aussi. 

Voilà comment on célèbre ton nom à ce jour 
Je suis Hor-Ched7\ 


TROISIÈME PÉRIODE. 

Vient alors la troisième phase du culte de Ched en Egypte, celle qui 
comprend la fin de l’époque ptolémaïque et l’époque romaine jusqu’à la 
disparition du paganisme en Egypte. 

Le dieu Ched y subit une nouvelle évolution, et c’est la plus étrange. 
Les noms de Ched et de Hor-Ghed ont complètement disparu des légendes 
et des textes des innombrables stèles magiques que nous connaissons sous 
le nom d'Horus sur les crocodiles, * 

Le nom même d’Horus se perd parfois et les textes magiques font place 


LE DIEU CHED. 


81 


sur les stèles à des traits obliques alternant avec des lignes horizontales 
que nous appelons pseudo-inscriptions. Il y reste seulement une image 
centrale du dieu foulant aux pieds les crocodiles, comme idée de protec- 
tion magique contre les reptiles et les insectes venimeux. Ce dieu est 
représenté sous les traits d’un jeune garçon nu avec la tresse de jeunesse 
et une amulette en forme de noix ou de cœur. A la basse époque il est 
représenté de face sous l’influence de la Grèce, tandis qu’auparavant il 
était toujours de profil à l’égyptienne. Dans ses mains il tient une gazelle 
par les cornes, un lion par fa queue, des serpents, des scorpions, un 
petit arc ou parfois une lance. 

Cette image était connue en Égypte 1200 ans déjà avant cette période, 
car c est sous cette forme que le dieu Ched était venu en Egypte. Il con- 
serva donc son aspect traditionnel jusque dans son avant-dernière incar- 
nation. 


QUATRIÈME PÉRIODE. 

Ce n’est pas encore en effet la dernière exactement. 

Bien que la religion chrétienne ait remplacé le paganisme en Égypte, 
ce sont les dogmes qui ont changé mais pas les formes. 

1. Dans un tombeau chrétien de l’époque de l’Empereur Constantin, 
trouvé par le D"* Neroutzos bey à Karmouz (Alexandrie), une fresque re- 
marquable peinte sur les parois d’arcosolium représente Notre-Selgneur 
^ juvénile marchant les pieds nus au milieu des serpents, des croco- 
diles et d’autres reptiles. Il s’approche du lion qui, à sa vue, reste ébahi et 
la gueule ouverte. Deux figures, une de chaque côté, presque effacées et 
méconnaissables, représentant peut-être des prophètes^ou des apôtres, rem- 
placent les divinités qu’on voyait souvent auparavant à côté d’Horus sur 
les stèles. Au-dessus de Jésus-Christ, jeune et Imberbe, plane au ciel Dieu 
le Père, nimbé d^une auréole triangulaire bleuâtre. 

L’inscription qu’on lit au bas du tableau n’est autre chose que le texte 
grec du XIIP verset du Psaume xc : 

Tu marcheras sur l'aspic et le basilic et tu fouleras aux pieds le lion et le dragon. 

Bulletin de l* Institut d* Egypte, t. XIII. (J 


82 


BULLETIN DE ^INSTITUT D’ÉGYPTE. 


2-3. On peut encore faire dériver du type d’Horus l’image de Jésus- 
Christ vainqueur de Taspic et du basilic, qu’on voit sur les petits bas-re- 
liefs en ivoire du Vatican (x® siècle) el du Musée National de Florence 
(xif siècle) : Notre-Seigneur, écrasant des reptiles vus à ses côtés tête 
basse (fig. i5). 




Fig» i5. — Bas-relief 
du Musée du Vatican (ji° siècle). 


Fig. i6. — Fragment de fenêtre en pierre 
du Musée du Louvre. 


4 . Enfin, de même que sur un fragment de fenêtre en pierre du Musée 
du Louvre de la basse époque nous voyons Horus à cheval frappant un cro- 
codile (fig. i 6 ), sur un monument copte du Musée du Caire, originaire 
de Luxor et représentant saint Georges à cheval, nous pouvons constater 
une intéressante réminiscence des images païennes du dieu Ched , et même 
son emblème, une gazelle à côté de saint Georges (fig. 17 ). 

Il ne faut pas aller, si loin qu’ Albert Gayet, qui explique que cette ga- 
zelle est le symbole de l’ombre, marquant les ténèbres que^saint Georges 
vient de quitter, le mal dont il a triomphé!? 


LE DIEU CHED. 


83 



* * 

En conclusion, la durée bimillénairc du culte de Ched en Egypte 
prouve toute l’importance de ce dieu, qui était resté presque inconnu 
jusqu’à présent. 

Prof. Grégoire Loükianoff. 

Le Caire (Égypte) , i 99 i-;i 93 i. 


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6. 


8 i 


BULLETIN DE LTNSTITÜT D’ÉGÏPTE. 


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mars, avril). 


1! 


SUR LA 

CHIMIOTHÉRAPIE ANTIBILHARZIENNE 

MIXTE 

PAR 

M. LE D« DIAMANTIS^^l 

Messieurs, 

Dans la communication du 5 mai 1980 que j’ai eu l’honneur de faire 
devant vous, j’ai essayé de vous donner une idée générale du problème 
chimiothérapique anlibilharzien. J’y ai exposé les avantages et les inconvé- 
nients de chacun de trois agents antibilharziens et après une critique serrée 
j’ai exclu le tartre , vu ses inconvénients techniques et sa toxicité très grande. 
J’ai essayé de fixer le choix entre l’émétine et la fouadine et je vous ai ex- 
posé les raisons qui militent en faveur d’un traitement mixte commencé par 
l’émétine et en cas d’émétinorésistance complété par 4 ou 5 injections de 
fouadine. Ce traitement mixte m’ayant personnellement réussi, j’ai suggéré 
la création d’une combinaison d’émétine et de tartre. Cette association de 
l’émétine et de l’antimoine a été réalisée par le Prof. Minervini (de Naples) 

Ce chirurgien, convaincu de l’origine parasitaire des tumeurs malignes, a 
eu recours à la chimiothérapie pour le traitement anticancéreux. Après essai 


Gommunication présentée à l’Institut dans sa séance du 9 mars 1931. 

Dans le numéro des Annales de Merck, première partie, 1930, que j’ai reçu 
après ma communication du 5 mai, j’ai lu à la page 69 ce qui suit ; nMinervini ap- 
pelle ffantiblastomaT) une préparation constituée par du tartre sübié et un extrait d’ipéca 
et qui est destiné au traitement des tumeurs malignes. L’auteur injectant cette pré- 
paration dans la tumeur elle-même et en même temps par voie veineuse a réussi à 
arrêter la croissance de la tumeur dans une série de cas, ou même à-^faire diminuer 
considérablement son volume.?) G’est ainsi que j’ai eu connaissance des travaux du 
prof. Minervini et en m’adressant directement à lui je pus avoir tous ses travaux sur 
la question ainsi que des échantdlons que le prof. Minervini a gracieusement mis à 
ma disposition. 


86 


BULLETIN DE LTNSTITÜT D’ÉGYPTE. 


7 


de différents métaux et métalloïdes ainsi que de différents alcaloïdes il acquit 
la conviction que de tous les métaux et métalloïdes préconisés jusqu’aujour- 
d’hui contre le cancer (sélénium, cuivre, plomb, etc.) c’était le tartre et 
de tous les alcaloïdes c’était encore l’émétine qui donnaient des résultats 
encourageants. 11 a donc eu l’idée de combiner les deux substances et il a 
créé l’ççanliblastoma » (blastoma signifiant en italien toute néoformation ma- 
ligne), lequel est présenté en ampoules de 2 c. c. et sous deux formules ; 
la formule A étant destinée aux injections parenchymateuses de la tumeur, 
et la formule B étant employée par voie veineuse comme traitement 
anticancéreux général. Ce n’est pas ici le lieu de rapporter les résultats 
extrêmement intéressants que Minervini a obtenus dans la chimiothérapie 
anticancéreuse, mais quant à la chimiothérapie antibilharzienne , je crains 
que ses préparations ne soient que peu efficaces. En effet la formule B ne 
contient que o gr. oâS d’extrait total d’ipéca et o gr. oooia d’antimoine; 
quant à la formule A, destinée aux injections parenchymateuses, elle n’est 
qu’un peu plus riche en ipéca (o gr. o4), l’antimoine restant le même; on 
doit reconnaître que les doses tant de l’ipéca que de l’antimoine contenues 
dans ces deux préparations sont quasiment homéopathiques et tout à fait 
insuffisantes dans la chimiothérapie antibilharzienne laquelle réclame la 
dose curative de o gr. 12 d’émétine ou 0 gr. o55 d’antimoine métal par 
injection. J’ai tenu à rapporter cet essai intéressant du prof. Minervini que 
je remercie de m’avoir envoyé tous ses travaux sur la question et d’avoir 
mis à ma disposition des échantillons de son ç^anliblastomaj?. La création 
d’une combinaison d’émétine et d’antimoine est donc réalisable en principe. 

Quelles doivent être les propriétés de cette nouvelle substance à créer? 
H serait à souhaiter : 

i*’ Que cette substance pût être administrée par voie sous -cutanée 
(comme la fouadlne et l’émétine). 

F 

Etant donné que les sels sodiques d’antimoine, contre toute attente, 
sont plus toxiques que ceux du potassium il y aurait peut-être intérêt 
à ce que le futur agent mixte ne fût pas un sel de sodium. 


Pour une partie de morts subites survenues à la suite de Femploi du tartre stibié 
on a incriminé le plomb qui s’y rencontre en infime quantité. Le département de l’hy- 


r 


SUR LA CHIMIOTHÉRAPIE ANTIBILHARZIENNE MIXTE. 


87 


3° Que le coût de celte substance fût le meilleur marché possible vu la 
grande échelle à laquelle la chimiothérapie antibilharzienne est pratiquée 
en Egypte. 

4° Que la cure fût constituée par 9 injections contenant au total 1 gramme 
d’émétine et 0 gr. 2 5 de Sb. répartis comme il suit : 


1" 

ampoule 

0 06 émétine + 0 01 Sb. 

a* 

— 

0 09 

— + 0 o3 Sb. 

3* 

— 

0^"* 12 

— 4- . ^ 

h’ 

— 

— 

^ + — 

5” 

— 

— 

— 4. — 

6” 


— 

— + — 

7” 

— 

— 

— + — 

8” 

— 

' — 

— + — 

9‘ 

— 

— 

— + — 


Total 

0 99 émétine 4- 0 2 5 Sb. , 


la dose de 0 gr. 1 2 d’émétine et de 0 gr. o3 de Sb. constituant la dose 
que l’on est convenu d’appeler dose curative. 

Mais en attendant la création de ce produit le traitement doit être mixte, 
la chimiothérapie mixte constituant pour la bilharziose une nécessité abso- 
lue. Car on ne peut concevoir une chimiothérapie à médicament unique 
contre les parasitoses animales; ainsi dans le paludisme nous nous servons 
de la quinine et de l’arsenic; dans l’amibiase, de l’arsenic et de l’éméline; 
dans la leischmanlose, de l’émétine et du tartre, et enfin dans la syphilis 
dont le parasite appartient très probablement au règne animal, du mer- 
cure, de l’arsenic et du bismuth. Mais la bilharziose est encore beaucoup 
plus Lributalre du traitement mixte. Comme je vous le disais dans ma com- 
munication du 5 mal igSo, la bilharziose n’est pas une maladie épidé- 
mique ni même une endémie insignifiante; elle constitue au contraire une 


giène publique en Égypte a exigé que le tartre employé en Égypte ne contienne pas 
au-dessus de 1 : 6.000.000 de plomb. La purification à un tel point du tartre n’est, 
paraît-il, possible que pour le seul tartre potassique; quant au tartre sodique, le plomb 
élant peut-être plus intimement lié au Sb. ce degré de pureté est inaccessible. Ce qui 
explique la plus grande toxicité du tartre sodique. (Lettre des Laboratoires Parte and 
Davies à M. Milnes qui a bien voulu me la communiquer et m’a autorisé à m’en ser- 
vir.) 


88 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


pandémie unique au monde entier. En effet sur tk millions d’Egyptiens 
8 millions en sont atteints, ce qui fait un rapport de 54 o/o. Je ne connais 
de comparable que la pandémie fdarienne des îles Fiji, où pourtant ia pro- 
portion n’est que de 5 a i/a o/o (Patrick Manson Bahr, Tropical Diseases, 
éd., p. 58 a). 

Admettons, pour un instant, que tant le tartre que la fouadine ne pré- 
sentent ni inconvénients ni mortalité (hypothèse arbitraire); admettons éga- 
lement que le rapport de 9 5 0/0 de guérisons soit mathématiquement 
établi; il en reste tout de même encore 5 0/0 qui ne guérissent ni par le 
tartre ni par la fouadine. Etant donné le nombre colossal des bilharziques 
en Egypte (8 millions), ce 5 0/0 représente tout de même le chiffre coquet 
de 4 oo.ooo bilharziques réfractaires aux composés antimoniaux. Par 
conséquent, si l’émétine n’existait pas, il faudrait trouver autre chose pour 
traiter ces 4 00.0 00 bilharziques. Mais nous n’avons raisonné qu’en nous 
basant sur des hypothèses arbitraires, car, en réalité, et les sels antimo- 
niaux sont énormément toxiques et le pourcentage des guérisons est beau- 
coup moins important que ne le disent les statistiques, les réinfections étant 
très fréquentes. Mais ce chiffre de 8 millions de bilharziques nous oblige 
à prendre en sérieuse considération la toxicité et surtout la mortalité de ces 
drogues. Car si une mort sur 3000 malades ne constitue pas une forte 
mortalité pour toute autre maladie infectieuse, ce n’est pas la même chose 
quand il s’agit de la bilharziose égyptienne. Et pour rendre ma pensée plus 
claire, prenons un exemple : admettons un instant qu’une médication spé- 
cifique guérît 9 5 0/0 de typhiques et en tuât 1 sur 2000 , une telle médica- 
tion contre la fièvre typhoïde serait tout simplement merveilleuse! Car d’une 
part, même pendant la plus forte épidémie, les cas de typhoïde ne se 
comptent que par quelques centaines; d’autre part, la mortalité de la ty- 
phoïde en elle-même et malgré les médications modernes dépasse largement 
le taux de 10 0/0. Tandis que dans la bilharziose égyptienne, étant donné 


Il est à présumer qu’aucun pays du monde où la bilharziose est eudémique ii’hé- 
berge 4 oo.ooo bilharziques. 

La mortalité au tartre de 1 sur 47.000 est, de l’aveu même du service antibil- 
liarzien, très au'-dessous de la vérité; quant à la fouadine, elle a donné une mort 
sur qo 4 i. 


SUR LA CHIMIOTHÉRAPIE ANTIBILHARZIENNE MIXTE. 


89 


le nombre formidable des patients, les réinfections fréquentes et l’évolution 
généralement bénigne de l’affection laissée sans traitement, le taux d’une 
mort sur âooo constitue une vraie catastrophe! 

Voilà, Messieurs, aussi brièvement que possible les raisons qui imposent 
le traitement mixte dans la bilharziose égyptienne. La réalisation de l’«an- 
tiblasloma» par Minervini et l’attention que les grandes firmes chimiques 
ont prêtée aux suggestions contenues dans ma dernière communication me 
font espérer que cet agent chimiothérapique idéal ne tardera pas à voir le 
jour pour le plus grand bien des bilharziques égyptiens. 


Lettre des Laboratoires Clin, et de Bayer Meister, Hœchst Enerus : Voici en 

effet le contenu de la lettre de ces derniers ; cr votre œuvre a trouvé 

toute notre attention et notre intérêt particulier et nous sommes sûrs qu’elle contri- 
buera à combler une lacune remarquable dans la chimiothérapie anlibilharzienne spé- 
cifique tî. 


BIBLIOGRAPHIE. 

D" DiA-MANTis , Considérations générales sur la Chmiotkérapîe aniibilharzienne spécifique 
[Bulletin de rinslitut d'Egypte , t. Xll, Session 1939-1980, 5 mai 1980). 

Annales de Merck y i*"® partie 1980, p. 69 : crAntiblasloma». 

Prof. Minervini, Nuovo trattamenio chemioterapico dei tumori maltgni [Academia Fon- 
I taniana, mai 1927). 

Nuova cura chimica dei tumori maligni [Rinascenza Medica, 1937). 

U mio melodo di cura chimica dei cancro e dei tumori maligni in genere, Risultali 

i di due anni di esperienza con V anlihlastoma [Gazzeita Medica Italo-Argentina , 1928). 

I La cura dei cancro (conférence faite à l’hêpital des incurables de Naples, le 37 

janvier 1929). 

Il tratlarnento dei tumori maligni con V anliblasloma [Rioista llaliana di Terapia, 

n® 9, sejptembre 1929). 

Alcuni casi di cancro dello slomaco trattati con V antiblastoma (Congrès Italien de 

I Chirurgie, 36 octobre 1929). 


D' Diamantis. 


DEUX MANUSCRITS ÉGYPTIENS 

A L’EXPOSITION D’ART PERSAN DE LONDRES'" 

(avec 3 planches) 

PAR 

M. GASTON WIET. 


Un des principaux allraits de cette grandiose manifestation que fut 
l’Exposition d’Art persan de Londres fut la précieuse collection de minia- 
tures et de naanuscrits envoyée par le Gouvernement persan. Pour beaucoup 
d’entre nous, par surcroît, ces pièces possédaient le charme de l’inédit, et 
ce fut avec une satisfaction bien compréhensible que nous avons feuilleté 
ces splendides manuscrits, provenant, pour la plupart, des sanctuaires de 
Méched et d’Ardébil, dont l’accès était, naguère encore, interdit aux 
étrangers. 

Parmi la quinzaine de manuscrits, obligeamment prêtés par le Gouver- 
nement persan, on remarquait trois Sliâh-Nâmeh , dont l’un n’est que de 
quatre ans postérieur à la composition de la célèbre préface que le sultan 
mongol Bâisunkur fit rédiger pour manifester son admiration envers l’œuvre 
de Firdawsï^^*; puis, un important manuscrit de Dioscoride, qu’on peut 
attribuer à la fin du xm® siècle et qui comprend près de mille figures d’ani- 
maux et de plantes, œuvres de peintres de l’école de Bagdad. 

Mais mon attention fut attirée particulièrement sur deux manuscrits, qui 
portaient des ex-Ubns de souverains égyptiens, et c’est à l’Égypte que je 
désire offrir la primeur de ce renseignement plein d’intérêt. 

Communication présentée à ITnslitut dans sa séance du 3 0 avril igSi. 

Gf. Sakisian, Miniature, p. vi; Wilkinson, Book of Persian Kings, p. 9 ; Arnold, 
Painiing, p, xiii, ài; Apolïo, février 1981, p. 71. 

Catalogue of lhe Internaliomî Exhibition of Persian Art, 3 ® éd. , n” 538 B. — Pour 
les manuscrits qui ont été l’objet d’études et de reproductions, voir mon article dans 
Sifria {^U Exposition d' Art persan à Londres, sous presse). 


92 


BULLETIN DE LTNSTITÜT D’ÉGYPTE. 


# * 

L’un de ces manuscrits est le second volume d’un ouvrage du célèbre 
médecin, connu en Europe dès le moyen âge, sous le nom de Rhazès, 
déformation de sa nisba Râzï, originaire de Raiyw : on sait que, né dans 
cette ville, l’illustre praticien en dirigea pendant quelque temps l’hôpital 

Le livre est ainsi présenté aux deuxième et troisième pages, en quatre 
lignes d’une écriture dorée, qui encadrent les deux pages, en haut et en 
bas : 

dUi 

Deuxième partie de l’ouvrage intitulé rrLe guide particulièrement utile pour la 
science des propriétés des corps , oeuvre du médecin, savant et distingué, Ibn Zaka- 
rlya"* al-Râzï, dédié au prince du Mazandéran. 

Ce souverain, qui n’ést pas nommé ici, ne peut être qu’un prince de la 
dynastie des Bawandites^^^ : l’ouvrage qui lui fut dédié semble inconnu des 
historiens de la littérature arabe. 

Sur la page de garde, on lit la suscription suivante, d’une très belle calli- 
graphie, en lettres d’or; elle comporte huit lignes, encadrées d’un listel 
d’or : 

jiMl >\ill JGJ1\ Âj\ji 

^lkLJ\ ciUii 

i^\ 

^ •X/tiSj «VjlkLg ÔJJ^ 


Cf. Hïjart, Linérature arabe, p. 3 o 5 ; Brockelmann, Ar, Litteratur, I, p. 2 33 ; 
Meyerhof, The BooJc of Treasures, Isis, XIV, p. 69; Meyerhof, Pharmakologie des al- 
Gkajîqi, i 4 rc/i./. Gesck, d, Mathemaiik , XIII, p. 71. 

Catalogue, n® 535 G, » 

De Zambaor, Manuel, p. 187. 


DEUX MANUSCRITS ÉGYPTIENS. 


93 


Pour la bibliothèque de notre maître et seigneur, le sultan magnifique , le seigneur, 
champion de la foi, assisté de Dieu, défenseur des frontières, combattant, victoi’ieux, 
vainqueur, Malik Sâlih Tmâd al-dunyâ wai-dîn Abul-Fidâ^ Isma'fl, fils du sultan bien- 
heureux, martyr, Malik Nâsir Nâsir al-dîn Abul-Ma'âli Muhammad, fils du sultan 
bienheureux, martyr, Malik Mansûr Kalâwûn, que Dieu assiste l’empire de sa souve- 
raineté et étende Sa miséricorde et Sa satisfaction aux défunts de sa royale maison 1 

Malik Sâlih Isma^l a régné de 7A3/13A2 à 7 A 6 /i 3 A 5 ; et, à cause de 
ce règne très court, cette suscription prend une grande valeur : en effet, 
dans l’épigraphie monumentale, on ne connaît qu’une seule inscription au 
nom de ce souverain, dans la grande mosquée d’Alep^^^, et nous ne possé- 
dons de ce prince que quatre objets mobiliers, une base de chandelier et un 
coffret, en cuivre, qui se trouvent dans la collection Harari, un plateau 
du Musée arabe du Caire, et la panse d’une bouteille à parfums, égale- 
ment en cuivre, que détient un marchand de Paris. 

Suivant une suscription moderne, que je n’ai pas copiée, ce manuscrit 
a été offert au sanctuaire de Méched en 11/15/1732, par Nadir Shah. 


* 

* * 

L’autre volume comprend une œuvre spécifiquement égyptienne : c’est 
un de ces beaux Corans calligraphiés, dont la collection de la Bibliothèque 
du Caire est justement célèbre. 

Le calligraphe qui a transcrit le Livre saint en lettres d’or a laissé son 
nom au verso de la page finale. Au centre de cette page se trouve un mé- 
dailion doré, entouré d’une bande circulaire, ornée de motifs floraux sty- 
lisés. Suivant un procédé courant, l’inscription suivante, de quatre lignes, 
à l’encre noire, est tracée dans des figures de nuages (pl. I) : 


Ce Livre sacré a été mené à bonne fin par celui qui espère en l’indulgence de Dieu, 
Ahmad ibn al-Muhsinï, en Tannée 739/1838-1339. — Coran, iii, 167. 


Bischof, Histoire d* Alep (en arabe), p. 199. 


94 


BULLETIN DE LTNSTITUT D’ÉGYPÏE. 


Cette date nous reporte à la fin du règne de Muhamnaad ibn Kalâwùn : 
ie calligraphe nest pas autrement connu, car il est difficile de l’identifier, 
sans autres preuves, avec un poète contemporain, Ahmad ibn Bîlbak 
Muhsinïf^l 

Au-dessous de ce médaillon, dans un rectangle d’un dessin plus médio- 
cre, on lit, en grands caractères dorés, qui se détachent sur un fond bleu, 
agrémenté de fins rinceaux blancs : 

O je. lJ W JA ^ 

P.oiir la bibliothèque de notre maître le sultan, le souverain, Maîik A^raf Abul- 
Nasr pitbây, que sa \ictoire soit glorieuse! 

Ainsi, ce manuscrit du xi\® siècle se trouvait à la fin du xv® dans la bi- 
bliothèque particulière du sultan Kâilbây, mort en q.oi/i/iq6. Il ne devait 
plus rester longtemps en Egypte, ainsi qu’il appert de l’inscription suivante , 
écrite en haut de la même page, en traits d’or pâle et dans une calligra- 
phie très fine et très élégante : 

^\j l (jrviUü ^ J j^\ Jj'l ^ 

^ \Xa XSi J^j 

cy* 

31 -AwUll y \J\^^ J ji 

Louange à Dieu, Qui, par compassion envers les mondes, a fait descendre du ciel 
sur la terre le Livre qui sert à distinguer le bien du mal ! Que la bénédiction et le 
salut soient sur Mahomet et sur toute sa famille! Ce Livre sanctifié a été constitué wakf , 


Abul-Maüâslx , Manhaî, n® i 33 . 

Pour d’antres eæ-Uhris mamlouks, cf. Arnold et Grohmann, pl. 19 ;^Gowbe, Notes 
d^archéologie , B IF, XV, p. 217-2^22; Moritz, Ar, Palmogvaphy, pl. 82-68; Martin, 
Mm, painiing, II, pl. 24 g. 


DEUX MANUSCRITS ÉGYPTIENS. 


95 


en faveur de Penceinte bénie de Safîy al-dîn, — qu’elle soit inondée des lumières di- 
vines! — sise à Ardébil, ce siège de la bonne direction, — que le Très~Haut l’anno- 
blisse et que ceux qui y reposent profitent d’une route facile! — par l’esclave, qui a 
besoin de la miséricorde du Dieu riche, Bahram, fils d’IsmaTl, Safawî, Husainï, par 
acte authentique, conforme à la loi, pourvu de clauses et de conditions solides, exempt 
de vices et de causes de nullité, pour se rapprocher de Dieu et rechercher Sa satisfac- 
tion, dans les mois de l’année gAfi/iBSg. 

Le donateur, Bahram, fils du premier Séfévide Isma^ïl, n’a pas régné; 
connu surtout comme poète, il mourut en 967/1 55o 

Mais à la date de Pacte de wakf, en qâfi , Isma^il était mort depuis seize 
ans, et, comme la reliure de ce Coran est à sou nom, il faut donc suppo- 
ser qu’il avait auparavant appartenu à sa bibliothèque particulière. 

Cette reliure, munie d’un rabat, offre une décoration classique. A l’ex- 
térieur, elle présente un décor tapissant de fins feuillages dorés, en relief, 
cependant que le dos et les bords renferment des inscriptions en relief. 
L’ornementation de l’intérieur est plus attrayante encore par sa combinaison 
de polygones curvilignes et surtout par sa polychromie harmonieuse 

On Ht le texte suivant, à l’intérieur du rabat, en beaux caractères dorés, 
en relief, sur fond bleu, parsemé de feuillages verts, en plus léger relief 
(pl. Il) : 

j>\ 

Pour la bibliothèque du sultan très juste et très honorable Abul-Miizaffar Shah h- 
maTl Bahâdur ^âu Husainï. 

Parmi les inscriptions coraniques qui se trouvent à l’extérieur nous ne 
retiendrons que celle qui s’oppose à la précédente (pl. III). 

JM J {j^j ajj (J 

Parle aussi, dans le Livre, dTsma'd ; il était fidèle à ses promesses, envoyé et pro- 
phète [Coran, xix, 55 ). 


De Zambaür, Manuel, p. 262. 

Comparer : Sarre, Islam, Bookbinding, fig. 3 et pl. XV-XVI; Gratzl, Islam. 
Bucheinbiinde , pl. XV; Arnold et Grohmann, pl. 100-101; Dimand, Handbook, fig. 3 i; 
Ganz, U œuvre d'un amateur (Part, pl. 35 ; Apollo, janvier 1981, pl. IX. 


96 


BULLETIN DE LTNSTITÜT D'ÉGYPTE. 


Ce passage coranique vise évidemment le fils d’Abraham, mais il est 
inscrit ici parce que le roi de Perse se nommait aussi Isma'îl C’est ainsi 
que le sceau d’un autre Séfévide, Sulaimân qui régnait à la fin du xvii® 
siècle, portait ce verset coranique : 

iy A 

Ceci vient de Salomon (xxvn, 3o). 

On peut le lire sur une lettre conservée aux archives du Ministère fran- 
çais des Affaires étrangères 


■jt 


* * 


Et c’est ainsi que deux œuvres égyptiennes s’égarèrent au milieu d’une 
Exposition d’Art persan, la dernière toutefois comportant une reliure vrai- 
ment persane. 

Mais je voudrais, en terminant, signaler un curieux chassé-croisé : 
parmi les manuscrits de la Bibliothèque Egyptienne que nous avons choisis 
pour être envoyés à Londres, se trouvaient six parties d’un Coran monu- 
mental calligraphié à Hamadan, en yiS/iSiS, par ordre du sultan mon- 
gol Uldjaitû, mais qui ne resta pas longtemps en Perse, puisque dès 726/ 
i 3 â 6 , il était constitué wakf en faveur d’un couvent de la Karâfa, aujour- 
d’hui disparu, 

G. WiET, 


Reinaüd, Mommens du Cabinet du duc de Bïacas, II, p. 46. 
Reinaüd, Monumens, II, p. 49. 


LE MUSÉE DU COUVENT RUSSE 
DU MONT DES OLIVIERS À JÉRUSALEM 

(avec 8 planches) 

PAR 

ÉLISABETH LOÜKIANOFF. 

Les collections du Musée russe du Mont des Oliviers ont été recueillies 
par l’archimandrite Antonin, chef de la Mission Ecclésiastique Russe à 
Jérusalem, de i 865 jusqu’à 189/i. On y a ajouté plus tard des objets, 
trouvés par ses successeurs au cours des constructions russes faites en 
différentes parties de la Palestine. 

Malheureusement ces magnifiques collections après la mort de leur ras- 
sembleur restèrent négligées pendant près de 4o ans. Pendant la Grande 
Guerre tous les inventaires, les descriptions et l’histoire des objets, ainsi 
qu’une partie des collections, celle de numismatique par exemple, ont 
été perdus, ou volés, plusieurs des objets ont été cassés. Enfin on a trans- 
porté les restes au couvent russe, situé au Mont des Oliviers, et on les a 
placés en désordre dans la salle à la célèbre mosaïque où ils se trouvent 
à présent. 

La salle présente elle-même un grand intérêt historique parce qu’elle 
est construite sur les ruines d’un temple datant probablement de l’époque 
de Justinien, La preuve en est une quantité de colonnes et de chapiteaux, 
et enfin la merveilleuse mosaïque, dont je donnerai plus loin la descrip- 
tion détaillée. Dans l’angle droit de la salle est percé un petit orifice con- 
duisant par un escalier antique à une caverne souterraine, laquelle était 
une tombe familiale pour dix personnes. 

Pendant notre séjour d’été au Mont des Oliviei’s en 1929? mon mari et 
moi avons commencé à classer les collections et à les répartir. Mais le 
manque de temps — nous n’avions que quatre mois à consacrer à ce tra- 
vail si intéressant — ne nous a même pas permis d’achever l’inventaire, 


Communication présentée à l’Institut dans sa séance du 4 mai igSi. 
Bulletin de V Institut d* Egypte, t. XIII. «y 


98 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGTPTE. 


tandis que le manque de place, de vitrines, de supports, etc., ne nous a 
pas donné la possibilité de disposer les objets dans Tordre scientifique 
désiré. Nous avons pourtant réussi à les grouper par époques, par pays, et 
suivant leur importance historique. Comme la plus grande partie des ob- 
jets ont été trouvés ou achetés en Palestine, ils reflètent à un certain degré 
la vie de ce pays, son état et sa culture. Tous les changements historiques 
qui eurent lieu en Palestine au cours des siècles — la domination de 
l’ancienne Egypte, le voisinage de la Phénicie et de la Crete, 1 influence 
de la culture égéenne intimement liée avec le commerce de Tyr et de Si- 
don, la vie et la civilisation de la Grèce même et de ses colonies en A^ie 
Mineure, la Rome provinciale avec son art rude mais caractéristique, en- 
suite le christianisme du temps des Apôtres, des premiers siècles de le- 
poque byzantine et des croisades, enfin la conquête de la Terre Sainte 
par les Arabes — toutes ces époques ont leur écho dans les collections du 
père Antonin, ce qui donne au Musée russe en son état actuel un attrait 
original, qui n’existe pour aucun autre musée de Jérusalem. C’est une pe- 
tite encyclopédie vivante des civilisations qui se sont succédé en Palestine, 
et ce fut pour nous une grande consolation, malgré tous les obslacles 
extérieurs, de pouvoir faire ainsi revivre en une certaine mesure son fon- 
dateur, le père Antonin, inoubliable pour Tœuvre russe en Terre Sainte. 

Les collections sont réparties en diverses sections, que nous avons sépa- 
rées autant que nous Ta permis le nombre des armoires et des vitrines 
dont nous pouvions disposer. A cause de la richesse des collections je suis 
obligée de me borner ici à l’indication rapide des pièces les plus remar- 

Dans la section égyptologique , k plus riche des collections, il y a : 

1 ° Un buste remarquable par la finesse du travail, en granit rouge, du 
pharaon Amenhotep III (XVIIP dynastie) sous les traits du dieu Amon-Ra. 
Le buste porte deux cartouches du pharaon. 

9 ° Une statuette en basalte noir d’une reine de l’époque ptolémaïque. 

3° Un fragment de cartonnage avec une scène représentant un Hébreu 
et un Philistin foulés aux pieds par un pharaon. 

4° Une série de bandelettes du Nouvel Empire couvertes de textes hié- 
ratiques, de dessins très fins de la vie rurale et du jugement de Tâme. 

Parmi les nombreux objets de verrerie antique il y a un spécimen très 



LE MUSÉE DU COUVENT RUSSE DU MONT DES OLIVIERS À JÉRUSALEM. 99 


rare de vase double à poignée haute et compliquée. Il servait pour les 
parfums ou pour les fleurs. 

Dans la section gréco-romaine nous avons : 

1 ° Une tête superbe d’Alexandre le Grand, en marbre, ressemblant à 
celle du Musée de Florence et appartenant à l’école de Scopas (pl. VIH, 

fig- 3); 

9® Un torse d’homme en marbre, de grandeur naturelle, de l’école de 
Lysippe; 

S'’ Une admirable tête de femme, en marbre de Paros; 

4° Une collection extraordinaire par sa richesse et sa variété de vases 
en terre cuite de différentes formes et dimensions provenant de Chypre; 

5° Une très grande collection de petites lampes en terre cuite couvertes 
de dessins de différentes époques. Cette collection a une très grande im- 
portance scientifique à cause de sa richesse. 

Parmi la collection d'objets religieux des premiers siècles du Christia- 
nisme il y a : 

1 ® Une calotte de moine copte en tissu ouaté du v® siècle; 

9° Un calice byzantin en fer, daté de looi, c’est-à-dire du temps de 
Basile II Romain. 


Dans la section épigraphique figurent de nombreuses stèles phéniciennes, 
hébraïques anciennes, grecques, latines et coufiques anciennes, non en- 
core décrites (voir pl. H, fig. i, 9, 3, 4; pl. III, fig. 1 , 2 ). L’une d’entre 
elles est ainsi conçue : ^Aux jours losia, roi des Hébreux. Salut à sa 
Maison. J5 La forme de cette stèle, influencée par Tart grec, et celle des 
lettres rappelant les inscriptions palmyréniennes des 11 ® et iii® siècles de 
notre ère, permet de ne pas faire remonter celte stèle plus haut que celte 
époque, comme le croit le D*" Moritz, Dans tous les cas, tout contredit l’opi- 
nion de M. Soukenik, professeur à l’Université Hébraïque de Jérusalem, 
qui vient de prétendre dans une publication qu’il s’agit ici d’Ossia le lé- 
preux, roi des Hébreux au viT siècle avant notre ère. 

On y voit aussi une pièce très rare. C’est une espèce de table 
fraudes en marbre portant sur le rebord une longue inscription en 
hébreu qui va être déchiffrée par le D"* Moritz. Ensuite il y a de 


7 * 


100 


BULLETIN DE LTNSTITÜT D’ÉGYPTE. 


breuses inscriptions funéraires de grand intérêt scientifique, portant des 
noms hébreux écrits en caractères grecs (voir pl. I). 

Il y a une remarquable collechon de croix gavées sur pierre de diffé- 
rentes époques. 

H y a enfin une chose bien curieuse : c’est un bloc de marbre rose 
local portant l’écusson de l’empereur Napoléon gravé avec une finesse 
extrême, caractéristique pour son époque (voir pL III, fig. 3). 

Quant à la section arabe, elle n’est pas grande, mais possède des 
choses très rares ; des faïences de la célèbre mosquée d’Omar, des armes 
arabes, des cachets en verre, des stèles coufiques. 

* 

* * 

Après avoir donné un court aperçu des collections du père Anlonin, je 
dois maintenant attirer l’attention des lecteurs sur les merveilleuses mo- 
saïques du Couvent russe du Mont des Oliviers. Dans différentes parties 
du terrain russe se trouvent des mosaïques appartenant à deux époques 
différentes. 

Dans la chapelle du couvent le plancher est recouvert de trois grandes 
mosaïques provenant du couvent arménien qui y existait aux vm® et ix® 
siècles. La mosaïque centrale représente un tapis, divisé en 35 carrés avec 
différents oiseaux du pays (voir pl. IV). L’inscription arménienne de la 
troisième mosaïque porte le nom de Jacob, évêque arménien de Metz- 
pine (voir pl. V, fig. i). Près du Musée se trouve un tombeau souterrain 
avec plancher en mosaïque aux ornements géométriques portant au centre 
une inscription arménienne et provenant de la même époque que les mo- 
saïques de la chapelle (voir pl. V, fig. s). 

Mais la plus belle et la plus importante des mosaïques de ce couvent 
se trouve dans la grande salle du Musée (voir pl. VI et VII). Parce qu’elle 
porte aussi une inscription arménienne avec le nom d’une certaine Sous- 
sanne au bord du plancher, elle a été décrite par le Rév. P. Vincent comme 
une mosaïque arménienne appartenant à la même époque que les précé- 
dentes. Mais c’est là une erreur évidente même au premier coup d’œil, 
parce que cette mosaïque est toute différente des précédentes, tant par ses 
couleurs que par la finesse et la richesse de sa composition. Jamais l’art 
arménien n’aurait pu atteindre à un niveau aussi élevé. Sa composition 


LE MUSEE DU COUVENT RUSSE DU MONT DES OLIVIERS À JERUSALEM. 101 


consiste en ornements grecs très compliqués et formant des médaillons 
irréguliers et variés, où l’on voit des poissons,, des faisans, des grappes de 
raisin et un bélier dont la tête est à moitié abîmée. Il est clair que notre 
mosaïque appartient sans aucun doute à l’époque byzantine, plus ancienne, 
du VI® siècle et a été usurpée par les Arméniens qui possédèrent ce terrain 
du viii® au XI® siècle. En étudiant attentivement le caractère de l’inscription, 
j’ai constaté qu’elle a été composée plus tard, bien quelle soit faite des 
mêmes pierres. Evidemment il existait à sa place une autre inscription qui 
fut remplacée par la nouvelle, ainsi qu’on peut s’en rendre compte par le 
changement dans la direction des pierres. Deux vignettes seulement au 
commencement et à la fin de l’inscription, ainsi qu’une seule lettre, sont 
restées intactes. J’ai communiqué mon hypothèse au D" Morilz, qui m’a 
répondu qu’il était de mon avis. 

Il y a encore au couvent une mosaïque non encore décrite dans la salle 
de la maison de la Supérieure, portant une inscription grecque du vi® siècle 
qui dit : ^QeoSofricLS rrjs êvSo^ordTs KvêiKvXaplots^y ^ c’est-à-dire qu’il s’agit 
d’une femme de la cour d’un empereur du vi® siècle, probablement Justi- 
nien (voir pl. VIII, fig. i). Parmi les stèles du Musée il y en a une qui 
porte le nom de la même Théodosia, écrit avec les mêmes caractères (voir 
pl. VIII, fig. 2 ). M. Jerfanian, grand connaisseur en épigraphie grecque, 
l’a attribuée au vi® siècle. D’où nous pouvons conclure que la grande 
mosaïque, même sans parler de sa technique, qui correspond tout à fait à 
celle des mosaïques byzantines du vi® siècle nouvellement trouvées à Dje- 
rash en Transjordanie, remonte à coup sûr à cette époque. 

Quant à la mosaïque arménienne de la chapelle, elle est faite dans le 
même style mais plus simplifié : les ornements de la bordure sont beau- 
coup moins compliqués, sans le ruban caractéristique de l’art grec; les 
ornements du tapis sont complètement privés de la richesse qui est remar- 
quable dans la mosaïque du Musée. 

Invitée par Son Eminence l’Archevêque Anastase à continuer notre tra- 
vail et passer cet été au jardin de Gethsémanie, je serai heureuse de re- 
prendre mon travail resté inachevé et de pouvoir déchiffrer pièce par 
pièce les spécimens les plus importants de la belle collection de l’archi- 
mandrite Antonin. 

Elisabeth Loukunoff. 



EXTRAITS 

DES PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES. 


SÉANCE DU 10 NOVEMBRE 1930. 


Présidence de M. le N. Georgiadès bey, président. 


La séance est ouverte à 5 h. 1/2 p. m. 

Sont présents : 

MM. D' N. Georgiadès bey, président. 

H. Gauthier, secrétaire général, 

D'' I. G. Lévi, secrétaire adjoint. 

D** Hassan Sadek, trésorier-bibliothécaire p. i. 

Membres résidants : S. E. Ahmed Zéki pacha, Rév. P. Bovier-Lapierre, 
MM. J. Cuvillier, Farid Boulad bey, G. Ferrante, P. Lacau et J.-B. Piot 
bey. 

Membres correspondants : MM. le D*" A. Azadian et H. O. Little. 

Assistent à la séance : M. le D' Diamanlis, S. E. Moustapha bey Fahmy, 
MM. Greaves, Loukianoff, Pauty, Rév. P. Suys, etc. 

Le Secrétaire général donne lecture du procès-verbal de la séance du 
5 mai, qui est adopté sans observations. 

Après avoir présenté un certain nombre d’ouvrages offerts par leurs 
auteurs h notre Bibliothèque et avoir remercié les donateurs, le Président 
donne lecture d’une lettre de notre confrère M. Cuvillier, remerciant 
rinstilul d’avoir imprimé son mémoire Révision du Nummulitique Egyptien. 


m 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


M. le D** Hassaïî Sadek présente ensuite, au nom de M. l’Ingénieur 
Alexandre Fénine, la substance d’une importante contribution sur La for-- 
malton géologique des minerais de manganèse au Sindi. L’auteur est un ingé- 
nieur réputé en Russie, où il a travaillé pendant 3 o ans dans les mines 
de charbon, de 1889 à 1919. Réfugié en Égypte à la suite de l’échec de 
l’armée volontaire du général Denikine , il y a entrepris divers travaux im- 
portants, entre autres des recherches sur les phosphates et le pétrole des 
bords de la mer Rouge et, en 1929, une étude et une description géolo- 
gique de certains gisements de minerais de manganèse du Sinaï, où il 
dirigeait des recherches minières dans les concessions de la Société de 
Gebel Asmar. Ce sont les résultats de cette dernière étude qu’il présente à 
l’Institut dans sa communication, pour laquelle il reçoit les félicitations et 
les remerciements de notre Président {^Bulletin, p. iS-aG). 

La parole est ensuite donnée à S. E. Moustapha bey Fahmy, sous-direc- 
teur de l’Administration centrale des Bâtiments du Gouvernement égyptien , 
pour un très intéressant mémoire consacré à U apprentissage dans rindus- 
trie du bâliment. M. le D** I. G. Lévi présente diverses observations, à la suite 
desquelles le Président adresse à l’éminent conférencier les remerciements 
et les félicitations de l’Institut (^non imprimé^ 

Enfin M. le Prof. Grégoire Loukianoff lit une courte note intitulée : Qui 
est l'auteur du poème héroïque sur la bataille de Qadech? Ayant remarqué 
dans ce poème, dont il est le premier à avoir pu reconstituer le texte inté- 
gral grâce à la découverte de nouveaux fragments sur le mur ouest du 
temple de Louxor, de fréquentes alternances entre le style impersonnel à 
la 3 ® personne et le style personnel à la 1^® personne, M, Loukianoff émet 
l’hypothèse que le Pharaon Ramsès II, héros du poème, pourrait en avoir 
été lui- même l’auteur. 

Le Président remercie M. Loukianoff et lève la séance à 7 heures p. ra. 

Le Secrétaire général, 

H. Gauthier, 


PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES. 


105 


SÉANCE DU 8 DÉCEMBRE 1930. 


Présidence de M. le D" N. Georgiadès bey, président. 


La séance est ouverte à 5 h. i/ù p. m. 

Sont présents : 

MM. D** N. Georgiadès bey, président, 

H. Gauthier, secrétaire général. 

Hassan Sadek, trésorier-bibliothécaire p. L 
I. G. Lévi, secrétaire adjoint. 

Membres résidants : D"* Ahmed Issa bey, S. E. Ahmed Zéki pacha, MM. J. 
Cuvillier j Farid Boulad bey, G. Ferrante, D' W. F. Hume, P, Jouguet, P. 
Lacau et J.-B. PiOT bey. 

Membres correspondants : A. Azadian, MM. H. 0 . Little, A. Sammargo 

et Rév. P. Sbath. 

M. le Prof. Mansoür Fahmy s’est excusé. 

Le Secrétaire général donne lecture du procès-verbal de la séance du 
10 novembre, qui est adopté sans observations. 

Le Président fait part à l’Institut de deux décès survenus pendant les 
vacances, celui de S. E. Boghos Nubar pacha, membre résidant depuis 
1899 , et celui du Prof. Jean Brunhes, membre honoraire depuis le 3 mars 
1902. 11 prononce l’éloge des deux disparus (voir Vannexe^ et suspend la 
séance pendant quelques minutes en leur mémoire. 

Le Président présente ensuite un certain nombre d’ouvrages offerts par 
leurs auteurs à notre Bibliothèque et remercie les donateurs. 

Avant que soit abordé l’ordre du jour, S. E. Ahmed Zéki pacha demande 
la parole pour revenir sur un sujet dont il a déjà entretenu l’Institut en 
1920. Il s’agit de la prétendue découverte au Mexique d’une tribu arabe 
ayant conservé sa langue, sa religion, ses usages et son costume. Une 


106 


BULLETIN DE L’INSTITUT D'ÉGYPTE. 


autre tribu arabe vivrait aussi actuellement au Brésil. Ce sont, peut-être, 
dit Zéki pacha, des descendants du grand Empire arabe qui s’étendait 
au Moyen Age sur toute la moitié nord de l’Afrique, et dont les ancêtres 
auraient découvert et exploré l’Amérique bien avant Christophe Colomb. 

S. E. Ahmed Zéki pacha prie l’Institut de demander au gouvernement 
égyptien d’envoyer un délégué au Brésil et au Mexique pour se renseigner 
sur l’existence et l’identité de ces tribus arabes. 

Le Président le remercie d’avoir piqué la curiosité du monde savant en 
soulevant à nouveau cette question, qui sera examinée après la séance 
publique, en comité secret. 

L’ordre du jour appelle ensuite une communication de S. A. R. le Prince 
Omar Toüssoün intitulée Les Oasis; ce qui a été écrit à leur sujet dans les 
œuvres des auteurs arabes. L’auteur s’étant excusé de ne pouvoir assister à la 
séance, c’est M. le D"* Georgiades bey qui expose brièvement la substance 
de ce mémoire. Il attire surtout l’attention sur le fait que bien rares sont 
ceux parmi les auteurs arabes qui se sont effectivement rendus aux Oasis; 
aussi une bonne partie de leurs descriptions sont-elles assez fantaisistes. 

Le Président adresse à S. E. le Prince Omar Toussoun les félicitations 
de l’Institut pour avoir assumé la lourde tâche de réunir tous ces rensei- 
gnements, qui seront précieux à quiconque voudra étudier les Oasis égyp- 
tiennes. 

L’heure étant assez avancée, S.E. Ahmed Zéki pacha renonce à sa com- 
munication annoncée sur Gémistos (Pléthon), qui est renvoyée à la séance 
prochaine. 

M. PiOT BEY rappelle que feu notre regretté Président, Victor Mosséri, 
avait donné lecture le 3 mal 1937 d’une communication sur Le dévelop- 
pement du fruit et la formation des réserves chez le cotonnier et les végétaux 
en général. Ce travail n’avait pu être imprimé parce qu’il y manquait un 
certain nombre de compléments indispensables. M. Henry Mosséri a pu 
mener à bonne fin l’œuvre paternelle restée inachevée et nous la présente 
aujourd’hui prête à être publiée. L’Institut décide d’éditer en tête de son 
prochain Bulletin celte importante contribution à une question qui n’a pas 
cessé d’être d’une pleine actualité {^Bulletin, p. 1-1 â). 


PROCÈS-VERBAUX DES" SÉANCES. 


107 


Le Président donne ensuite la parole au D’' Mohammed Khalil Abd el- 
Khalek bey pour une communication en langue anglaise, illustrée de pro- 
jections lumineuses, sur Les maladies infectieuses observées sur les pnsonniers 
du bagne de Tourah. Après avoir présenté quelques observations et remercié 
le conférencier, le Président lève la séance à 6 h. 4 0 et l’Institut se réunit 
en comité secret. 

Le Secrétaire général, 

H. Gauthier. 


ANNEXE. 

NÉCROLOGIE. 

Boghos Nübar pacha naquit au Caire le 2 avril i 852 . Comme son père, le grand 
homme d’Etat égyptien, il fit ses études en Suisse puis en France, où il obtint le 
diplôme d’ingénieur des Arts et Manufactures. 

Rentré en Egypte, il s’adonna aux questions industrielles, financières et agricoles. 
Il fut un des fondateurs, puis administrateur et Président du Conseil d’ Administra- 
tion de la Société de la Béhéra. 

Nommé administrateur des Chemins de fer égyptiens, il donna à cette administra- 
tion, où tout était à créer, toute son activité et sept années de labeur aussi opiniâtre 
qu’éclairé. 

Avec le Baron Empain il fonda la ville d’Héliopolis, eu pleine prospérité aujour- 
d’hui, et en igoS il fut choisi par le gouvernement égyptien comme délégué à l’As- 
semblée. internationale réunie à Rome qui jeta les bases de l’Institut international 
d’Agriculture. 

Fondateur de la Société du Menzaleh ainsi que des Tramways d’Alexandrie, il eét 
l’auteur d’une laboureuse automobile qui obtint à l’Exposition de 1900 à Paris une 
médaille d’or et valut à son inventeur la Croix de Chevalier de la Légion d’Honneui'. 

A la mort de son père il lui succéda comme chef de la colonie arménienne et depuis 
il fut le patriote le plus ardent, le défenseur le plus dévoué des intérêts arméniens, 
et son inlassable activité et ses bienfaits ne se sont pas ralentis jusqu’à sa mort. 

Nombreuses sont les œuvres fondées, patronées et subventionnées par lui dans la 
communauté arménienne du Caire. 

Son activité, demandant un plus vaste champ d’action, franchit les frontières de 
l’Égypte et il fonda l’œuvre des boursiers arméniens, la clinique ophtalmologique 


108 


BULLETIN DE LTNSTITÜT D’EGYPTE. 


d’Érivan, la bibliothèque arménienne de Paris, le scholarship de TUniversité d’Ox- 
ford, la maison des étudiants arméniens à la Cité universitaire de Paris, etc., etc. 

A l’ensemble de ces œuvres il a consacré de sou vivant une somme d’environ dix- 
sep t millions de francs. 

Durant ses années d’Égypte il fut un des membres actif de notre Institut. 

Il collabora avec S, E. Yacoub Artin pacha sur Part arabe. 

11 fit don à notre Bibliothèque des nombreux travaux de M. Cossmann ; 

Essai de Paléontologie comparée; 

Iconographie complète des coquilles fossiles de Véochne des enoirons de Paris; 

Revue critique de Paléontologie i 8 gj d igii, etc. 

11 avait été élu membre résidant de PInstitut d’Égyple dans la séance du 5 mai 
1899 par ih voix sur i 5 votants. 

Jean Brunhes naquit en 1869 à Toulouse d’un père dont PUniversité a gardé le sou- 
venir comme un des maîtres les plus brillants. Au sortir du Lycée Louis-le-Grand et 
après PEcole Normale Supérieure il entra à la Fondatiou Thiers et suivit les cours de 
PÉcole des Mines, de PEcole des Ponts et Chaussées et de PInstitut agronomique. C’est 
dire l’universalité de son esprit et l’ardeur de son âme à s’instruire avant d’instruire 
les autres. I! fut professeur à Lille, puis à Fribourg, où durant seize ans il enseigna 
la Géographie humaine. 

Lorsque Albert Kabr fonda au Collège de France la chaire de Géographie humaine, 
Jean Brunhes fut appelé à l’occuper. 11 fît des conférences au Canada, eu Espagne, 
en Yougoslavie, et même en Extrême-Orient. 

Ses principales œuvres sont : La Géographie humaine; La Géographie humaine de la 
France; La Géographie de la paix et de la guet're; Les Races; etc. 

Il était membre de l’Académie des Sciences morales et politiques. 

Il était membre honoraire de notre Institut depuis le 3 mars 1902. 


N. Georgiadès. 


PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES. 


109 


SÉANCE DU 12 JANVIER 1931. 


PRESIDENCE DE M. LE D’* N. Georgiadès président. 


La séance est ouverte à 5 heures p. m. 

Sont présents : 

MM. N. Georgiadès bey, président, 
ïl. secrétaire général. 

D** Hassan Sadek, trésorier-bibliothécaire p. i. 

D’' I. G. Lévi, secrétaire adjoint. 

Membres titulaires : S. E. Ahmed Zéki pacha, D'* Ahmed Issa bey, S. E. Abd 
el-Meguid Omar bey, Rév. P. Bovier-Lapierre, MM. I. J. Craig, Farid Boulad 
bey, g. Ferrante, W. F. Hume, P. Joüguet, P. Lacau, D" G. 0. Lotsy, 
A. Lucas, Cheikh Moüstapha Abd er-Razeq, J.-B. Piot bey, Prof. U. Ricci et 
D"" W. F. Wilson. 

Membres correspondants : MM. le D" A. Azadian, G. Guémard et A. Sam- 
marco. 

MM. J. Cuvillier et H. 0. Little se sont excusés. 

Assistent à la séance le Rév. P. Carlo Tappi, MM. Bachatly, Pellegrin, 
le D** Diamantis, etc. 

Le Président donne immédiatement la parole au Secrétaire général pour 
la lecture du procès-verbal de la séance du 8 décembre 1980, qui est 
adopté sans observations. 

S. E. Ahmed Zeki pacha fait une intéressante communication iSwr une 
traduction arabe de Gémistos {^Pléthmi^^ le rénovateur du paganisme dans la 
Grece chrétienne (elle sera imprimée dans le prochain volume du Bulletinf 


110 


BULLETIN DE LTNSTITÜT D’ÉGYPTE. 


Après avoir remercié l’orateur, le Président donne la parole à M. le D*" 
W. F. Hume pour présenter à l’Institut la substance d’un mémoire de 
Miss Elinor W. Gardner intitulé Some lacustrine Mollusca from ihe Faiyurn 
Oasis. 

Le Président prie M. le D** Hume d’adresser à l’auteur les remerciements 
de l’Institut pour avoir bien voulu lui réserver ce travail si riche en 
données nouvelles sur la géologie et les coquillages des anciens lacs du 
Fayoum. Cet ouvrage formera le tome XVIII de nos Mémoires, 

L’ordre du jour appelle enfin une communication de M. Charles Bachatly 
pour présenter Un manuscrit autographe de Don Raphaël, membre de Vlnstitut 
d'Égypte Après avoir tracé à grands traits la biographie de l’auteur, 

complétée par les renseignements extraits du manuscrit lui-même, M, 
Bachatly donne un rapide compte rendu de l’ouvrage, en signalant tout 
particulièrement les documents inédits qui se rapportent à l’histoire de 
l’Expédition française en Egypte et au premier Institut d’Egypte fondé par 
Bonaparte, dans lequel Don Raphaël eut l’honneur de représenter l’Orient 
{^Bulletin, p. 27-35). 

Après quelques observations de MM. Güémard, Georgïadès bey et Gau- 
thier, le Président félicite M. Bachatly pour avoir découvert ce curieux 
manuscrit et se rallie au désir formulé par M. Guémard que de nouvelles 
recherches soient entreprises pour éclairer la figure, encore assez mal 
connue, de cet actif précurseur de nos travaux. 

La séance est ensuite levée à 6 h. ijà, et l’Institut se^forme en comité 
secret. 


Le Sec ré (aire général, 
H. Gauthier. 


PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES. 


111 


ANNEXE. 

« 

ÉTAT DES COMPTES DE LTNSTITÜT D’ÉGYPTE POUR L’ANNÉE 1930 
PRÉSENTÉS PAR M. LE D" HASSAN SADEK, TRÉSORIER-RIBLIOTHÉCAIRE P. I. 


Recettes. 

L. E. Mill. 

i" Solde au Crédit Lyonnais au 3 i décembre 1929 1291 696 

2“ Subvention du Gouvernement égyptien 1^97 000 

3 ® Vente de Bulletins et Mémoires ^5 857 

li° Intérêts consentis par le Crédit Lyonnais sur nos dépôts , année 1930. 37 260 

B*’ Location de la Salle à la Société Royale de Médecine i a 5 o 

Total des recettes 2878 062 


Dépenses. 

1“ Appointements: 

a, Aide-Bibliothécaire : L. E. 28 x 12= L. E. 336 

b. Farrache : L. E. 6 , 5 oo mill. x 12= 7^ 

Total .... L. E. /i 1 4 

2“ Publications, fiches, imprimés, douane, etc 

3 ” Reliures 

4 “ Achat de deux fichiers, d’étagères, d’une lampe portative pour la 

salle des séances, et réparations diverses 

5 " Profils et pertes (Wachler relieur) 

6® Frais divers : envois des Bulletins et Mémoires , fournitures de bureau , 

poste, eau, électricité, téléphone, etc 

7® Abonnements à divers périodiques 

8® Achat d’ouvrages pour la Bibliothèque 

Total des dépenses .... 


L. E. Mill. 


4 i 4 000 
935 262 
7 120 

33 o 65 
5 000 

85 626 
5 197 
27 3 i 5 

i5i2 5^ 


Récapitulation. 

L. E. Mill. 

Recettes »... 2878 062 

Dépenses 1612 585 

Excédent des recettes sur les dépenses, déposé au 

Crédit Lyonnais 1^60 467 


plus un dépôt de 1 3 1 francs français à la Librairie Flammarion à Lyon, 


112 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


BIBLIOTHÈQUE. 

Dernier numéro enregistré le 3 i décembre 1929 29106 

— — — . — 19^0 29677 


soit une augmentation de 671 volumes, provenant d’achats, de dons et d’échanges. 

Le Trésoner-Bibliothécatre p. L, 
Hassan Sadbk. 


SÉANCE DU 23 FÉVRIER 1931. 


Présidence de M. Pr Jouguet, président. 


La séance est ouverte à 5 h. i/4 p. in. 

Sont présents : 

MM. P. Jouguet, président. 

W. F. Hume, vice-président. 

H. Gauthier, secrétaire général. 

D"* Hassan Sader bey, trésorier-bibliothécaire. 

D" I. G. Lévi, secrétaire adjoint. 

Membres titulaires : D"" Ahmed Issa bey, S.E. Ahmed Loutfy bey el-Sayed, 
S. E. Ahmed Zéki pacha, Rév. P. Bovier-Lapierre, MM. LJ. Craig, J. Cu- 
villier, Farid Boülad bey, g. Ferrante, D"* N. Georgiadès bey, P. Lacau, 
D"* G. O. Lotsy, a, Lucas, D** Mansour Fahmy, D"* A. Mochi, S. E. Mohamed 
Chahine pacha. Cheikh Moustapha Abd er-Razek, MM. F. J. Peter, J.-B. Piot 
BEY, Prof. U. Ricci, Taha Hussein et G. Wiet. 

Membres correspondants : MM. le D** A. Azadian, A. Sammarco et Rév. P. 
P. Sbath. 

Assistent à la séance : MM. Berget, Proviseur du Lycé^ français, P. 
Conin-Pastour, D"* Meyerhof, Socrate Aposlolidis, etc. 


PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES. 


113 


Eu ouvrant la séance , M. P. Jouguet remercie en quelques mots l’Institut 
pour 1 avoir désigné à la Présidence de ses travaux. 

Le Secrétaire général donne lecture du procès-verbal de la séance du 
12 janvier, qui est adopté sans observations. 

M. le D"N. Georgiadès bey offre à notre Bibliothèque, au nom de son au- 
teur, un ouvrage de M. Athanase G. Politis, premier secrétaire de la Léga- 
tion de la République Hellénique en Égypte , sur Un projet d'alliance entre 
l'Egypte et la Grèce en i86j, faisant partie des publications spéciales édi- 
tées par la Société Royale de Géographie d’Égypte sous les auspices de 
S. M. le Roi Fouad 

Le Président remercie et donne la parole à M. Farid Boulad bey, qui 
présente un compte rendu détaillé de sa mission aux deux Congrès Inter- 
nationaux du Béton armé et de la Construction métallique tenus à Liège 
du 1 ®** au <7 septembre iq3o, où l’Institut l’avait chargé de le représenter 
[Bulletin, p. 37-Ù5). 

L’ordre du jour appelle ensuite une communication du Rév. P. Paul 
Sbath, membre correspondant, sur L'ouvrage géoponique d'Anatolius de 
Bérytos [iv^ siècle ap. à laquelle S. E. Ahmed Zéki pacha et M. G. Wiet 

ajoutent d’importantes observations [Bulletin, p. ùy-bù). 

Enfin M. l’ingénieur-architecte Socrate Apostolldis donne lecture d’une 
étude Sur le nouveau système de plancher « Dokos w en briques creuses et béton 
armé sans coffrage ni boisage. D’importants essais de ce plancher, imaginé 
par l’auteur même de. la communication , ont été faits aux chantiers du 
Service des Bâtiments de l’État Égyptien et ont donné des résultats satis- 
faisants qui sont exposés dans son mémoire. D’autre part, le système a 
valu à son auteur l’octroi d’un diplôme de médaille d’or décerné par le Jury 
International du Groupe 19 du Génie Civil à la récente Exposition Inter- 
nationale Industrielle et Scientifique de Liège [Bulletin, p, 55-63). 

M. Farid Boulad bey ajoute à celte intéressante communication une 
note sur la résistance parfaite de ce nouveau mode de construction [Bul- 
letin, p. 63-65). 

Bulletin de Institut Egypte , i. XIII. g 


i\à 


BULLETIN DE LTNSTITÜT D’ÉGYPTE. 


M. le D" I. G. Lévi fait ressortir l’intérêt économique du béton armé 
dans un pays pauvre en bois et en fer comme l’Egypte. 

Après avoir remercié les divers orateurs le Président lève la séance à 
6 h. i/4 , et l’Institut se forme en comité secret. 

Le Secrétaire général, 

H. Gauthier. 


SÉANCE DU 9 MARS 1931. 


Présidence de M. le N. Georgiadès bey, vice-président. 


La séance est ouverte à 5 h. 3o p. m. 

Sont présents : 

MM. D"* W. F. Hume, 

D"* N. Georgiadès bey, 

H. Gauthjer, secrétaire général, 

D*" Hassan Sadek bey, trésorier-bibUothécaire. 

I. G. Lévi, secrétaire adjoint. 

Membres titulaires : Ahmed Issa bey, D** A. Azadian, Rév. P. Bovier- 

Lapierre, mm. J. Cuvillier, Farid Boülad bey, A. Lucas, D"' Mohamed Khalil 
Abd el-Khalek, J.-B. Piot bey et A. Sammargo. 

M. P. JouGüET, absent en Haute-Égypte, et M. A. G. Politis, en mis- 
sion en Abyssinie, se sont excusés. 

Assistent à la séance : MM. Socrate Apostolidis, D' Diamantis, Prof. 
Loukianoff, Rév. P. Tappi, etc. 

Le Secrétaire général donne lecture de la séance du 2 3 février, qui est 
adopté sans observations. 



PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES. 


115 


Le Président souhaite la bienvenue aux membres titulaires présents 
nouvellement élus, MM. les D” A. Azadian et Mohamed Khalil Abd el-Khalek 
et M. le Prof. A. Sammabco, et fait part à l’Institut des lettres de remercie- 
ments que nos nouveaux confrères lui ont adressées. 

Après la présentation de certains ouvrages, le Présideht donne la pa- 
role à M. le Prof. G. Loukianoff pour une communication , illustrée de 
nombreux dessins et photographies, sur le dieu Ched el l’évolution de son culte 
dans Tancienne Egypte (^Bulletin, p. 67-84). 

Le Rév. P. Bovier-Lapiiîrre demande quelques éclaircissements sur les 
origines asiatiques de ce culte et sur la date de son importation en Egypte. 

Après avoir remercié le conférencier, le Président donne la parole à 
M. le D'' Diamantis pour une communication sur La chimiothérapie antibil- 
harzienne mixte en Égypte {Bulletin, p. 86-89 ). 

M. le N. Georgiadès bev félicite l’orateur pour les efforts persévérants 
déployés par lui depuis de longues années dans la lutte contre ce terrible 
fléau du fellah qu’est la Bilharziose. 


La séance est levée à 6 h. 4o. 


Le Secrétaire général, 
H. Gauthier. 


SÉANCE DU 20 AVRIL 1931. 


Présidence de M. P. Jougüet, président, 

La séance est ouverte à 6 heures p. m. 

Sont présents : 

MM. P. Jougüet, président, 

D^W. F. Hume, ) , 

D r n ^ } vice-présidents, 

iN. (jeorgiades bey, ) ' 

H. Gauthier , secrétaire général, 

D** I. G. Lévi, secrétaire adjoint. 


8 . 


116 


BULLETIN DE LTNSTITÜT D’ÉGYPTE. 


Membres titulaires : MM. le D’“ A. Azadian, Rév. P. Bovier-Lapierre, J. 
Cuvillier, Farid Boulad bey, G. Ferrante, P. Lagaü, A. Lucas, Prof. Man- 
souR Fahmy, D' Mohamed Khalil Abd el-Khalek, J.-B. Piot bey, A. G. Politis, 
Et. Royer, Rév. P. P. Sbath, Prof. Taha Hussein et G. Wiet. 

Assistent à la séance MM. le Paul Valentin, Ch. Bachatly, Hussein 
Rached effendi, conservateur du Musée de TArt arabe, etc. 

Le Président donne la parole au Secrétaire général pour la lecture du 
procès-verbal du 9 mars, qui est adopté sans observations. 

Le Président souhaite la bienvenue à M. Politis, qui pour la première 
fois depuis son élection assiste à nos séances. 

Il présente ensuite certains ouvrages offerts à notre Bibliothèque par 
leurs auteurs, entre autres le 3® volume des Monumenla cartographica Afri~ 
cm et Aegypti de S. A. le Prince Youssouf Kemal, à qui une lettre spéciale 
de remerciements sera adressée. 

La parole est ensuite donnée à M. G. Wiet pour une communication 
sur Deux manuscrits égyptiens à rExposition J! Art persan de Londres, Il s agit 
de deux manuscrits portant des ex-librts de souverains égyptiens. L’un est 
le second volume d’un ouvrage du célèbre médecin, connu en Europe dès 
le Moyen Age sous le nom de Rhazès, offert par son auteur à la biblio- 
thèque du souverain Malik Sâlih Isma'ïl, qui régna de y/iS à 7/16 H. 
(1 342 - 1345 ). L’autre comprend une œuvre spécifiquement égyptienne; 
c’est un de ces beaux Corans calligraphiés dont la collection de la Biblio- 
thèque Royale Egyptienne du Caire est célèbre à juste titre; il a été achevé 
en l’année 739 H. (i 338 -i 339 ), c’est-à-dire à la fin du règne de Mu- 
hammad ibn Kalâwûn, et, à la différence du précédent, il comporte du 
moins une reliure vraiment persane {^Bulletin, p. 91-96). 

Le Président remercie M. G. Wiet pour avoir rendu en quelque sorte à 
l’Egypte, leur pays d’origine, ces deux manuscrits étrangement égarés dans 
une exposition d’art persan. 

^ r 

L’ordre du jour appelle ensuite une cctomunication de M. Etienne Royer 
intitulée Recherches sur Taviation, Etude de Voiseau, Ce travail Important est 
le fruit de longues années de patientes observations. Il est le complément 


PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES. 


117 


naturel de la communication que notre, savant confrère nous avait pré- 
sentée le i 5 février 1926 et qui a paru au tome VIII de notre Bulletin 
(p. 1 43-1 64 ) sous le titre U aviation et les oiseaux d* Égypte. Mais tandis 
que cette dernière présentait la question de l’aviation et les études per- 
sonnelles de M. Royer sous un point de vue général, les descriptions qui 
nous sont données celte fois sont plus particulièrement précisées et dé- 
taillées. Les observations sont divisées en trois catégories respectivement 
intitulées : 

a. Études morphologiques générales : milieu aérien et aquatique; 

b. Etudes anatomique et physiologique de ï oiseau; 

c. Observations sur le vol à voile. 


Une très intéressante discussion technique s’engage ensuite entre le 
conférencier et M. le D** Paul Valentin , dont on connaît les recherches per- 
sonnelles dans le domaine de l’aviation. 


Le Président adresse à M. Royer les remerciements de l’Institut et lève 
la séance à 7 h. i/4. 

Le Secrétaire général, 

H. Gauthier. 


SÉANCE DU 4 MAI 1931 . 


Présidence de M. P. Jouguet, président. 


La séance est ouverte à 6 heures p. m. 


Sont présents : 


MM. P. Jouguet, président, 

D'W.F. Hume, ) . 

rw- TVT A ( Vice-présidents, 

D iN. ÜEORGIADES BEY, ) ^ 

H. secrétaire général, 

D' Hassan Sadek bey, trésorier-bibliothécaire, 
I. G. Lévi, secrétaire adjoint. 


118 


BULLETIN DE LTNSTITÜT D’ÉGYPTE. 


Membres titulaires : S. E. Ahmed Zéki pacha, D*" A. Azadian, Rév. P. Bo- 
vier-Lapierre, mm. J. Cuvillier, G. Ferrante, A. Lucas, D** A. Mochi, D** 
Mohamed Khalil Abd el-Khalek, MM. J. -B. Piot bey, A. G. Politis, A. Sam- 
marco et Rév. P. P. Sbath. 

Assistent à ia séance : le Rév. P. Tappi, M. et M’’"® Loukianoff, le D" et 
M“® Paul Valentin, etc. 

Le Secrétaire général donne lecture du procès-verbal de la séance du 
2 0 avril, qui est adopté sans observations. 

Le Président présente divers ouvrages offerts à notre Bibliothèque par 
leurs auteurs, puis il déclare vacant le siège de M. le D’’ G. 0. Lotsy qui, 
ayant quitté l’Egypte sans esprit de retour, devient membre honoraire. 

Le Secrétaire général présente en quelques mots, au nom de son au- 
teur, M. Paul Pallary, un mémoire sur La vie du naturaliste Marie Jules- 
César Lelorgne de Savigny membre du premier Institut d’É- 

gypte dans la section de physique et d’histoire naturelle, dont la per- 
sonnalité était restée à peu près jusqu’ici ignorée. Un second mémoire, qui 
est en préparation, sera consacré à l’œuvre de ce savant (voir ïaunexe^ 

Le Président charge le Secrétaire général d’adresser à notre confrère 
M. P. Pallary les remerciements de l’Institut pour cette importante con- 
tribution qui formera le tome XVII de nos Mémoires, 

La parole est ensuite donnée à M""® Elisabeth Loukianoff pour une comr 
munication sur Le musée du couvent russe du Mont des Oliviers à Jérusalem, 
collection encore assez mal connue d’objets antiques de toutes les civilisa- 
tions et de toutes les époques (^Bulletin, p. qy-i o i ). 

M. P. JouGUET, en remerciant M“® Loukianoff, lui demande quelques ren- 
seignements supplémentaires sur certains monuments des époques alexan- 
drine et ptolémaïque. 

La séance est levée à 6 h. /io. 

Le Secrétaire général, 

H, Gauthier. 

I 


PROGÉS-VERBAÜX DES SÉANCES. 


119 


ANNEXÉ. 

LA VJE ET L’OEUVRE DE MARIE JULES-CESAR SAVIGNY, PAR M. P. PALLARY. 

VOLUME SA VIE. " 

M. Paul Pallary, qui depuis bientôt 3o ans appartient à notre Compagnie en qua- 
lité de membre honoraire, et qui, entre autres travaux de première importance, nous 
a donné en 1926 une Explication des Planches de J. C. Savigny tu, vient de nous 
adresser le premier des deux volumes qu’il a consacrés à la vie et à Tœuvre de ce 
même naturaliste , qui fut membre de l’Institut d’Égypte fondé par le général Bona- 
parte, dans la section de physique et histoire naturelle. 

Le premier volume, que présente aujourd’hui M. Pallary, fait donc revivre la per- 
sonnalité, à peu près ignorée jusqu’ici, du grand naturaliste de l’expédition de Bona- 
parte. 

Le second volume, qui est en préparation, sera consacré à YœuVre de Savigny. 

[H. G.] 


Marie Jules^César Lelorgne de Savigny naquit le 5 avril 1777 à Provins. 11 fit 
partie de l’expédition d’Égypte avec Étienne Geoffroy Saint-Hilaire, tous deux comme 
zoologistes. Il explora TÉgypte depuis le littoral méditerranéen jusqu’à Philæ et fit, 
en 1798, un séjour des plus fructueux à Suez. 

Son activité fut prodigieuse : il recueillit une très grande quantité d’animaux, sur- 
tout des invertébrés, et, après le retour de l’armée en France, il mit en œuvre l’impor- 
tant matériel qu’il avait rapporté. 

Mais de son séjour dans les déserts africains, et surtout de la fatigue visuelle con- 
sécutive à ses observations, il résulta une maladie nerveuse, très grave, qui se porta 
sur les yeux, le contraignant à suspendre tout travail. Au dire des médecins, cette 
affection devait s’atténuer par le repos. 

Un ami, M. de Sainteville, lui ouvrit sa maison, le chalet de Gally, dans le parc 
de Versailles, ou il fut transporté dans un état lamentable. Mais, bientôt fatigué de 
l’Inaction à laquelle il était condamné et dans l’espoir de hâter sa guérison, il fit un 
voyage en Italie, où il demeura jusqu’en 1892. Sa santé s’étant améliorée , tourmenté 
du désir de terminer rapidement ses grands travaux sur les invertébrés de l’Egypte et 
de la Syrie qui devaient paraîtra dans la Description de V Egypte, il rentra en France 
et se remit au travail avec une fiévreuse activité. Mais en 182 A l’affection nerveuse. 


U) Mémoires présentés à Institut d’Égypte, t. XI (Le Caire, 1926), viii-hi39 pages et 
XVIII planches in-A®. 


120 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


qui paraissait enrayée, se manifesta de nouveau avec une violence plus intense et rien 
ne put en arrêter les progrès; elle avait son siège dans Torgane de la vue qui, peu à 
peu, devint incapable de supporter la lumière la plus adoucie. 

Dans une des lettres que Savigny dictait (i 843 ) dans les moments où le calme re- 
naissait dans son esprit, rien n’est plus poignant que le récit quil fait des souffrances 
intolérables qui le torturaient, des hallucinations bizarres et épuisantes qui le han- 
taient; si des périodes de rémission se produisait, la vue demeurait d’une telle 
susceptibilité qu’il était condamné à vivre dans Tobscurité absolue. 

C’est alors que se manifesta le dévouement de Letellier de Sainleville, qui fit 
le sacrifice de sa vie pour mener à Gaily, pendant vingt-sept années, auprès du 
pauvre naturaliste, la plus triste et la plus douloureuse existence, remplissant l’œuvre 
de charité la plus admirable. 

Savigny s’éteignit le 5 octobre i 85 i, dans ce chalet de Gally, où il était reclus 
depuis si longtemps. 

Les splendides planches que Savigny avait fait exécuter pour la Description de 
gypte étaient publiées, mais le texte manquait. Le ministre Corbière chargea donc 
un jeune naturaliste, Audouin, de préparer un texte explicatif de ces planches. Mal- 
heureusement, ce savant, quoique très bon entomologiste, n’était pas préparé pour 
celte tâche et le travail qu’il publia n’est que très peu utilisable. 

Grâce à la Irouvaillc, faite à Versailles par M. Ganu et moi-même, des vélins ori- 
ginaux de ces planches, de dix liasses de manuscrits, d'aune grande partie de ses col- 
lections, surtout celle des Mollusques, il sera possible dorénavant de tirer un meilleur 
parti de ces planches. Les vélins et collections sont maintenant au Muséum , où il sera 
possible de les consulter. 


P. Pallary. 


LISTE 


DES 

MEMBRES TITULAIRES DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE 

AU 30 JUIN 1931. 


La date qui suit le nom est celle de la nomination comme membre de l’Institut Égyptien 
ou de rinstilut d’Égypte; le nom du prédécesseur des membres actuels est indiqué entre pa- 
renthèses. 

SECTION. 

LETTRES, BEAUX-ARTS ET ARCHÉOLOGIE. 

AHMED ZÉKI PACHA, 6 décembre 1909. (Sir William Garstin.) 

LACAU (Pierre), 1" décembre 1913. (Bonola bey.) 

FOUCART (George), 6 décembre 1915. (Max Herz pacha.) 

GAUTHIER (Henri), 6 décembre 1915. (Prof. Loos.) 

AHMED LOUTFI BEY EL-SAYED, 6 décembre 19 15 . (M^*" Kyrïllos Macaire.) 
BREGGIA (D"" Evaristo), lâ avril 1919. (G. Legrain.) 

Cheikh MOUSTAFA ABD EL-RAZEQ, 19 avril 1920. (Yacoub Artin pacha.) 

TAHA HUSSEIN (ProL D'), 7 avril 192/1. (Ahmed Kamal pacha.) 

DOUIN (Georges), 1®*^ décembre 192/1. (G. Dabessy.) 

AHMED GHAWKI BEY, 5 avril 1926. (Adolphe Gattaüi bey.) 

JOUGUET (Pierre), h février 1929. (Gaillardot bey.) 

WIET (Gaston), 3 février 1930. (Arvanitakis.) 

SBATH (Rév. P. Paul), 2 3 février 1931, (Kammerer.) 

2" SECTION. 

SCIENCES MORALES ET POLITIQUES. 

FERRANTE (G.), 7 décembre 1908. (D^ Dacorogna bey.) 

PëLISSIÉ du RAUSAS (Prof. Gérard), 11 décembre 1911. (Gay-Lussac.) 

LÉVI (D" I. G.), h décembre 1916. (J. Barois.) 

DE SÉRIONNE (Comte GharleO, 19 avril 1920. (Deflers.) 

PETER (Francis J.), i®" décembre"'i92â. (Fr. Laloê.) 

CRAIG (I. J.), k février 1929. (Caloyanni.) 

RICCI (Prof. Umberto), 3 février 1930. (Piola Gaselli.) 

MOURAD SID AHMED PACHA, 28 février 1931. (Hussein Roüchdi pacha.) 

POLITIS (Athânase g.), 28 février 1981. (Hoüriet.) 

SAMMARGO (Prof. Angelo), 28 février 1981. (Van den Bosch.) 


122 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


3® SECTION. 

SCIENCES PHYSIQUES ET MATHÉMATIQUES. 

GEORGIADÈS BEY (D" Nicolas), 6 avril 1908. (Testoud.) 

LUCAS (A.), 7 décembre 1908. (D*” Sandwith.) 

BALL (H'' J.), 6 décembre 1909. (Capt. Lyons.) 

ISMAÏL SIRRY PACHA, 1 1 décembre 1911. (Hussein Fakhry pacha.) 
AUDEBEAU BEY (Charles), 1" décembre 1918. (É. Chassinat.) 

ABD EL-MEGUID OMAR BEY, 19 avril 1920. (J. Craic.) 

FARID BOULAD BEY, 18 avril 1921. (Ibrahim Moustapha bey.) 
HÜRST (H. E.), 5 décembre 1921. (Mohammed Magdi pacha.) 
MANSOÜR FAHMY (Prof.), 8 avril 1922. (J. Vaast.) 

ROYER (Etienne), 5 avril 1926. (G. Jondet.) 

BALLS (Lawrence), 4 février 1929. (G. Fleuri.) 

AZADIAN (D' A.), 28 février 1981. (Boghos Nübar pacha.) 


4® SECTION. 

MÉDECINE, AGRONOMIE ET HISTOIRE NATURELLE. 

PIOT BEY (Jean-Baptiste), 6 février i 885 . (Rogers bey.) 

INNES BEY (D" Walter), 3 mai 1889. (Daninos pacha.) 

HUME (D*^ W. F.), 3 décembre 1906. (Kabis bey.) 

PAGHUNDAKI (D.), 7 décembre 1908. (Franz pacha.) 

WILSON (D*^ W. H,), 7 décembre 1908. (Commandant Léon Vidal.) 

MOGHI (D*^ Alberto), 5 décembre 1921. (D' Bay.) 

MOHAMED CHAHINE PACHA (D**), 7 avril 1924. (Fr. Hughes.) 

HASSAN SADEK BEY (D'), 27 avril 192b. (Issa Hamdi pacha.) 
BOVIER-LAPIERRE (Rév. P. Paul), 5 avril 1926. (Major S. Flower.) 
CUVILLIER (Prof. Jean), 5 avril 1926. (D'' Ad. Bain.) 

AHMED ISSA (D*^), 3 février 1980. (Victor Mosséri.) 

MOHAMED KHALIL ABD EL-KHALEK (D"), 28 février 1981. (H. Ducros.) 


LISTE 


DES 

MEMBRES HONORAIRES 

AU 30 JUIN 1931. 


MM. AUBUSSON (Louis d’), 5 janvier 1894 . 

LORET (Prof. Victor), 12 janvier 1900. 

PALLARY (Paul), 8 novembre 1901. 

CAPART (Prof. Jean), 8 novembre 1901. 

BROWN (Major Sir R. Hanbury), 6 mars 1905. 
LANG (Marshall), 21 janvier 1907. 

GRIFFITH (Prof, F. Ll.), i3 janvier 1908. 

SMITH (Prof. Elliot), 10 janvier 1910. 

NALLINO (Prof. G. A. ) , 10 janvier 1910. 
WILLGOGKS (Sir William), 10 janvier 1910. 
FREY (Général), 9 janvier 1911. 

DUBOIN (Prof. A.), 9 janvier 1911. 

BAROIS (Julien), 9 janvier 1911. 

PERRONGITO (Prof. Eooardo), 9 janvier 1911. 
DOUVILLÉ (Prof. H.), 8 janvier 1912. 

MRAZEK (Prof. L.), 19 janvier 1914. 
BERTHOLON (D"), 19 janvier 1914. 

MAILLARD ( D') , 19 janvier 1914. 

VENIZELOS (Eleütheros), 21 avril 1915. 

GANU (Ferdinand), 10 janvier 1916. 

DOLLFUS (Gustave F.), 10 janvier 1916. 

ADLY YEGHEN PAGHA, 8 janvier 1917. 

DE VREGILLE (Rév. P. Pierre), i 4 janvier 1918. 
LAGROIX (Prof. A.), 10 janvier 1921. 

WINGATE PAGHA (Sir Reginald), 8 janvier 1923. 
LALOE (Francis), 8 janvier 1928. 

S. A. R. le Prince OMAR TOUSSOUN, 8 janvier 1928. 

MM. BRUMPT (D' Émile), 7 janvier 1924. 

DARESSY (Georges), 7 janvier 1924, 


124 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


MM. DEMOGUE (Prof. René), 7 janvier 1924. 

GAILLARD (Claude), 7 janvier 1924. 

BARTHOUX (Jules), 12 janvier 1925. 

GALOYANNI (Mégalos), 12 janvier 1925. 

AHMED MOHAMED HASSANEIN BEY, 12 janvier 1925. 
CHARLES-ROUX (François), 12 janvier 1926. 

BAIN (D' Ad.), 11 janvier 1926. 

JONDET (Gaston), 11 janvier 1926. 

QUIBELL (J. E.), 11 janvier 1926. 

DEHÉRAIN (Henri), 11 janvier 1926. 

DRIAÜLT (Edouard), 11 janvier 1926. 

VIVIELLE (Commandant J.), 11 janvier 1926. 

FLEURI (Gaston), 17 janvier 1927. 

MORET (Prof. Alexandre), 17 janvier 1927. 

LALANDE (Prof. André), 9 janvier 1928. 
SNOUCK’-HÜRGRONJE (Prof.), 9 janvier 1928. 
ARVANITAKIS (G. L.), i 3 mai 1929. 

DUCROS (Hippolyte), i 3 mai 1929. 

KAMMERER (Alrert), i 3 mai 1929. 

PIOLA GASELLI (Edoardo), i 3 mai 1929. 

HOURIET (Raoul), 5 mai 1930. 

RAIMONDl (Jean), 5 mai 1930. 

VAN DEN BOSCH (Firmin), 5 mai 1930. 

LOTSY (D*” G. O.), 4 mai 1931. 



*1 


LISTE 


DES 

MEMBRES CORRESPONDANTS 

AD SO JDIN 1931. 


MM. ROMAN (Frédéric), 4 mai 1900. 

LAMMENS (Rév. P. Henri), 4 mai 1900. 
FODERA (D' F.), 9 novembre 1900. 

DÜNSTAN (Prof. Windham R.), 12 avril 1901. 
PARODl (D*^ H.), 29 décembre 1903. 

CLARK (D*" John), 21 janvier 1907. 

GEISS (Albert), 18 janvier 1909. 

FERRAR (H. T.), 9 janvier 1912. 
GALLIMAKHOS (P. D.), 9 janvier 1912. 
DEBBANE ( J.) , 19 janvier 1914. 

BOUSSAC (Hippolyte), i 3 janvier 1919. 
STEFANINI (G.), 9 janvier 1922. 

BOURDON ( Claude) , 1 2 janvier 1926. 
BARRIOL (A.), 11 janvier 1926. 

GUÉMARD (Gabriel), i 1 janvier 1926. 
JUNGFLEISGH (Marcel), 17 janvier 1927. 
LITTLE (H. 0 .), 17 janvier 1927. 

OTT (Jean), 17 janvier 1927. 

MARGELET (Henri), 3 février 1930. 

PETRIDIS (D*^ Pavlos), 3 février 1980. 



BUREAU DE L’INSTITUT 

POUR L’ANNÉE 1931. 


Président : 

M. P. JOUGUET. 

MM. W. F. Hume, 

D' N. Georgiadès bey, 

H. Gauthier, secrétaire général. 

D** Hassan Sadek bey, trésorier-bibliothécaire. 
L G. Levi, secrétaire adjoint. 



COMITÉ DES PUBLICATIONS 

(outre les membres du bureau, qui en font partie UE uboit) : 

s. E. Ahmed Zkki pacha, - 

Cueikh Moustafa Abd el-Razeq. 

MM. J. Cuvillier. 

A. Lucas. 





TABLE DES MATIÈRES. 


COMMÜNICATIONS ; 

Pages. 

Apostolidis (S.). — Plancher Dohos en briques creuses et bëton arme sans 

coffrage ni boisage (avec i planche) 55 - 63 

Bachatly (Ch.). — Un manuscrit autographe de Don Raphaël, membre de 

Tins ti tut d’Égypte (i 798) 27- 35 

Boülad bey (Farid). — Compte rendu de ma mission aux deux Congrès in- 
ternationaux du Béton et Béton armé et de la Construction métallique 

tenus à Liège du 1" au 7 septembre 1980 87- 45 

— — Annexe à la communication de M. S. Apostolidis. . 63 - 65 

Diamantis (D'). — Sur la chimiothérapie antibilharzienne mixte 85 - 89 

Fenine (Al.). — La formation géologique des gisements de minerais de 

manganèse au Sinaï (avec 2 planches) i 5 - 26 

Loükianoff (M“® El.), — Le Musée du Couvent russe du Mont des Oliviers 

à Jérusalem (avec 8 planches) 97-101 

Loukianoff (Prof. Gr.). — Le dieu Ched. L’évolution de son culte dans l’an- 
cienne Égypte (avec 3 planches) 67- 84 

Mosséri (V.). — Le développement du fruit et la formation des réserves 

chez le Cotonnier et les végétaux en général (avec 1 planche) 1- i 4 

Sbath (R. P. Paul). — L’ouvrage* géoponique d’Anatolius de Bérytos (iv"* 

siècle) 47- 54 

WiET (G.). — Deux manuscrits égyptiens à l’Exposition d’Art persan de Lon- 
dres (avec 3 planches) 91- 96 

PROCÈS-VERBAUX. 

Séance du 10 novembre 1980 io 3 -io 4 

— 8 décembre 1980. io 5 -io 8 

— ^12 janvier 1981 109-112 

— 28 février 1981 11 2-11 4 

— 9 mars 1981 ii 4 -ii 5 

— 20 avril 1981 ^ 11 5-1 17 

— 4 mai 1981 117-120 

Bulletin de r Institut Egypte, t. XIII. 


9 


130 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


*• 

DIVERS. 

Pages. 

Liste des membres titulaires de l’Inslitut d’Égypte au 3 o juin igSi 121-122 

Liste des membres honoraires au 3 o juin 1981 i 23 -i 2 Î 

Liste des membres correspondants au 3 o juin 1981 126 

Bureau de l’Institut pour l’année 1981 127 

Comité des Publications pour l’année 1981 127 




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1 




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A* 



MILLIGRAMMES MILLIGRAMMES MILLIGRAMMES 


Èulîetin de f Institut d^Egypîe, t, XlII, 


FORMATION DES RÉSERVES GRASSES ET AZOTÉES 

COTON NQ‘77”dE BALLS (1918) 


MATIERE GRASSE 


AZOTE TOTAL 



0 10 20 30 40 60 60 


Jours depuis U fecondàtion des ovules 

MATIERE GRASSE 



0 to ZO 30 40 50 60 

Jours depuis 4? fécondation des ovules 


MATIERE GRASSE 
(dans les graines et fibres d'une capsule) 



0 10 20 30 40 50 60 

Jours depuis la fécondation des ovules 



0 10 20 50 40 50 60 

Jours depuis la fécondation des ovules 


AZOTE TOTAL 



Jours depuis la fécondation des ovules 


AZOTE TOTAL 


(dans les graines et fibres dune capsule) 



V. Mosséri, Fruit du Cotonnier. 


. Fenine, Minerais de manganèse au Sinaï, 



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BuUetin de V Institut d^Ègypte, t, XIII. 




Bulletin de V Institut d^Égypte, t. XIII. 


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S. Apostolidis, Plancher <sDokos>\ 



Bulletin àe V Institut d* Égypte, t. XIII 



G. Loukianoff, Le dieu Ched, 



Bulletin de V Institut d'Égypte, t. XIII. 


PI. II. 



Fig. 3 . — Stèle trouvée par le Prof. G. Loukianoff 
(XVIIIe dynastie) 

(maintenant au Musée de Berlin, no 22486). 



Fig. 5. — Stèle trouvée dans la mai- 
son no 525 à Tell-el-Amarna (^Egypt 
ExpJor. Fund)y XVIIIe dynastie. 



Fig. 7. — Stèle-amulette trouvée à T 
(Musée du Caire, n° 942"^^, XIX® 


Fig. 6. — Stèle trouvée à Deir-el-Médineh 
(Musée du Caire, no 43569, XXe dynastie). 


G. Loukianoff, Le dieu Ched, 



* 


l 


Bulletin de V Institut d* Égypte, t. XIII. 


PI. III. 



Fig. 10 Statuette n® 9436 du Fig. ii. — Statuette n® 9431 

Musée du Caire (XXIIe dynastie). du Musée du Caire (XXVI® dynastie). 


Fig. 13, — Statue no 46341 
du Musée du Caire. 



Fig. 14, — Stèle magique n® 9404 vL 
du Musée du Caire. 



G, Loukianoff, Le dieu Ched, 





I 

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Èîdletin âe VJnstilut d^Egypte , t. Xlîî 




G. WiET, Manuscrtis, 





G. WiET, Manuscrits > 



I 



i 


Ëuîîetin de V Institut d’Ègypte, t. Xlll 



Mme Loukianoff, Musee russe, 


1 


Table d’offrandes double en marbre, avec inscription en hébreu ancien sur le rebord. 







(iie-iiie siècle après J.-C.). 


!! 

I 

I 



Mme Loükîanôff, Musée russe. 



Biilletîn de V Institut d*Ègypte, t. XIII, 


2. — Stèle arabe coufique 
du me siècle de THégire. 


Stèle latine du temps de la 2 ^ Croisade, 


Bloc en marbre rose avec écusson de Napoléon le» 


Mme LouKiANOFF, Muséc russe. 





Bulletin de V Institut d^Egypie, t. XIII. 


PI. IV. 


Mme Loukianoff, Musée russe. 




Mme Loukianoff, Musée russe 




Bulletin de V Institut à*Ègypte, t. XIIl. PI. V. 






i 


I 



ll 





Mosaïque byzantine du vi® siècle (partie inférieure). 


PI. VJI. 


Bulletin de V Institut d’Egypte, t. XllI. 


Mme Loukianoff, Musée russe. 




I 




Bulletin de Ÿ Institut dt Egypte, t. Xllî. 


I>1. VllI. 







2. — Stèle byzantine du vi® siècle, 
au nom de Théodosia. 


3.— Tête d’Alexandre le Grand. Marbr^'V' 
(grandeur naturelle). 


Loukianoff, Musée russe. 





PUBLICATIONS DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 

\ - — i — ; — — f. i 

A ~ ^ ^ ^ ^ . v' ■ “’ * " ■ , . . -y . ^ 

• ... ^ _ 

BULLETIN. ' 

P. T. 

Tome 1 (session i9iS-i9i9)..'. ^ - • 100 

•-— Il ( 1919-1990). ................ r .. i i 60 

— JII ( — i 92 >o-i^ 2 i). ^ t .*.• * ^5 

— IV ( _ r 99 ici 99 2). 35 

— . V ( — 1999-1993). 70 

— Vî ( — i 92 < 3 M^ 9 ./i]:. . 70 

_ VJlt -1.92^4-1995 . 60 

_ VIII I — 1925^1926).. . . ^ . . . . . ... . 100 

*— IX ( — - 1 92, 6-^ 19 2.7^, r 60 

^ X ( ■ — 1 927^1928) . . , r . . - 60 

^ XI ( — 1928-1.929}.. ............... 60 

— XII ( — 1 929^^1 9 v 3 o)J * . 60 

^XU1( ~ i 9 ?p-i 93 ij,-. . , : ; . 50 

MÉMOIRES. 

Tome I. D'‘ Rüffpir^ Food in Bgj/pl (1 9195.../*...,.^ — . 60 

Tome IL — J.-By -Piot bey. Organisation et fonctiomemeni da Sèmce nétérindire 

à PAdrnimstraiwiï des Domaines de VEtat égyptien .{1^20 ) » 60 

T6me III. — A. Lacroix et 6, Daressy. Dolomieu en Egypte { 3 a juin lygE^io 

mars ijpgj (1922) . *.. ^ - 100 

Tome IV. — Priuce Omar Toussotjn,. Mémoire sur les anciennes branches, du NiL 

1®' fasc. : Époque anciemle (1929) . . . 100 

2® fasc, : Époque arabe f 192:3) , • . 100 

Tome V. — J. Bârthgim. Ghronologie^ et description des roches igttées du désert 

jUmbique , - î ........ 100 

Tome VI. — Princ^ Ômar Tobssôun, Mémoire sur les findncss de' VÉgypie depuis 

les Pharaons juêqxddnos jours ( 192/i ) . , , lOj) 

Tôraé VIL — 1®^ fascicule : P. Pallary. Supplênettl à la Faune malacoîogiqua 

terrestre et Jlumatile de V Égypte (192/1):., • /iO 

2® fascicule : J^JBarthqïîx et P. H. Fritel. Flore crétdcéè du grès de Nul)ie 

(1925)..........-...* 60 

Tomes VIII, IX, X. Princr OmxrTTôüssoun. Mémoire sur rhisfoire du Nil 

(1995}. Les trots volumes h * i ....... . 250 

Tjûme XL — P. Pallary. ^plication des planches dè J, O Savigny { 1 996) , . ... 100 



P, T. 


MEMOIRES {suite}: 

Tome XII. -r~r P, Pailary. Pmnière addithn à la Faune mahcologiqtie àe la. Si/m 

(19^9;^, ; : . .V. ........ . : . 30 

TonagXlIl. — W. R. Dawson. A BibUogmphy cf WoHcs relating to Mummijicatm 
m Eg^pt i willi excerpts, epUgmes, crilical and biogmpMcal notes (1929);. . 25 
Toriïe XIV. Fr. Gharlrs-Roüx.- Le projet français ’de conquête de VEgypte sous 

le rêg^ de Louis XVI (1929) ^ w ........... 35 

Tome Xy. — H.-A. Dugros. Essai surk Droguier populaire arabe de Hnspectoml 

des Pharmacies du Cdire ( t 100 

Tonî.e XVIî — J,. Cuvillier. Révision du Nummuîitique égyptien (1930). ...... 150 

Toiûe XVII. ^ P. Pallary. 'Marie Jules-César Savighy ^ sa me et son œuvre, 

. . Première parlie : La nie. de Snvîgny 1 98 1 60 


Les publications de llnstitut d'Égypte 
sont en vente au Caire, au siège de la Société, 1, Chara' el-Gheikh Rihan 
(à l’angle de la rue Kasr el-Aïni).